JDB - De Bruxelles au Lac Baïkal

Jeudi 6 septembre 2012  Bruxelles veille de départ soleil GMT+1

Enfin les listes s'épuisent, les piles de vêtements disparaissent, les sacs se ferment, les billets, les passeports et les visas arrivent, les euros, les dollars, les traveller’s chèques se répartissent dans certaines poches.

Nous arrivons au bout. "Alors, vous êtes prêts ?". Comment peut-on être prêts pour ce genre de voyage ? Nous sommes prêts à partir, c'est sûr. Même pressés de partir. Quitter l'appart-hôtel médiocre-moins de l'avenue Louise Bruxelles, qui nous semblerait magnifique là où nous allons. Fuir la surmédiatisation du nom du peut-être futur sous-secrétaire d'Etat aux anciens combattants alors que nous ne savons même pas que les 1 milliard d'Indiens, à quelques centaines de millions prêts, viennent de changer de Premier Ministre. Déchirer le stress de la never ending check list pour avoir enfin le temps de tout. Excitation de toute la famille, surtout maintenant que tous les copains sont rentrés à l'école et que nous, nous partons prendre l’air frais du large. Après-midi avec l'ami Christian pour les derniers petits achats, soirée au restaurant avec les Laubies et les Colet. On a cru vers 20H00 que les cartes bleues de Chris étaient toutes perdues.

La phrase du jour : « p… je me suis fait mal là, encore ! » Julia (qui en est à plusieurs baignes par semaine, ça la fait rire)  

Vendredi 7 septembre 2012 Moscou - Transsibérien soleil GMT+1

Départ matinal (7H15) de l'appartement, dans deux taxis, ce qui ne fait pas vraiment monter l'ambiance. Dans le hall de l’aéroport, derniers coups de téléphone, dernières lignes rayées sur les listes, derniers SMS (qui saura encore ce que veut dire ce mot dans 10 ans ?), premières tentacules qui lâchent insensiblement.

En arrivant à Moscou à 14H30 et en repartant en train à 23H45, nous n’attendons rien de Moscou, un transfert amélioré d'une visite guidée dans une grande ville qui possède un ou deux monuments connus, surtout des musées, que nous n'avons pas le temps de visiter. Pourtant, grâce à Nicolaï, notre guide francophone et son chauffeur, même les embouteillages sont agréables. Et puis, nous sommes partis... Les quartiers "soviétiques", les 7 sœurs, la place Rouge, le Kremlin, la relève de la garde, le supermarché européanisé, les larges avenues bordées de bâtiments classiques, l'animation partout, les filles jolies et souriantes, l'Université, le couvent, l'histoire, les voitures de luxe, la douceur et l'envie de Nicolaï nous entraînent.

« Vous avez de la chance d’aller en Sibérie voir le lac Baïkal » Nicolaï. Drôle de monde où nous, touristes, allons là où nombre de Russes, comme Nicolaï, rêvent de pouvoir aller un jour. « C’est loin et c’est cher ». Education et nostalgie slave. La Russie est un vieux et grand pays. Nous ne connaissons d’elle que des clichés véhiculés par des médias incultes et une littérature d’aristocrates. "C'est plus dur qu'avant, il faut courir partout pour gagner de quoi manger. Il faut bouger tout le temps. Parfois il y a de la nostalgie d'autrefois, mais une chose est sûre, je ne voudrais pas revenir avant". Nicolaï. Il a beaucoup de Moscous. Celui de la banlieue, pauvres bâtiments fatigués alignés en longues avenues grises décrépites, celui du centre aux appartements d'une chambre à 1 million d'euros et des boutiques de luxe, celui des jeunes qui se réunissent sous les arbres autour de l'Université. L'avenir appartient à la Russie.

La fatigue augmente, le départ approche, le Transsibérien part d'une des 9 gares de Moscou, dont trois qui sont côte à côte. La nôtre, " Moskva Yar". Il fait déjà froid un 7 septembre à Moscou. La famille a peur que Chris, parti prendre des photos, ne revienne pas à temps. La Provonidtsi, (chef de wagon) fait mine de refuser notre accès à Nicolaï pour cause de billet électronique. Dernier petits stress avant le vrai départ. Adieux rapides à notre guide, première rencontre d’un voyage qui nous en réserve certainement beaucoup. Tu iras en Sibérie Nicolaï. Le train démarre sans sifflet-gare, nous ne nous en apercevons qu'après quelques mètres déjà parcourus.

Prise de possession des lieux, comme « on peut » par manque d'expérience. Choupie et les enfants dans le compartiment 9, Chris à côté, avec une famille de russes sympa, le fils s'appelle Sergueï, le père et la mère ont dit leur nom, mais impossible de les comprendre, encore moins de les retenir.

On dort bien dans la chaleur ouatée du Transsibérien. Le quotidien est déjà tellement loin.

En hausse : Moscou, le goût de l’aventure

En baisse : les « informations », Internet

La phrase du jour : « alors tu viens ? » Choupie qui appelle Chris avec son mobile depuis le quai du Transsibérien

Samedi 08 septembre 2012 Transsibérien GMT+2 /+3 soleil

Journée normale. Déjà. On trouve vite ses marques dans quatre mètres carrés, même à cinq. Le train avance à son rythme sibérien. 60 kilomètres /heure de moyenne. 10.000 kilomètres, toutes les semaines, depuis des années, le Transsibérien a l’expérience de son côté. Pas nous. Premier repas « room service », plutôt bon par rapport à ce qu’on nous avait prédit. Service souriant d’une babouchka brune à rouge à lèvre rouge qui nous apporte à midi pile, comme convenu, du porc, du poulet, du bœuf enrobé de fromage, du hareng, le tout accompagné de pommes de terre comme on ne sait pas les faire chez nous et de salade de tomates russe. On sent le poids de la pomme de terre dans la culture du nord. "On est bien on est bien" Julia.

Quelques arrêts dans des gares dont on ne connaît ni ne comprend le nom. Le train avance. Forêts tout le temps, pas de villes, l’eau omniprésente. Il n’y a pas de goudron visible depuis le train. Pluie. Le train avance. Nous nous organisons. L’expérience qui rentre : achat d’eau au bout d’un quai ensoleillé. Visite du train. Lecture, école, échanges. Irina, ingénieur, qui connaît quelques mots de français nous aide. Elle va au lac Baïkal puis à Odessa puis à Stockholm. Elle voyage avec sa fille, son gendre et ses deux petits fils. Sergueï, le fils des voisins, négocie pour Chris : pour trois poissons fumés, un hareng, un esturgeon et un anonyme plus gros mais moins bon, nous avons droit à une réduction de 50 roubles, 400 (=10€), au lieu de 450. Chris achète 25 roubles de cacahuètes à partager entre les cabines 9 et 8. Accompagnés de pains de viande et patates débités en cubes, réchauffés dans de la soupe lyophilisée diluée dans l’eau du samovar du bord, le repas du soir est assuré en mode local. La bande de Polonais très expansifs du wagon boit et chante. Boire ou ne pas chanter, faut-il choisir ? Cet été ils sont allés de Cracovie à Saint-Tropez en camping car. Choupie travaille sur les plans de notre maison du retour à Bruxelles.

Famille en forme de sourire après un jour de train et quelques minutes, à peine, volées, sur les quais, à l’avancée inexorable de la locomotive. Après le terrassement d’hier, excitation de fin de journée dans le compartiment. La musique russe divertit. Energie en hausse chez tous. Quelle belle vie.

En hausse : l’opinel, le couteau de 20 grammes qui découpe le poisson fumé, la parole, une petite bouteille en plastic pour se laver les dents, l’appareil photo, l’EAD "Il n'y a pas quelqu'un qui a envie de travailler, j'ai envie de faire travailler quelqu'un" Choupie (au grand étonnement des parents restés « sur place », il y a trois candidats à l’école sur trois possibles)

En baisse : les téléphones mobiles, l’argent, la garde robe

La phrase du jour « "on est dans le Transsibérien, c'est l'aventure" Félix

Dimanche 09 septembre 2012 Transsibérien GMT+5,5 soleil

RAS. Lumière matinale à 6H00 du matin, heure de Moscou, dans une gare anonyme entre Iekaterinbourg et Novossibirsk. Paysage de plaine, beaucoup d’eau, lacs, étangs, rivières, marécages, quelques izbas en bois le long de la voie ferrée, quelques rares villes peu amènes depuis le train. Une journée de fond de catalogue tour du monde : discussions, souvenirs de voyage, Ecole A Distance (EAD) (« c’est toujours mieux qu’avec Apostolesco » Félix, casque « Beat » sur les oreilles, qui rigole avec son CD de néerlandais), quelques quais visités, à peine.

Les gros nœuds se défont, les petits sournois lâcheront plus tard. Toujours vers l’est, au rythme du train. Nous pensions que le décalage horaire serait facile à compenser. C’est pire que l’avion. Entre l’heure de Bruxelles (GMT+1), l’heure de Moscou (GMT+3), l’heure locale qui change une à deux fois par jour (nous en sommes à GMT+5,5) et l’heure de notre sortie du train à Irkoutsk (GMT+8), nous avons du mal à nous rassembler. Ce soir nous essayons de nous coucher « tôt ». Minuit quarante cinq pour Irkoutsk, six heures moins le quart (du soir) pour Bruxelles… nous sommes partis depuis à peine trois jours. Loin.

En hausse : se tenir par la main pour ne pas se perdre, la couleur du ciel, les toilettes, l’odeur de poisson fumé dans le wagon

En chute libre : la télévision, Facebook

La phrase du jour : « on est mieux que ce que je croyais" Garance

Lundi 10 septembre 2012 Transsibérien GMT+4 soleil

Transsib. Beaucoup de kilomètres. Quelques gares. Certaines, Novossibirsk, Krasnoïarsk, plus célèbres que d’autres, Tomsk, Kansk, Ilanskaä. Tentative au restaurant. Seuls dans un décor qui le dispute à l’odeur, nous commandons. Il n’y en pas. On nous recommande. Nous acquiesçons, dociles, acceptant l’augure de la serveuse à petit décolleté qui a dû exercer d’autres métiers ou qui n’a pas le choix, pour supporter aussi facilement les Polonais ivres au bar le soir. On nous apporte autre chose. Nous le mangeons. L’addition varie très peu de celle de la veille en « room service », la taxe, elle, oui… « On reste combien de temps en Russie ? Un mois ? On va bouffer de la merde pendant un mois alors… » Félix (qui a pris 5 kilos en 2 mois cet été…).

Les paysages aussi varient très peu. La Sibérie est grande, plate, homogène, donc monotone, vue du Transsib. Lui est direct, que de la ligne droite, en plaine, pas de montagnes. Le charme réside ailleurs. Mais où ? Non on rigole. C’est très étonnant comme voyage. Mais, pour l’instant, nous attendons les paysages grandioses. Cependant, il y a beaucoup d’excellents moments. Le temps parcouru à vitesse lente nous éloigne rapidement de chez nous. « 20 kilos (de bagages) c’est largement assez (pour un an) » Choupie.

L’EAD avance un peu moins aujourd’hui, du coup début de brainstorming autour du Moyen Age. Introduction au premier tome des La Guerre de Michard (Félix et Julia).

En hausse : l’équerre, trouver à manger, l’alphabet cyrillique, les tongs, le thé et les fruits secs

En baisse : le rythme « occidental »

La phrase du jour « Bolchoï spasiba » (merci beaucoup)  

Mardi 11 septembre 2012 Transsibérien fin / Irkoutsk GMT+5 soleil

La difficulté, c’est dormir. Dans quatre mètres carrés. Tous en même temps dans le même compartiment. A cinq, car depuis hier Chris dort avec toute la famille. Et demain matin sortie du train. Réglage difficile des réveils et des téléphones portables, car ils vont encore changer d’heure automatiquement lors du changement de fuseau horaire, dans la nuit; du moins, c’est ce que nous espérons. La Provodnitsi doit aussi venir nous réveiller. Nuit agitée. Arrets fréquents et rapides. Moins de deux minutes. Beaucoup plus long si on compte le temps pour le train de ralentir et de repartir. Interdiction de descendre pour des arrêts aussi brefs. Partie de baiseur des enfants qui se prolonge en tarot avec Chris. Difficile de récupérer d’un train-lag de 2+5 heures en 3 jours. Tout le monde finit par dormir vers 5 heures du matin. Nous débarquons à 7H32. C’est maintenant… matin embrumé et brumeux sur triste Irkoutsk.

Taxi sympa. Le tour du monde rappelle les choses essentielles. Dormir. Il faut trouver un hôtel. Trois tentatives. Manger. C’est difficile quand on ne comprend pas les codes locaux. Au fond de l’impasse, non ce n’est pas n’est pas un restaurant chinois, c’est un importateur d’arts & crafts. Rien de mangeable à la cafétéria finalement retenue, à part du riz sec. Nous jetons tout le reste, autant attendre l’Inde pour être malade. Première petite expérience de la faim. Se laver. Même si l’eau à l’hôtel est marron, elle est magnifique par rapport aux toilettes du Transsib. Se déplacer. Pour aller voir Irina, quatre arrêts de bus plus loin, qui organise le nord du lac Baïkal avec la visite chez Ivan le trappeur terrible et une journée dans l’école russe de Baikalskoïe, ce n’est pas cher : 12 roubles (40 roubles =1€). Pour revenir, même prix, mais ça prend tout de même 3 heures pour boucler toute la boucle de la ligne 80 qui ne suit pas le même chemin à l’aller et au retour...

Rencontre d’Irina. Français parfait. Rencontre de Leonid. Anglais parfait, super malin et pêche d’enfer. Il s’appelle Batorov. Beau nom de scène, pour un gars qui organise des croisières. Dîner inespéré dans un asador de la rue Lénine. On se croirait dans un restaurant concept store underground de London. Sacrés Russes.

En hausse : la douche et le bain

En baisse : la fatigue, le décalage horaire

La phrase du jour : « j’ai adoré le train » Choupie

Mercredi 12 septembre 2012 Irkoutsk jour « off » GMT+5 soleil

Un jour off ça sert à recharger les batteries, bien attaquées sans que nous en rendions compte par le Transsib et à organiser la suite du voyage. Traverser la ville avec comme taximan le cousin de Vladimir Poutine. Aller payer Irina et récupérer les billets du BAM (Baïkal Amour Magistral, le Transsib des jusqu’auboutistes). Manger des raviolis ronds géants fourrés au bœuf et au mouton chez les Bouriates, primo occupants mongols de la zone. Faire avancer l’école. Ecumer les banques de Karl Marx Street pour retirer de quoi payer la croisière, en cash, après avoir testé tous les distributeurs de billets de la rue. « Two hours is not so long to withdraw the money from the banks » Leonid. Aller dans une papèterie locale acheter des petits carnets qui servent à tout (journal de bord, impressions, vocabulaire anglais…). Faire une petite promenade à pied en amoureux, comme si on était à Rome. C’est superbe. On peut vivre ici. Se faire accompagner de boutique en boutique sur Lénine street par une jeune Russe d’un magasin de téléphonie pour trouver des piles pour électronique. Remonter vers le marché pour aller à la Fnac locale chercher les fameuses piles. Finir le maximum de séries de l’EAD et les envoyer à Bruxelles par internet. Regarder un peu la télé tant que les parents ne sont pas là, mais les programmes Eurosport ne sont vraiment pas à jour ! Retourner chez les Bouriates et se régaler, en plus, avec leurs frites maison. En profiter pour mettre tous les fichiers du JDB (Journal De Bord) un peu en ordre, quel b… mais bon, tout y est. Au fait, faire des sauvegardes. Envoyer quelques emails. Faire les sacs, car demain c’est le grand départ vers le lac Baïkal.

Une vraie journée comme à la maison. « J’ai beaucoup aimé Irkoutsk » Choupie. On va se mettre à parler Russe… Choupie a déjà commencé, on ne sait jamais.

En hausse : Irkoutsk, le shopping, internet, la gastronomie bouriate, l’EAD

En baisse : le sommeil

La phrase du jour : « une cantine (ici bouriate) c’est pas loin, rapide, bon et pas cher » définition familiale

 

 

mvi_1330 from TDMBB2012 on Vimeo.