CANADA 2 : LA ROUTE NORD

Loin !

J256 Lundi 20 mai 12°C variable (bleu et pluie) Percé-Port Cartier : nord est

IMG 0042 LONGUE POINTE DE MINGANLa Gaspésie est bouclée par notre port d’arrivée et de départ, Matane, où nous avons déjà nos habitudes de pique-nique à la poissonnerie Boréalis et chez MétroS pour le reste. Le public du bateau, pour une rentrée de fin de week-end de Pentecôte, est rustique, les programmes télé et les plats de la cafétéria aussi. Sur l’autre rive, à Baie Comeau, la famille rigole autour des Mac Donald’s dont le nombre de réfractaires augmente avec l’âge. Puis grosse ambiance de musique québécoise et francophone, le long de la belle route nord aux lacs noirs cerclés de sapins qui se mirent. Superbe route avec vues. Entre mer, ciel et lacs. Dans la nuit et le brouillard, nous suivons les rapides locaux. Arrivée à 22H00 à Port Cartier, au Gite Le Vent de Mer. Le déplacement est notre vrai monde.

En hausse : l’ambiance familiale sur la route de Natashquan

En baisse : la durée de la nuit (de 22H00 à 3H30 le lendemain)

La phrase du jour : « Tu as bien fait d’insister pour venir jusque là… » Choupie

 

J257 mardi 21 mai 15°C variable beau Port Cartier-Natashquan : nord est

IMG 9135 ARCHIPEL DES MINGANSPour profiter de la belle route, il faut chercher le bon rythme du jour, rouler à la bonne vitesse stable qui transforme la voiture en tapis volant. Alors, chacun trouve sa place, le rêve embarque, le défilé ressemble à une prière muette. Alors, le hasard nous aide à Longue Pointe de Mingan. Dans la lumière d’après la pluie, à la station service supermarché, on nous indique la maison des Loiselle. « Vous ne pouvez pas la manquer, c’est face à l’église, c’est la seule avec deux étages». Arnold nous prépare rapidement la première sortie aux îles de la saison. Les îles Mingan, des rochers plats, râpés par le vent et la glace, où passent colonies d’otaries, macareux, guillemots, et des baleines. Le phare, lui, est réparé par l’équipe de Jean-Charles, qui nous fait visiter les installations où nous reviendrons passer une deux nuits au calme. Un jour. En hiver. Quand tout est blanc. Son père était gardien du phare : deux semaines seul sur l’île, deux semaines à terre. Seuls, sur un bout d’île dans la belle lumière du soir du nord, avec Arnold comme passeur et Jean-Charles comme guide. Plus nord encore, à Natashquan, nous accostons au Port d’Attache. Nous avons tous besoin d’un port d’attache.

En hausse : les tas de bois bien rangés devant les maisons ou au bord de la mer

En baisse : le temps pour le journal de bord

La phrase du jour : « Vous êtes les premiers » Arnold, marin à touriste des îles Mingan

 

J258 mercredi 22 mai 14°C beau Natashquan

Nous sommes tous fatigués. Par le long voyage, les nourritures variées souvent très médiocres, les changements de fuseaux horaires, les repères sans cesse bouleversés, l’impossibilité de se créer des petites habitudes, les images en masse, les sensations roboratives, la longue route, l’isolement, la promiscuité à cinq. Le petit appareil photo a remis aujourd’hui son compteur de photo à zéro pour la 10.000ème photo du voyage. L’ambiance reste bonne. Nous rions beaucoup, pour nous détendre. Nous sommes encore capables de réveiller notre attention de temps à autre, mais la torpeur domine. A Natashquan, règne la langueur indéfinissable et subtile de fin de la route. Une odeur aussi de fin du voyage pour nous. C’est le bon prix, payé content, pour une promenade matinale derrière sa fille, au bord de la mer dernière.

IMG 0106 JULIA A NATASHQUANDeux petites anses, l’une totalement fermée, l’autre très protégée, Natashquan, village de peu d’intérêt dans un site superbe, avait ses habitudes de pêche à la morue. Il est toujours calme, animé seulement par les travaux publics. Ceux du nouveau pont courbe, à arches en béton-pierre, au centre village, à travers la rivière Natashquan. Ceux de l’autre pont, grand rectiligne, à quelques kilomètres, là où la route s’arrête vraiment, mais provisoirement, progressant toujours lentement direction nord est. Il faudrait le temps et le rythme du lieu pour en profiter. Nous ne faisons que l’effleurer en passant. Fin du goudron. Chantier de fin de la route qui s’enfonce dans le territoire. Toujours triste village des « premiers habitants », gibier sauvage en captivité, engraissés par un ennui qui les tient aussi loin de leur nature que de l’ancienne faim, réservés dans des parcs à bestiaux domestiques. Question insoluble dès qu’elle est posée. Très agréables Galets, petit cap où ont été conservés les vieux saloirs en bois du temps des morues, devenus mythiques. Marché supérette, petite poste tranquille, John le Débardeur alias « la mayonnaise » au déjeuner, wifi de notre auberge Le Port D’attache, longue attente sur le quai du ferry. Natashquan a du mal à nous embarquer sans force. Les crabiers de retour au port et les dockers assurent le spectacle de fin de journée. En français dans le contexte, on comprend 50% de ce que disent les plus huppés et absolument rien des plus infusés. Mais l’ambiance est très cordiale, les sourires nombreux, le cercle s’élargit naturellement. On pourrait apprendre l’accent et passer un bon hiver ici, en buvant un peu, même si la neige tarde maintenant pour les motos-neige. Nous partons avec une collection de portraits d’ici : Gabriel, notre jeune ange gardien souriant du soir ; Marie-France à l’œil vif du petit-déjeuner ; Magela, le propriétaire poète ami de Gilles Vigneault ; la postière, qui va mettre elle-même les tampons Natashquan sur les enveloppes décorées, qui risquent fort d’être subtilisées à l’autre bout de la chaîne postale ; le vieux pêcheur ridé à casquette de capitaine Haddock, reconverti en docker souriant ; les deux jeunes policiers, envoyés ici une semaine, depuis Sept îles ou même plus loin… Natashquan restera mieux gravé dans nos mémoires que nous ne le pensons en embarquant enfin. La poésie a traversé le cuir de la fatigue.

Il ne faut jamais acheter un bateau neuf, l’amarinage est trop long. La Bella Desgagnés est flambant neuf. Ce qui lui vaut d’avoir plusieurs jours de retard sur son horaire normal. La belle arrive même, en retard sur l’horaire de son arrivée prévue retardée. Et nous quittons le quai avec deux heures de retard de plus que l’horaire annoncé à l’embarquement. Optimisme forcené du capitaine ou réelle insuffisance de l’équipage ? La chambre des parents n’a pas été faite. On aurait pu choisir un forfait avec repas que nous avons prudemment écarté. Bien joué car le restaurant est fermé. Le bar, lui, n’a encore jamais ouvert. Et le snack propose au choix, pire que Mac Donald’s et Subway réunis, avec 20 minutes d’attente quand on est seul au comptoir comme Félix et Garance. Les distributeurs de sucreries sont tous vides, sauf un, en panne. Les télés des cabines ne fonctionnement pas, pas besoin de chercher les télécommandes donc… Le bateau est neuf loupé, tendance cossu pour nouveau riche, sans lieu commun de repos ou convivial. Des designers se sont associés à des financiers, soutenus par des politiques, pour le dessiner. On n’a pas demandé aux gens de mer leur avis. Espérons simplement que le bateau soit sûr. Les draps sont en plastic, les couvertures aussi. Une croisière Paquet d’armateur amateur. Il y a des jours où nous sommes contents d’être sur le chemin du vrai retour. Demain nous serons moins fatigués. Paradoxe de fin de cycle : les journées molles sont longues, les journées superbes, fatigantes.

En hausse : les discussions concernant les problèmes de rentrée

En baisse : la recherche d’une prochaine grande étape marquante

La phrase du jour : « Bienvenus » tous les natashquanais rencontrés

 

Bella Desgagnés

Fabriquée en Croatie par un chantier naval qui a déposé le bilan. Difficilement transférée puis terminée en Italie. « On parle de 90 millions de dollars ». Rapatriée à travers l’Atlantique en guise de rodage. Arrivée avec 3 ans de retard sur le planning prévu, pour remplacer le vieux Nordik, qui assurait sans broncher la ligne depuis plus de 40 ans. 35 membres d’équipage, 41 au maximum en pleine période estivale, qui passent 6 semaines à bord et se reposent à terre 3 semaines ensuite (42/21 dit l'équipage). Service 24X24, mais à 22H00 tous les passagers dorment depuis longtemps. 300 kilomètres de câbles. Informatique régulièrement en panne. Electricité défaillante qui impose une vitesse réduite dans l’attente de réparation par l’équipe du bord. Service annuel le long de la côte nord du St Laurent, escortée l’hiver par des brises glaces qui lui permettent de passer. Il faudra 3 ans, selon les experts, pour que la Bella Desgagnés soit amarinée et le St Laurent habitué à sa présence politiquement surdimensionnée et incongrument luxueuse. Elle en est à sa quatrième rotation d’une semaine seulement. « Les enfants : le point de rassemblement de sauvetage se situe au pont 6. En cas d’alerte, vous y allez directement, en passant par l’escalier et sans rien emporter avec vous, sauf de quoi vous couvrir chaudement. Et vous montez tout de suite dans les canots de sauvetage, sans attendre les autres, ni les parents  ». Le capitaine manœuvre lentement son bateau trop grand, entre les pierres et les îlots. C’est un as du St Laurent.

 

J259 jeudi 23 mai 5°C pluie embarquement : nord est

La matinée commence sur les mêmes bases que la nuit. Lentement bercés par le bruit lourd des machines, vaguement écœurés par le souffle de la ventilation mécanique imposée par les hublots scellés, la fatigue soutenue par la pluie grise. Visite dispersée du bateau sans conviction. Chris côté jardin : pont 6 pour les finitions VIP, pont 8 pour aller voir dehors, vers la proue. Choupie côté cours : cheese burger frites ou options plus radicales de crevettes décongelées dans l’eau accompagnées de côtes de poivrons multicolores. « Regarde ! de temps en temps il y a des petites maisons. Là ! il y en a une… » Choupie. « Tu te demandes ce que peuvent bien faire les gens qui habitent seuls ici ? » Julia. Magie des noms, mais tout le monde n’est pas sensible à cette poésie. Le temps semble long aux enfants qui s’adaptent et se reposent cependant. Torpeur océane refroidie autour de la famille. Une blague labradore circule à bord : « Il parait qu’il a fait 12°C, ce week-end, à Blanc Sablon : 8 samedi et 4 dimanche… ».

IMG 0154 HARRINGTON HARBOUREt comme souvent, le miracle. Harrington Harbour. Minuscule île désolée, entourée d’îles encore plus désolées, couvertes seulement de mousses, de lichens et de restes de neige, à laquelle le bateau accède étroitement par une passe dont il frôle les parois à tribord et bâbord. Sur le caillou principal de l’archipel, les cent maisons de bois peint sont reliées par des passerelles ou le granit brut du sol. Notre bateau, grand incongru hebdomadaire, même s’il ravitaille en apportant des nouvelles et le pétrole indispensable aux quads, déséquilibre l’ordonnancement habituel. Si nous étions d’Harrington Harbour, nous attendrions avec plus d’impatience le départ que l’arrivée du bateau, qui ne relâche pourtant ici qu’une heure ou deux. Plus qu’il n’en faut pour passer devant l’atelier de préparation du crabe, le pénitencier, l’atelier de mécanique, acheter des chaussettes d’hiver plus deux bières, être au courant que les Québécois ont tous adoré La grande séduction, le film qui se passe ici, se mouiller très froidement en allant au point de vue qui domine la baie et au bout des passerelles. Pas assez pour partir pêcher sur un crabier ou passer quelques jours dans une des maisons « isolées » sur les îlots alentour. Nous avons pris le bateau pour voir Harrington Harbour.

La croisière est lancée. Et nous rencontrons Benoît et son fils Zacarias, qui rejoignent Montréal au fond du Labrador, à vélo, dans une sorte de voyage de la rédemption du fils. Une paille pour Benoît, qui est déjà allé de Paris au Montréal à vélo, en faisant au passage berger de rennes en Sibérie.

En hausse : les montées et descentes des étages du bateau

En baisse : la température

La phrase du jour : « C’est la navigation sur le St Laurent. T’sais quand est-ce tu pars, t’sais jamais quand t’est-ce t’arrives » Charles (qui répare les quais de la voie maritime)

Zacarias

Zac a dix-huit ans et profite de sa liberté retrouvée. Après avoir joué au caïd, il a eu le temps de réfléchir seul à l’écart du monde dans sa cellule étroite. Il a bien choisi maintenant la vie au grand air du nord. Il suit la roue de son père qui le ramène chez lui à vélo. Du Québec au Labrador, un voyage initiatique de 1300 kilomètres, dont la moitié sur de rudes graviers, les meilleures nuits entre les rangs de fauteuils déserts de la Bella Desgagnés, les autres sous la tente, à moins que son père ait un ami bienvenu dans le coin, comme souvent. Dans le froid, sous la pluie, face au vent du nord est, de quoi mûrir encore sa décision et prendre la mesure lente de la distance qu’il met entre lui et son jeune passé. Dans le nord l’attend Lily, sa petite sœur chérie de 4 mois. Fonce Zac, fonce.

 

Benoît Havard

Benoît est un séducteur généreux. Grand voyageur avant même sa majorité officielle, « pour aller voir et comprendre », il partage volontiers les histoires, le saucisson et le camembert québécois qu’il coupe avec son solide couteau, contre du thé japonais. « J’y prends goût ». Benoît fait tout à vélo : traversée de l’Europe, tour du monde par le grand nord, berger de rennes en Sibérie (« Je parle russe comme Tarzan, mais tout le monde me comprend » en russe dans la conversation), entraîner son fils vers l’air frais du Labrador. Joli cœur conférencier, ami des Inus, se déplaçant en ski tracté à voile dans le Nunavut et le Nunavik, guide en Arctique, il a eu le temps de faire quatre enfants, avec trois femmes, et peut vous promener, en kayak, au milieu des baleines, ou vous guider, au milieu des glaciers sibériens, en vrai aventurier voyageur à l’emprunte carbone basse.

Habitués aux rencontres dans des contrées où aucune armure ne résiste, Benoît se connaît lui-même comme les autres hommes. Amical, joyeux, optimiste, il laisse croire ceux qui veulent, à une insouciante jeunesse prolongée. Ceux qui écoutent, entendent l’appel du cœur. « C’est mon rêve, de faire le tour du monde comme vous faites en famille ». C’est notre rêve, de partir dans le grand nord, naviguer sur un petit bateau, avec des Inuits, à travers les eaux froides du détroit d’Hudson, voir les ours polaires et les morses se disputer les meilleurs icebergs. Deux rêves de voyageurs se touchent. Dans Benoît il y a presque Bientôt.

J260 vendredi 24 mai 5°C pluie Tabatière-Saint Augustin-Blanc Sablon : nord est

Navigation de nuit. Dans le froid. Entre les cailloux, les îles, la pluie, le brouillard. Tête à la Baleine. Minuscule quai dans la neige fondue tombant du ciel noir au début de la nuit. La Tabatière. Dur de se lever en pleine nuit pour voir des spots éclairer un bout de quai glacé, le village trop loin. Saint Augustin. Le matin du marin. Un des plus beaux coins qu’il puisse imaginer. Des centaines d’îles, des saisons de pêche pour le crabe, puis le homard, la morue, le flétan… Pas un arbre, quelques plaques de neige, les îles couchées comme des dos de baleines colonisés par les lichens, le bateau piloté au cordeau entre les passes sur les lourdes eaux noires du Saint Laurent sur fonds gris. Le pays des gris et des ocres. Il faudra revenir faire la mer derrière un brise glace qui ouvre le chemin à la saison du grand blanc. Venir pêcher avec les pêcheurs. Il reste des territoires francs et clairs.

IMG 0251 JULIA A BLANC SABLONTerminus nord à Blanc Sablon. Il faut venir là. Sentir la pluie froide et mouillée de neige fondue un 23 mai. Ecouter les bruits du port. Voir la neige fondre au bord de l’eau. S’accorder au rythme du quai. Estimer la masse d’un iceberg qui passe. Vivre un moment de début de grand nord. Ressentir cette impression d’espace libre délimité par la couverture mousseuse du ciel bas. Deux voyages continuent. Celui de Zac, à vélo, suivant son père, laissant loin derrière lui les démons de la cité mal apprivoisés, roulant fièrement vers sa petite sœur de 4 mois Lily. Le nôtre, avec notre énorme 4X4 qui se balance au bout du câble de la grue. Nous serons tous rendus à la maison à la même date, dans deux semaines environ. Les Québécois amis nous gratifient d’un joyeux sketch de tête à claques « avec des patates ! T’aimes ça là les patates ? » « Ho oui, des patates, des patates ». A la sortie du port, nous prenons à droite, c’est le Labrador, il est 22 heures. Tout est fermé. Retardant au maximum l’américanisation, repartons dans l’autre sens. Nouvel adieu à Benoit et Zac, c’est le Québec, il est 20H30. Et si la Pizzeria Delight est malheureusement ouverte, l’Auberge des 4 Saisons est heureusement accueillante.

En hausse : la nostalgie de la morue

En baisse : les Britishs encore

La phrase du jour : « La photo de l’iceberg, c’est en août, parce qu’il y a des fleurs au bord de la plage » Gary, le patron de l’auberge les 4 Saisons, à Blanc Sablon

 

Charles

Charles est une montagne d’un mètre quatre-vingt-dix et cent quarante kilos, avec la casquette posée au sommet en guise de neige éternelle. Il a la voix tranquille, basse et grasse de son format et des gros fumeurs qui ne refusent pas une bonne bière après le boulot en jouant aux cartes. Il a pris le bateau à Natashquan, avec son camion-grue et un jeune qui les accompagne. Ils débarquent au terminus, Blanc Sablon, pour réparer le quai pendant une semaine. Les plaques de métal pèsent plusieurs tonnes : elles doivent résister au moins jusqu’à l’année prochaine à la mer, à l’hiver, au nouveau bateau. Puis, lors de prochaine rotation du Bella Desgagnés, Charles remontera avec tout le matériel dessus, pour s’arrêter une nouvelle semaine dans le premier port du retour, Saint Augustin, où il va aussi réparer le quai pendant une semaine. Et ainsi de suite, pour toutes les étapes jusqu’à Rimouski. De quai en quai, souvent seul lien avec l’extérieur, Charles va vivre au cours du Saint Laurent pendant presque deux mois. Il profite des beaux jours pour faire le job. Rien ne peut venir perturber l’amicale tranquillité de Charles. Charles connaît le coin et tout le monde comme sa poche, mais il reste très discret. Il n’a rien à prouver. Charles est une légende canadienne. Et il en faut plus que ça, pour impressionner Charles.

J261 samedi 25 mai 2°C pluie Blanc Sablon

IMG 0264 BLANC SABLON PECHE AUX PALOURDESDans le nord, le sable ne s’écoule pas dans le même sablier. Certaines choses sont restées vitales, donc simples. Un couple d’heures passées le long de la côte avec Gary, notre hôte, chez Philippe et Clair, éleveurs et amateurs de pétoncles ou à acheter des moules en passant, remplissent largement une journée. Notre auberge des 4 Saisons ressemble à une pension de famille, entre chalet de montagne, cabine et pont de bateau, abri de pêcheur. Exactement ce qu’il nous faut contre les vents forts, les températures autour de zéro agrémentées de neige fondue, pour profiter, au chaud, des icebergs qui passent entre les îles. Gary s’occupe de tout. On est ici en famille.

En hausse : la francophonie

En baisse : le nombre de radios (deux au total à Blanc Sablon, une en anglais, une en français)

La phrase du jour : « Ici tu peux avoir ton chalet, ta terre, ton lac et ton saumon » Philippe, éleveur de pétoncle à Blanc Sablon

 

J262 dimanche 26 mai 1°C pluie-vent Blanc Sablon

IMG 0270C GARANCE 11 ANS A BLANC SABLONRendus très loin pour une journée simple. Dans le froid, la neige fondue qui tombe du ciel et le grand vent du nord, Julia et Félix jouent sur la plage au milieu des icebergs échoués. C’est presque normal. « C’est la première fois que je fais de la glisse sur un iceberg sur la plage » Félix. La rigueur du climat, l’exigence des lieux, l’intensité demandée et l’énergie dépensée par chaque sortie à la Don Quichotte : tout indique que nous ne pourrons pas rester ici très longtemps et qu’il faut profiter de ces instants qui courent sans prévenir. Gary promène Chris, en ami, d’une de ses propriétés à l’autre. L’occasion de visiter l’arrière pays des lacs en vrai 4X4, de rêver pêche pour Chris, circuits touristiques, immobilier, camping, pour Gary. Garance fête dignement son 11ème anniversaire à Blanc Sablon, 10 ans après son premier à Ciutadella (Minorque) et le deuxième, à Exmouth (Australie). Un bon diner familial au chaud, avec comme cadeaux : une veilleuse coquillage, une écharpe et son bonnet de marin, tous de Percé, un ourson noir, de Blanc Sablon, un vase chinois, dans les bagages depuis Shanghai. Largement de quoi rendre une jeune fille heureuse et sa famille aussi. Simple comme à la maison. Presque normal.

En hausse : le goût du froid

En baisse : la sécheresse partout dans le monde

La phrase du jour : « Onze ans, c’est un peu le début de la vieillesse » Garance

 

Gary

Gary, né à Natashquan, a été élevé entre une mère forte femme, la fin du Québec et le début du Labrador, en suivant son père légendaire, qui fabriquait des quais pour les bateaux, là où la route ne va pas. Gary l’aidait en plongeant dans l’eau froide. La famille gérait aussi le magasin général de Blanc Sablon. Gary a voyagé en Asie, où il a monté une entreprise d’informatique, s’est marié avec une Philippine, avec laquelle est revenu gérer les affaires familiales à Blanc Sablon. Gary investit : Auberge des 4 Saisons agrandie ; lac poissonneux acheté pour plus tard ; banc de terre le long de la baie à baleine en cours de négociation ; chalet au bord du lac, derrière le très calme aéroport, en cours de rénovation ; ancien bar du pays en plein travaux aussi, où il s’installera peut-être ; projet de camping à flanc de coteau, ancien quartier désaffecté pour cause d’avalanche, mais parfait pour l’été et profitant de la route et de la viabilisation des anciennes demeures… sans compter un maison déjà louée, à côté de l’auberge, une petite cabane de pêcheurs les pieds dans l’eau à refaire totalement, et des idées de circuit pour tours operators autour de Terre Neuve et du Labrador... Gary se passionne aussi pour la macro-photo, les icebergs, la nature, sa région qu’il fait visiter pour le plaisir hors de chemins bitumés. Il a emmené pendant un temps les touristes à travers Québec, Labrador et Terre Neuve, en motoneige, pour des voyages pêche ou chasse. Ils accueillent actuellement 17 chats, dans ses multiples constructions, et projette de les nourrir un jour avec sa marque d’aliments naturels crus, grâce à la mise en valeur des déchets de l’usine de produits de la mer. Gary aime rêver. « On a tout le plaisir et pas les ennuis de la réalisation quand ça existe vraiment… pourquoi se priver de rêver ? ». Et les travaux avancent, avec deux menuisiers employés à plein temps. Même si les hivers sont longs, il faudrait plusieurs vies à Gary pour tout mener à bout. Sa femme, qui rit facilement et de très bon cœur, est habituée au froid. Elle n’a jamais voulu repartir et a fait un très bon gâteau au chocolat à Garance, pour son anniversaire. Gary est généreux et partage volontiers ses rêves avec le passager du vent. Merci Gary.

 

J263 lundi 27 mai 7°C gris puis clair Blanc Sablon-Saint Anthony

Nous quittons la côte nord poussés par la fatigue et la première marque imposée depuis des mois : le 12 juin, date finale du retour de St John’s (Terre Neuve) vers Bruxelles via Londres direct, qui est à seulement 5 heures de vol. Avoir une date allège la charge de fin de voyage et influe sur les réflexions échangées. Tout est calme. L’antiquité du vieux ferry Apollo, est le gage de ses délais tenus, 8H00 à Blanc Sablon, 9H30 à Sainte Barbe. Quels noms ! Nous voilà sur la dernière terre, notre dernière île, avant le retour. Chacun est plus attentif au plaisir de la route le long des eaux claires de l’Atlantique, du brouillard accroché aux phares gardant des îles plates toutes proches, à la liberté prodigue encore.

IMG 0326 SAINT ANTHONYTerre Neuve est très différentes de la côte nord du Saint Laurent. La vraie frontière est en face. De sauts de puce routiers en ferryboats, il est un peu trop facile d’arriver, sans peine, jusqu’ici, depuis Québec ou Montréal, en passant par le Nouveau Brunswick et la Nouvelle Ecosse, voire pire, de venir directement en avion... La température est plus clémente, 6 ou 7 degrés d’écart, loin des plaines ventées du grand nord. Il y a des magasins, des villages, des B&B cosy comme l’accueillant Fishing Point de Donna et Less (Lester) à Saint Anthony. C’est aussi la zone anglo-saxonne, celle des fruits de mer pannés congelés aux odeurs d’huiles de fritures répandues. Dans les premiers rayons de soleil depuis des jours, nous sortons faire le tour de la baie en bateau : deux paisibles baleines à bosses (les premières de la famille), aux longues nageoires pectorales blanches et de beaux icebergs blanc sur ciel nuageux anthracite. Magnifique. Demain il paraît qu’il neige…

En hausse : le piquenique voiturier

En baisse : les tongs

La phrase du jour : « You are fairly welcome » Donna propriétaire du B&B Fishing Point

 

J264 mardi 28 mai 2°C-12°C neige puis bleu puis gris Pointe nord de Terre Neuve

IMG 0359 GOOSE COVEFaire le tour du monde pour aller au bout des routes. Etre sur une île et en faire le tour. Des mythes grecs. C’est ce que nous faisons aujourd’hui : le tour de la pointe nord de Terre Neuve, en allant au bout de tous les chemins, puis en arrêtant la voiture pour finir à pied jusqu’à la dernière pointe des caps. Matinée à l’abri des gros flocons de neige qui tombent dans le port de Saint Anthony, à discuter avec Donna et Less, quatre enfants. Après-midi sous un grand ciel bleu. Fin de journée dans le gris uniforme d’un soir d’automne. Saint Carol’s puis Anthony Bright, port naturel et bout du monde face à l’Atlantique ouvert derrière sa petite anse fermée. Grand Brehat et ses caps raz successifs dirigés vers le bleu du large. Saint Lunaire, élégante comme il se doit, avec Griquet et Quirpon pour compléter les vues sur leur grand fjord abrité. L’Anse au Meadow, premier camp d’Européens, venus du Groenland 500 ans avant Christophe Colomb, sur le continent américain. Goose Cove, à visiter par mer forte ou grand calme, à la bonne heure de l’étale de pleine mer du soir, comme en cette fin de journée, pour avoir la meilleure vue sur la côte, les îles, les icebergs de passage. C’est là que les Irlandais se sont installés pour mettre les cendres de leurs morts à l’abri du vent. C’est là que nous reviendrons. Car il reste encore Cap Oignon, Cap Normand… On n’est jamais au bout de la route vraiment.

En hausse : les saucisses d’orignal de Donna

En baisse : le temps qu’il nous reste

La phrase du jour : « Sorry we only sale them by six » la caissière de la station service à propos des bières

 

Donna

Donna est propriétaire et animatrice du Fishing Point B&B. Dans sa cabane de pêcheur transformée en bonbonnière de bon goût méticuleusement tenue, elle accueille avec grande courtoisie, les mots bien détachés et lents de l’ancienne institutrice qu’elle était et l’accent british, les touristes de passage. C’est la dernière maison de Saint Anthony sur le chemin du phare. Coincée entre la route et la mer, elle surveille de son point de vue, les entrées et sorties des bateaux entre les lumières vertes et rouges inversées, l’activité de la fabrique de crevettes et de crabes, les canards, l’eau libre ou glacée du port sur laquelle elle a appris à patiner toute jeune. Une fois, elle a même vu le port complètement bloqué par un iceberg, mais, après une ou deux journées, un brise glace est malheureusement arrivé, pour le libérer les bateaux. A propos de Saint Anthony, 3000 habitants, elle ne dit pas, ville, ou village, elle dit « notre communauté ». Donna sert des petits déjeuners raffinés où cohabitent poissons de la baie aux épices lointaines, incontournables scrambled eggs, morue aux pommes de terre, saucisses d’orignal, confitures maison préparées avec des baies sauvages rouge ou orange de la région. Tout ici est tranquille. La maison est pleine d’objets chinés, récupérés ou achetés à une amie qui déménageait. Depuis les canapés bleus du salon, installé face au poêle, on ne peut rien manquer des entrées et sorties du port. D’ici, Donna voit passer trois de ses quatre enfants déjà grands et des touristes du monde entier. Dépêchez vous d’aller chez Donna et Less. Le Fishing Point B&B est en vente sur internet. Et sans eux, ce ne sera plus tout à fait pareil.

 

J265 mercredi 29 mai 10°C bleu Saint Anthony - Parc de Gros Morne

IMG 0406 BATEAU ET CHRIS A SAUNDERS HARBOURLe ciel est bleu. Grande journée. La route qui redescend vers le sud est belle au retour autant qu’à l’aller. Personne. Nous élisons Saunder’s Harbour pour le déjeuner. Très bonne pioche. C’est un port de pêche actif et vivant. La morue épuisée, les pêcheurs se sont reconvertis en crabiers ou crevettiers. Aujourd’hui, jour de chance pour nous, la tempête ramène tous les bateaux au port, donc jour de chargement des semi-remorques avec des sacs de crevettes et des pelletées de glace. Au sommet, la morue. En remplaçants nobles, le crabe des neiges, fragile et qui doit arriver vivant, ou le homard, vaillant voisin côtier. En dernier recours, la crevette. Elle arrive morte, glacée, sent fort, surtout quand le quota est d’un demi-million de livres (220 tonnes) par licence de pêche. De quoi alimenter les rêves rudes de sorties en mer, sur L’Atlantic Charger, pour Félix, sur le Newfoundland Storm pour Chris. Les femmes préfèrent rester à quai. Le restaurant sert des fishs & chips, mais avec de la morue fraiche, une panure délicate et des pommes de terres maison. Une ambiance du tonnerre sur le port qui attire toute la famille, largement dépassée par la taille des rostres des bateaux posés sur le quai.

Un peu plus loin le spectacle continue. Parson’s Pound nous arrête un instant, les barques de pêche profitant du courant d’eau douce pour se dessaler. Puis, dès l’entrée dans le parc de Gros Morne, les hameaux de quelques maisons, casés entre mer et falaise, justifient à eux seuls le classement du site au patrimoine mondial de l’Unesco. A Sandy Cove, la famille longe les eaux claires et lisses de Shalow Bay dans lesquelles Félix se trempe.

Après un dernier phare, nous atterrissons dans les cabines de Rocky Harbour. La poissonnerie est fermée depuis une demi-heure. Le gars qui conduit sont Clark nous demande ce que nous voulons ? Des homards. Il rouvre la boutique. Certainement pas pour les 4 euros par homard, mais parce qu’ici, on ne laisse personne en panne de homard, ni en panne de rien, d’ailleurs. Il nous recommande de les faire bouillir dans l’eau de mer. Quand les filles du petit supermarché qui gère nos cabines de rondins nous voient passer, elles nous amènent le chaudron dont nous avons besoin pour faire cuire les homards et nous recommandent leur recette. On dit que les gens du coin sont accueillants.

En hausse : la mer

En baisse : la cuisine chinoise d’hier à Saint Anthony

La phrase du jour : « Je me suis baigné dans le Baïkal et dans le Grand Océan sud Australien, il faut que je me baigne ici… » Félix

 

Magie des noms

Gaspésie : Sainte Félicité, Les Méchins, Cap Chat, Ruisseau Castor, Cap au Renard, Ruisseau à Rebours, L’Anse Pleureuse, Marche d’Epée, Ste Madeleine de la Rivière Madeleine, Pointe à la Frégate, St Maurice de l’Echouerie, Gaspé, Belle Anse, Coin du Banc, Val d’Espoir, Ile Bonaventure, Percé, L’Anse à Beaufils, Cap d’Espoir, Port Daniel Gascon…

Le long du St Laurent : St Anne de Beaupré, île d’Orléans, St Ferréol les Neiges, Petite Rivière St François, St Cassien des Caps, l’Île aux Coudres, La Malbaie, Petites Bergeronnes, Tadoussac, Les Escoumins, Colombier, Portneuf sur mer, Pointe Lebel, Pointe aux Outardes, Franquelin, Godbout, Baie Trinité, Pointe aux Anglais, Port Cartier, Rivière aux Tonnerre, Longue Pointe de Mingan, Havre St Pierre, Natashquan, La Romaine, Harrington Harbour, Tête à la Baleine, Baie Rouge, La tabatière, St Augustin, Bonne Espérance, Brador, Blanc Sablon, L’Anse au Clair, Cap Diable…

Terre Neuve : Cap Oignon, St Lunaire Griquet, Quirpon, Baie Médée, Cap Normand, Conche, Grandois, Port au Choix, La Scie, Point Riche, Petit et Grand Jardin de Grau, Cap Anguille, Port au Port… mais aussi Gunners Cove, Cook’s Harbour, Middle Arm, Twillingate, Lewisport, Bishop’s Falls, Grand Bank…

 

J266 jeudi 30 mai 8°C pluie Rocky Harbour

Après la grande journée, la petite journée. La pluie apporte son lot de séries d’anglais, de néerlandais, de tricot pour les filles et de morue fraiches et de délicieux pétoncles de la poissonnerie. Choupie et Chris font le tour du quartier en passant par Norris Point. Là, les eaux sont calmes, on est cerné par les montagnes. Le fjord est entre le Lac de d’Annecy et Frutillar, derrière Puerto Mont, au Chili. On est à la campagne. Sur un quai, les gars ont ramené leur bon bateau de Detroit, en descendant les grands lacs. Sur un autre, un voilier en acier trempé arbore un fier drapeau suisse dont on se demande comment il a pu arriver jusqu’ici. On pourrait venir faire du kayak demain, pour voir des nids d’aigles, des poissons, peut-être des baleines. La prévision de pluie pour demain est de 60%.

En hausse : le Miami Heat de Lebron James qui gagne le match 5 des finales de conférence NBA contre Indiana

En baisse : la garde robe

La phrase du jour : « A Grand Bank! That’s a very nice boat you have » les gars du trawler venu de Detroit

 

J267 vendredi 31 mai 18°C beau Rocky Harbour – Twillingate

IMG 0472 PIQUE NIQUELes alentours de Rocky Harbour sont spectaculaires. Puis c’est la suite de la Highway N°1, qui rejoint St John’s (côte Atlantique, capitale de Terre Neuve, Etat du Canada), à Vancouver (côte Pacifique du Canada). Une route normale, quand il est devenu normal de rouler des dizaines de kilomètres au milieu des fjords, des arbres et des lacs, sans voir une maison, normal de croiser un couple d’orignaux sur le bord de la route, précédés de peu par un lièvre et de piqueniquer au soleil, enfin, à côté d’une otarie qui se promène au fond d’une baie fermée. La longue arrivée, d’îles en fjords, à Twillingate, est un rêve de marin. Bretons, Basques, Irlandais, Ecossais, Anglais, Portugais, cet endroit, fait pour les peuples pêcheurs, les a tous vus jeter l’ancre. Un Eldorado où, à l’arrivée des premiers hommes blancs, on marchait littéralement sur les morues immenses en chassant baleines et phoques, avant de se reposer dans les eaux calmes et claires des fjords.

Nous choisissons une solution inhabituelle : les enfants dans un B&B, les parents dans un autre. Dans une soupente de Terre Neuve, entre soupes déshydratées corn flakes yaourtés, découverte sans présupposé, du phrasé parfait surréaliste de Raymond Devos et de l’humour politiquement incorrect de Michel Leeb.

En hausse : les pissenlits jaunes partout

En baisse : fermer la voiture à clé (ici, les gens laissent les clés dessus)

La phrase du jour : « have a safe trip » la garagiste-crémière

 

J268 samedi 1er juin 8°C gris Twillingate

Sans nous en rendre vraiment compte, nous nous sommes rapprochés de la maison : langue familière, culture et habitudes déjà apprises, façon de voir le monde commune, contradictions occidentales. Nous musardons sur le chemin de l’arrivée. Comme si nous prenions un verre au bar avec nos adversaires du jour après un match. Comme, en rentrant de l’école, les copains et la liberté derrière, les devoirs devant. Nous faisons maison buissonnière, mais retrouvons insensiblement notre ancien rapport au temps. Nous oublions le temps qui passe pour celui qui doit rapporter ; nous nous impatientons maintenant quand nous avons l’impression qu’il ne se passe rien. Et rien, c’est tout ce qui n’est pas exceptionnel. Or, même l’exceptionnel est devenu régulier. Une langueur feutrée, qui ressemble à la saudade portugaise, nous observe.

IMG 0473 TWILLINGATEAu Captain’s Legacy, B&B historique et élégant des parents, le bon breakfast s’allonge d’une heure et demie, à discuter de riens avec les hôtes divers. Au Toulinquet des enfants, pieds dans l’eau face au port, règne la liberté internet. Nous préparons la résistance au « Sunday close » et la route à supérettes déprimantes de demain, en passant au Fish Market, juste avant le pont, pour choisir les homards du piquenique dans le vivier, accompagnés de haddocks et saumons, fumés à l’érable. Pour le déjeuner du jour, à deux pas hors saison, nous sommes les seuls touristes chez J&J: chowder soup, morue, moules, frites, tout est frais maison. En l’absence d’iceberg dans leur « capitale mondiale » autodéclarée, la principale attraction est le phare. Vue imprenable et spectaculaire de phare séculaire, remplacé sécuritairement par les radars sur les bateaux, mais pas dans l’imaginaire des marins. Toute la saga du Titanic, coulé un peu au sud, est retracée dans le phare. Un bon moment en amoureux pour les parents.

IMG 0501 CHOUPIE ET JULIA TWILLINGATELe miracle arrive au coucher du soleil. En partant en 4X4 vers le bout de tous les chemins de Twillingate, on découvre l’île. Immense trèfle irlandais, nervuré d’innombrables baies profondes, d’autant de plages de galets, de cap de granit noir ou d’ardoise effeuillée, de petites anses où sont remisés crabiers et petites barques de pêche, de points de vue spectaculaires, avec, au centre, une tourbe gorgée d’eau finissant en lacs. La qualité du site et de la lumière en font un des plus beaux endroits que nous ayons vus depuis le départ de Bruxelles. Mais l’essentiel est ailleurs. Car combien valent, le signe de la main d’un inconnu en train de ranger son tas de bois pour l’hiver prochain ? Un rayon de soleil finissant sur une cabane de pêcheur en bois ? Une fin d’île déserte surplombant les vagues et les galets dans le ciel rouge, dont Julia, seule au bout de son monde, verra sa vie précieusement marquée ?

En hausse : les baies de toutes sortes et leurs confitures

En baisse : les bonnets… quoique

La phrase du jour : « During the winter ? We go to Palm Springs ! » les propriétaires très sympas de Captain’s Legacy

 

Titanic

Concurrence féroce pour la suprématie transatlantique entre Anglais de la Cunnard of Liverpool et Américains de White Star financés par JP Morgan. Difficultés à remplir le Titanic, troisième et plus luxueux bateau de ce type de la White Star, qui restait à 40% vide, pour son voyage inaugural. Titanic lancé dans une tentative officieuse de record de la traversée Southampton / New York pour redorer le prestige de White Star. Investissements somptuaires dans la décoration et économies mal placées : salons ArtDéco, mais coque non doublée et un seul gouvernail. Incompétence de l’équipage recruté à la dernière minute sur les docks de Manchester et des officiers qui ne tiennent aucun compte des messages radios des navires environnants, pourtant plus au sud, dont certains cernés par les glaces et à l’arrêt. Prétention d’un capitaine rêvant de gloire pour son dernier voyage avant la retraite, ayant jugé le bateau extraordinairement fiable (mais pas insubmersible) et partant se coucher sans le moindre doute, alors que la baisse subite de température atteste de la présence des glaces. Approximations des ingénieurs concepteurs du chantier naval Harland & Wolff, qui ont prévu 16 compartiments étanches, mais qui communiquent entre eux à peine quelques mètres au-dessus de la ligne de flottaison. Bateau fabriqué avec les meilleurs composants de l’époque, mais dont le gigantisme (plus grand et plus luxueux navire jamais construit jusque-là) dépasse la capacité de résistance des matériaux de l’époque. Dernière manœuvre désespérée, contradictoire et catastrophique du second : en vue de l’iceberg, il fait donner machine arrière toute et barre à bâbord toute. Machine arrière détruit l’action du gouvernail unique, qui aurait dû être double… et la tentative d’évitement éventre le bateau sur une longueur énorme, sans bruit ni choc alarmant pour les passagers, sous la ligne de flottaison, alors qu’un choc frontal aurait été beaucoup moins grave pour le bateau. La coque non doublée, prend l’eau. Plusieurs compartiments se remplissent simultanément, occurrence non prévue par les concepteurs du bateau. Le Titanic s’enfonce rapidement. L’eau déborde d’un compartiment « étanche » à l’autre. Le capitaine et l’ingénieur des chantiers navals sont rapidement convaincus que le bateau va couler. Le capitaine donne l’ordre d’évacuation accompagné d’un « sachons rester Britanniques ». Il y a deux fois plus de personnes à bord que de places dans les canots de sauvetage. La compagnie avait écarté la recommandation des chantiers navals de mettre plus d’embarcation de sécurité, pour « ne pas encombrer le pont ». L’équipage n’a jamais été entraîné à libérer les canots de sauvetage. Il lui faut 45 minutes pour descendre le premier dans la mer. Il quitte le bord vide à 50%. Les passagers, inconscients du danger, refusent de quitter le Titanic, insubmersible, pour cette chaloupe plongée dans le noir de la mer glacée. L’équipage, lui, est persuadé que si les embarcations sont remplies selon les normes du constructeur, elles vont couler. La proue s’enfonce. Le danger devient plus pressant. L’évacuation s’accélère. Le 15 avril 1912, à 2H20, le Titanic, coupé en deux, sombre. Il reste encore deux canots, dits « de secours », de 40 places qui n’ont pas pu être mis à la mer. Une partie des passagers et la plupart des membres de l’équipage, sont encore à bord. Certains se jettent à l’eau. Les mécaniciens et électriciens sont restés dans la cale jusqu’au bout pour maintenir le bateau éclairé le plus longtemps possible. 1500 morts pour 700 rescapés. En remplissant tous les canots de sauvetage à 100%, plusieurs centaines de personnes supplémentaires auraient pu être sauvées.

L’ingénieur des chantiers navals, le capitaine, l’orchestre qui a joué jusqu’à la dernière minute, la plus grande partie de l’équipage, disparus. Les désespérés, qui se sont jetés volontairement, ou ceux projetés dans l’eau salée à -1 ou -2°C, disparus. Les quelques nageurs, recueillis par cet officier qui a transféré ses passagers dans d’autres canots pour revenir sauver ceux qu’il pouvait, déjà morts de froid quand le navire de la Cunnard concurrente, bravant les glaces, arrive sur place quelques heures plus tard à peine. Le Président de White Star, sauvé, déclara qu’il pensait être parmi les derniers embarqués dans les canots de sauvetage. A l’entrée du phare de Twillingate, on vous donne un ticket d’embarquement sur le Titanic, avec le nom d’un passager. Vous consultez, à la sortie, la liste des morts et des survivants. Choupie, femme voyageant en première classe, sauvée avec ses amies. Chris, homme voyageant en troisième classe, mort, comme les autres.

Les justices américaine et britannique concluront qu’aucune faute n’a été commise, que le bateau ne s’est pas coupé en deux (contrairement aux témoignages d’époque et aux photos sous-marines modernes), ce qui aurait donné lieu à des indemnisations par les assurances, mais firent rapidement évoluer la législation concernant la sécurité en mer et les canots de sauvetage. Les familles des morts ne recevront aucun dédommagement. 2H20, le 15 avril, c’est l’heure à laquelle la compagnie White Star, suspend les salaires des quelques employés rescapés, avant de disparaître elle-même un peu plus tard.

J269 dimanche 02 juin 4°C gris Twillingate – Bonavista

IMG 0520 LES HOTES DU CAPTAINS LEGACYNous avons du mal à quitter la douce et belle Twillingate, où l’on pêche encore le homard sous sa fenêtre et les très chaleureux papy-mamy du Captain’s Legacy. Nous parcourons ses méandres une dernière fois, pour partir en marche arrière, en allant jusqu’au bout d’autres petites routes, sur d’autres îles. Notre façon de continuer à inventer chaque jour notre monde, au lieu d’avoir à le subir ou de tenter vainement de s’y conformer. Le choix d’une liberté exigeante pour le corps et l’esprit. Deux de nos trois homards finissent sous un joli ponton en bois de hasard, qui nous abrite de la brise à 4°C. Terre Neuve est presqu’aussi étendue, du nord au sud, que la France. Les distances sont longues. La musique mange la route, mais Bonavista est un cran en-dessous, ou bien, sommes-nous trop fatigués ? L’idée de la découverte de Terre Neuve ici, par le Vénitien Giovanni Caboto (vite transformé en John cabot par les Brits), qui félicite son matelot d’avoir aperçu cette terre le premier, en 1497, d’un « bonavista », est à peine aussi belle que celle de Garance de se séparer de sa dernière dent de lait, en stock, ici. Dents égrainées à Baïkalskoie dans le Lac Baïkal, une cachette secrète d’un temple bhoutanais, le port d’Hobart en Tasmanie, le pont des amoureux suspendus japonais à Isse, au cap Bonavista à Terre Neuve. Signe de fatigue, de renoncement, de manque de chance ? nous couchons dans notre premier motel, après plus de 4000 kilomètres au Canada. Les patrons sont charmants. Le motel moins.

Amis de Percé, côte nord sauvage du St Laurent, ferry boat extraordinaire de Natashquan à Blanc Sablon, confins du Québec et du Labrador chez Gary, Pointe nord de Terre Neuve autour de St Anthony, paysages grandioses de Gros Morne, Charme de Twillingate, il fallait bien que la série s’arrêta un jour… Une petite peur de ne pas retrouver d’émotion pure avant le 12 juin, nous étreint, devant nos frites du soir, assommés par la CNN canadienne.

En hausse : le tricot de Garance et Julia

En baisse : la lecture

La phrase du jour : « Bye, Anne, bye Chris, you know it’s your family here » papi et mamie Captain’s Legacy

 

J270 lundi 03 juin 4°C gris Bonavista – Burin

IMG 0555 PENINSULE DE BURINLa route est longue, sous la pluie, dans la brume, au froid. Une tentative avortée vers Woody Island et son excursion folklorique, nous propulse sur un ponton de fin de cycle. Pas âme qui vive au fond du fjord, sauf un ancien qui nous conseille de réserver l’excursion alors que tout est désert. Le carton piquenique, qui en a marre d’être trimbalé, révèle les dessous du voyage : une fois vidé des rousques, déchets, miettes, couverts en plastic et assiettes en papier, restent deux boites de thon réformé, revalorisé par un industriel peu scrupuleux grâce à l’ajout de colorants saveur piment rouge ; du pain (de mie de supermarché, il n’y a pas de boulangeries en Amérique du nord) enrichi de sucre, ferments, agents de mollesse, conservateurs, immangeable ; un paquet inestimable de baggle, « all in », farcis de graines et baies diverses, qu’il faudrait toaster pour finir de les cuire, « les salauds, il y avait écrit plain dessus » Choupie ; un paquet entamé de Celebration, médiocres imitations des Petits Écoliers de LU, dont le chocolat, glacé, est déjà décollé des biscuits humides ; un rognon de saucisson déjà suspect quand il était entier ; un paquet de chips Hays entamé. Le hareng fumé décongelé se révélant dangereux, ne reste plus qu’une valeur sûre, notre troisième et dernier homard. Pour cinq personnes, dont trois ados déjà dégoûtés de la bête, ça reste court pour affronter les 4°C du ponton, qui, entraînés par le brouillard humide et la brise, en paraissent 10 de moins. Ça rigole bien. Pour se laver les mains, après la dissection, nous avons l’eau du ponton, dans les 2°C environ, mais attention aux méduses, et un demi-citron, dont l’état avancé ne retire rien à son caractère providentiel.

La traversée de la péninsule de Burin est désespérante, sauf pour le pêcheur à la mouche qui aime la nature désolée gorgée d’eau sans obstacle pour sa soie. Terre Neuve, pays de marins. Pêcheur, plus léger encore que le berger et moins accroché à sa terre que le paysan. Une dame sympa, dans un motel anonyme qui remplace le Bureau d’Information Touristique, nous envoie à Burin. Pourquoi pas Burin ? Elle nous dit qu’il y a un vieux café là-bas. Et nous trouvons, au bout du dernier chemin, sur un promontoire qui embrasse les deux passes, une magnifique maison qui nous attendait. Le Cook’s Vintage Cottage, ses voisins très Britishs, son pêcheur qui nous prend demain pour faire un tour de la baie, sa décoration « Côte Atlantique » Canada, est un vrai paradis.

En hausse : la queue repoussante du Mac Do

En baisse : les envies de fruits de mer

La phrase du jour : « Ho ! Fishin’ that’s no allod… bu w’ see if we can snake on’ or two fish aroun’…” Derek pêcheur à Burin

 

J271 mardi 04 juin 9°C pluie-vent Burin

Pluie, brouillard, vent, pluie. Vie active dans la maison. Côtes de bœuf, gratin dauphinois. Nous organisons la résistance française. Et c’est bon.

En hausse : internet

En baisse : l’école

La phrase du jour : « Tous leurs chewing-gums ont le même goût de pâte dentifrice…» Choupie, « C’est pour faire passer le fish and chips » Garance

 

J272 mercredi 05 juin 12°C grand beau Burin

IMG 0588 L AMI DEREKBalade en pêcheur, dans la baie de Burin. Port naturel d’une terre nouvellement trouvée découpée, qui en compte des centaines, le Capitaine Cook avait établi ses quartiers dans notre baie fermée à double issue, à deux pas des plus grandes réserves de poisson du monde, sur le chemin de l’Amérique, a l’écart des dangereux icebergs. C’est ici la terre la plus proche du naufrage du Titanic. On peut faire confiance à un gars qui a fait cinq fois le tour de Terre Neuve, en a établi les cartes maritimes et navigué jusqu’en Australie… Notre cottage au bout de la dernière route est à Cook’s Point, peut-être à l’emplacement même de sa demeure, car c’est la meilleure vue amirale. L’eau est claire, Derek, patron pêcheur, connaît les cailloux comme sa poche, le ciel et la mer bleus. C’est beau. C’est bon. Nous avons bien fait d’insister quand la route était rude. Nous ramenons du sable noir de gravier de Drake Cove, la dernière anse miraculeuse, protégée mais déjà en mer, où l’on salait la morue face au large. Ce que nous ramenons surtout, c’est une grande confiance dans la nature et dans l’homme.

En hausse : les canards sortis de l’œuf du jour et les labradors (chiens)

En baisse : la fatigue

La phrase du jour : « Be good, God bless you, I love you » le vieux pêcheur édenté ami ou parent de Derek

 

Derek

Derek est pêcheur autour de la baie de Burin. Pêcheur caboteur qui suit la mer et les saisons en rapportant au port ce qu’il peut de homards, crabes, cabillauds, flétans, escargots… Les homards sont bons mais versatiles, ils n’aiment pas le mauvais temps ; les crabes sont loin maintenant ; le poisson est acheté à peine 45 cents la livre (0,70€/kg) par l’usine qui ne cherche pas à en acheter plus ; l’escargot n’a jamais rapporté grand-chose. Pas de quoi racheter un nouveau bateau quand le Julie n’ Shawn, déjà vieux, sera réformé. Mais Derek s’en moque. Il aime la mer, sa baie. Les copains viennent boire des bières, dans son cabanon en bois, chauffé par l’énorme poêle qui résiste à tous les hivers et gueuse la cabane contre tous les vents. Dans sa bouche, pas d’accent distingué, ni trop de dents. Les Anglais laissent aux marins, juste de quoi vivre, rien d’autre. Mais ici, ça sent la vraie mer, celle de la liberté, pas celle de la conquête. Alors, on s’est laissé enrôler par Cook, dans les chauds pubs d’Irlande, par goût pour l’aventure, dégoût de la pomme de terre trop rare. Le regard vif et clair, le cœur chaud, on s’est accroché là, au bout d’une presqu’île sans maître, au sud de Terre Neuve, à deux pas des Grands Bancs qui n’ont jamais laissé un marin devenu pêcheur avoir faim.

J273 jeudi 06 juin 15°C grand beau Burin

IMG 0616 PENINSULE DE BURINCourir acheter, vers midi, pour le déjeuner, des homards que nous choisissons dans l’eau. Discuter avec Derek et Mary, sa femme, qui nous offrent des filets de flétan. S’attabler en famille. Faire la sieste au soleil, à l’abri du vent, sur le ponton sous la maison. Expédier les dernières leçons d’anglais de Julia au soleil de notre terrasse. Tricoter une écharpe rouge et blanche pour son nounours. Retrouver le Japon, sur notre site internet, de plus en plus beau, grâce à super Aline. Jouer avec le vent, les rayons du soleil, les murs de notre cottage pour se réchauffer de l’intérieur. Boire du thé vert acheté près d’Hiroshima. Lire. Prendre le temps de rêver sans but. C’est notre harmonie du bonheur à cinq, après neuf mois de voyage. 

En hausse : Sobeys, le bon supermarché achalandé par les Français de St Pierre

En baisse : rien

La phrase du jour : « If you come back one day, don’t forget to visit us » Derek

 

J274 vendredi 07 juin 15°C beau St Pierre (et Miquelon)

IMG 0633 CHRIS EN BONNE COMPAGNIEPour aller à St Pierre et Miquelon, on prend le bateau à Fortune. Dès l’embarquement, c’est déjà la France, avec un bateau neuf qui sent la subvention européenne, un équipage sympa et rigolard habillé en bleu, portant galons. Arrivé à St Pierre, une heure plus tard, la Police des frontières se prend au sérieux, comme il se doit, quand on fait partie de l’élite des pays mondiaux. Sur l’île, pour nous qui avons quitté l’Europe depuis 9 mois exactement aujourd’hui, incroyable atmosphère française. Difficile de dire pourquoi : les Renault Kangoo ? Les panneaux d’indication omniprésents en français et leur typographie latine, les drapeaux tricolores ? Les énervés en voiture qui sont pressés de parcourir les 5 kilomètres de l’île ? L’épicerie fine, le CIA (Comptoir d’Importation des Alcools) ? Notre réaction est unanime : ici, on n’est pas sur un bout de Newfoundland francisé, on est 100% en France.

Au CIT (Centre d’Information Touristique), un jeune gars, certain de bien faire, nous débite une soupe où baignent : les réflexions anticapitalistes sous-entendues ; ses opinions sur les investissements (massifs) de l’Etat dans la construction locale ; le traumatisme de l’arrêt de la pêche en 1992 ; les promenades possibles ; la justification de l’impossibilité de se rendre sur l’Ile aux Marins, principale attraction touristique de St Pierre, située à ¼ de mile en face, principale et quasi-unique, attraction touristique locale. « C’est un problème de bateau. C’est une association qui s’occupait du bateau. Mais elle a fait faillite. Il faut un nouveau bateau. Ça ne va pas pouvoir se faire comme ça. Ça va prendre du temps ». Ça tombe bien, nous venons pour une journée et la saison, déjà commencée, dure au total 2,5 mois. « On mise beaucoup sur le tourisme à St Pierre pour relancer l’économie ». Il existe cependant une solution pour atteindre l’Ile aux Marins : participer à la journée ramassage de déchets demain 9H00, au départ du club de voile. Aucun doute, nous sommes en France. Les enfants, chaleureusement entourés par les Russes-Sibériens amis, prêts à challenger la souplesse des Indiens ou à résister à la pression marketing anglo-saxonne, habitués au parfait japonais et à la simplicité birmane, baignés d’optimisme canadien, n’en reviennent pas. Une leçon qui vaut bien toutes les écoles et sermons réunis, et un fromage sans doute.

Nuit St Pierre, fait B&B de charme, malheureusement déjà plein, et salon de thé Les Délices de Joséphine, comme on voit St Germain de Prés depuis la province. Nous y buvons des thés Mariage Frères, des chocolats au vrai lait recouverts de chantilly, mangeons ses pâtisserie bretonnes, au milieu d’un achalandage de jeunes femmes bien mises. Ici, on est à une heure de Paris et bien loin de Terre Neuve. Patricia, la patronne, est charmante, elle anime la vie locale l’hiver avec des ateliers de tricot et de cuisine et gère son petit business avec un succès mérité. De quoi largement se faire détester par le microcosme. Merci Patricia et bonne chance.

Sur le chemin de notre Auberge des 4 temps de fin de cuve, Machin, le patron, nous retrouve avec sa voiture. « C’est vous les clients des 4 Temps ? Ha ! Vous êtes là ! Enfin ! Ça fait une heure et demie que je vous cherche… Tous les autres ont déjà été enregistrés. C’est que j’ai aussi un restaurant dont je dois m’occuper moi… ». Machin nous dira bonjour la prochaine fois que nous viendrons à St Pierre. « D’habitude je traite plutôt avec les écoles et les administrations… ». Pas nous… c’est de là que doit venir la difficulté de compréhension mutuelle. Pour accélérer les 200 derniers mètres, il embarque les filles dans sa voiture. Autrement, pour l’habitué des auberges de jeunesse, plus sensible à la propreté qu’à l’austérité monacale des lieux, il n’y a rien à redire. Sauf que c’est mal placé. Machin nous indique la seule adresse qu’il connaisse pour aller dîner, celle de son restaurant, le « Saveur des îles ». Bien noté, merci. On évitera soigneusement.

Nous arrivons à 21H35 à la Crêperie du Port. « Je vais vois avec le chef si on peut vous servir, car la cuisine ferme à 21H30 ». « On peut ». Bonne nouvelle, à relativiser, car nous sommes maintenant tous habitués à sauter un ou plusieurs repas. D’ailleurs, les filles sont restées devant la télé et Félix, avec ses trois filets de bœufs de midi, pourrait tenir jusqu’à demain. Les gars de la crêperie-restaurant sont très sympas et nous envoient une salade de rab avec nos galettes complètes vite et bien servies.

IMG 0676 SAINT PIERRE FRANCEPourtant, il est agréable de flâner dans les rues et le long du port, dans la lumière pure du soir, au milieu des maisons en bois colorées, de grimper en haut de la colline, admirer la vue par temps clair. Mais les Français ont cassé le lien qui les unissait entre eux. Quand un Français s’approche d’un autre Français, ce n’est pas une opportunité de rencontre, c’est le début d’un affrontement. Alors, quand on s’approche d’un amateur qui rentre de la pêche, il ne sourit pas, comme partout ailleurs pendant notre Tour du Monde, il ferme la porte de sa camionnette sur deux beaux saumons autorisés, pressé de rentrer chez lui. 5500 personnes à St Pierre, et très peu de Français de la métropole qui y passent. L’amateur n’a pas de temps à perdre. Nous non plus. Nous avons Derek, en face, un professionnel sans dent qui nous aime déjà et que nous aimons nous aussi. Et si Derek ne peut plus vivre en vendant son poisson à la fabrique, alors, il fait le tour du village et gagne sa vie sans attendre. « Liberté », n’est pas marqué, sur tous les bâtiments publics de son village. Il n’y a pas de bâtiments publics dans son village. Mais la liberté, il l’a bien accrochée au fond de son ventre. Il sait combien elle coûte et paye sans rechigner. Un Français préfère mourir en ayant raison, plutôt que s’adapter. Et un Français, ça a toujours raison. Et pourtant… il y a l’urbanisme concentré de nos villages, qui permet la promenade à pied, le fronton qui rappelle fraternité basque, la belle Ile aux Marins, qui nous tend les bras, le phare de la Pointe aux Canons, animé par une otarie de passage, les gars du club de voile, qui sortent en dériveur, faire un tour sur l’eau transparente qui redevient fertile, comme nous l’ont confirmé les Québécois. Et Miquelon, qui vaut peut-être le déplacement, ainsi que Langlade l’oubliée ?

Venir à St Pierre est une vraie expérience française. Trop proches, trop aptes à comprendre les méandres de ce qui reste habituellement invisible, nous ressentons ici une sorte d’incrédulité, nuancée d’exaspération. C’est à Miquelon, qu’il aurait peut-être fallu prendre le temps supplémentaire d’aller. Une journée en France. Une seule… « C’est bon, on peut repartir » Choupie.

En hausse : les prises électriques sans adaptateur

En baisse : les sourires

La phrase du jour : « fiscalité, sécurité, développement économique » les premiers mots que l’on peut lire en débarquant à St Pierre

 

 
  • Douane
  • Chambre de Commerce et d’Industrie
  • Gendarmerie
  • EDF-GDF
  • Conseil Territorial
  • Palais de Justice
  • Bureau du PS (Parti Socialiste)
  • Direction des Finances publiques
  • Bureau permanent de la CFDT (principal sponsor du plan gratuit de St Pierre)
  • Centre de Santé
  • Caserne
  • Police aux frontières
  • Bibliothèque municipale
  • Centre culturel
  • Groupement Agence Française de Développement
  • Institut d’Emission des Départements d’Outre Mer
  • Pilote du Port
  • SPM (St Pierre et Miquelon) Télécom (4 étages)
  • Place Général de Gaulle
  • Mutuelle SPM
  • La Solidarité Mutualiste
  • Conservatoire du Littoral
  • Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
  • Direction Départementale de l’Aménagement du Territoire
  • CIT (Centre d’Information Touristique)
  • Mairie
  • Direction des Territoires, de l’Alimentation et de la Mer
  • CACIMA (non décrypté mais soutenu par un prometteur « pour faire avancer toutes les entreprises »)
  • Régie des Transports Maritimes
  • Poste
  • Préfecture
  • Maison du Préfet
  • Maison de la solidarité du Conseil Territorial
  • Capitainerie du Port
  • Musée de l’Arche
  • Archives locales
  • Hôpital

J275 samedi 08 juin 5°C gris St Pierre-Terre Neuve

Le musée a dû coûter son pesant de granit, mais il est bien fait. Il est touchant de voir les morues ainsi exploitées jusqu’à épuisement par les hommes. Pas les pauvres pêcheurs, les armateurs et négociants. En fait, la pêche est en déclin depuis la fin du XIXème siècle. Entre deux guerres, pendant lesquelles elle est restée libre, St Pierre a été soutenue par la prohibition américaine qui a transformé l’île en entrepôt. Depuis, ce sont les subsides publiques qui payent les 65% de population, dite active, qui sont fonctionnaires. On peut comprendre le ratio, mais pourquoi 5.500 et pas 500 ? Ou 30.000 tant qu’à faire ? Le bateau repart à 13H30. Tous les touristes de l’île, soit une poignée, tournent autour du débarcadère devant les portes closes : souvenir, bijou pour Julia qui a fini son anglais dernière matière de l’école… il faudra revenir, car, entre midi et deux, c’est fermé. Et comme nous l’a dit le jeune du CIT « pouvoir déjeuner chez soi, c’est un avantage qu’on n’est pas prêt de laisser ». Il a raison, la guillotine du musée n’a servi qu’une fois et le bourreau a dû quitter l’île ensuite. Aucun risque, donc, il suffit d’attendre que l’argent des jacobins de Paris tombe. Ce sont les gars de la crêperie restaurant, seuls ouverts, qui ramassent la mise. Tant mieux pour eux, la morue est fraiche, le cuisinier honorable et le service travailleur.

IMG 0693 MERCI CAPITAINEPourtant, nous sommes ici chez les bonnes gens de mer. Les Optimistes du club de voile, qui languissent sans vent, le long du quai Eric Tabarly, s’entraînent à dessaler dans l’eau glacée. Le solide commandant du Cabestan nous accueille dans sa timonerie technologique. Par cette exceptionnelle journée de mer d’huile, de ce magnifique poste d’observation, nous voyons de loin les dos de très nombreux rorquals croiser notre route entre les îles. C’est la saison des caplans, qui viennent rouler sur la plage déposer leurs œufs. Les orques suivent la même piste, leurs grands ailerons triangulaires bien verticaux tranchant l’eau. Même depuis la timonerie, on sent la puissance impressionnante de ces chasseurs, qui passent en bandes de trois ou quatre. Nos premiers orques libres, Julia assise sur le siège de co-pilotage. Merci Commandant. Un des matelots est un ancien pêcheur. Il aimait ça, la pêche. « Une fois, dans le brouillard, je me suis jeté à l’eau en combinaison pour passer un harnais sous un thon de 550 kilos. Le plus beau jour de ma vie. A l’époque, la pêche, c’était incroyable. On laissait le filet une demi-heure dans l’eau et on le remontait plein. Souvent, le chalut pesait plus lourd que le bateau. On faisait un trou dedans pour qu’il se vide un peu et qu’on puisse le tirer à bord. On faisait du tonnage, du tonnage… il n’y avait que ça qui nous intéressait. On pêchait de tout, soles, plies, flétan, saumon… on ne gardait que la morue. Tout le reste on le rejetait. La fabrique ne savait traiter que la morue. Et un jour, bien sûr, ça s’est arrêté ». On vous aime bien les gars. On vous comprend. Le corridor de pêche de 5 miles sur 200, qui vous a été laissé, lors de négociations qui vous dépassent, ne correspond à rien. La pêche reviendra un jour, si les colonies d’oiseaux et de phoques, en pleine explosion, vous laissent un peu de poisson.

Débarqués à Fortune, quelques Fortunais nous lavent le 4X4 dans la bonne humeur, pour récupérer 5$ qu’ils verseront à l’hôpital. Une autre île, un autre monde. Sur la route longue vers St Jean, nous dînons de langues de morues à Dildo. La morue, c’est la culture d’ici. La friture aussi. Sur le parking, dort un énorme camion tout terrain design, appartenant à un allemand, qui a commencé son tour du monde il y a 2 ans. Des rêves se croisent à Dildo. Tous les B&B de charme du coin sont pleins, en travaux, sales… mais notre voisin de table et sa femme, tous deux bien mis à la bostonienne pas si loin, nous trouvent un simple, excellent et tardif point de chute, les pieds devant l’eau, à White Bay.

En hausse : les stocks et notre consommation de morue

En baisse : l’assistance publique, non militaire, à la cérémonie du 8 mai, devant le monument aux morts de St Pierre

La phrase du jour : « Le Français est râleur, on le sait. Ha, ça ! On a des leçons à prendre » Machin, patron inspiré de l’auberge des 4 Saisons de ce matin déjà si loin

 

J276 dimanche 09 juin 4°C pluie White Bay-Saint Jean (St John’s)

Il pleut sur White Bay. II pleut sur Rolland Garros, où l’ami Rafa Nadal gagne son huitième titre en neuf participations : record du monde. La route pourrait être jolie, mais il pleut froid, nous ne sommes qu’à 100 kilomètres de St Jean, capitale de Terre Neuve, trop loin de St Anthony, Twillingate, Burin, Blanc Sablon, Bizen, Kyaukme, Irkoutsk… et le Mac Donald’s notre seul recours pour déjeuner. Nos 100 derniers kilomètres autour du monde. Toute la famille y pense dans le gros 4X4 GMC, de taille « regular » pour ici. « Ça va faire drôle de rentrer… on s’y était fait, à bouger tous les jours » Choupie. Notre B&B The Roses sera oublié, le chinois désert du dîner aussi. St Jean, un dimanche en début de soirée de juin est froid et désert. Il paraît que c’est l’endroit où les Newfies viennent faire la fête, entraînés par les gars des plateformes pétrolières en relâche. Miami gagne le deuxième match des finales NBA contre San Antonio. Un partout. Le match 3, à San Antonio, sera serré.

En hausse : le cholestérol

En baisse : le homard sauvage

La phrase du jour : « Où on est là ? Parce qu’avec la drôle de journée qu’on a passée, je ne comprends plus du tout où on est » Garance

 

J277 lundi 10 juin 12°C clair presque beau St John’s (Saint Jean)

IMG 0699 SAINT JOHNS CENTRE DE RECHERCHE DE BIOLOGIE MARINE Les parents partent en exploration et expédition des affaires courantes : à l’aéroport, validation impossible des billets de retour, drop off de la voiture à faire confirmer à St John’s et non à Montréal. La confrontation de l’aéroport montre à quel point notre voyage a été pur, guidé par le rêve et le hasard, combien le retour va représenter un choc. Nous avons abordé l’île en ferryboat et voiture, par le nord, pas comme les retraités de Montréal, Vancouver ou Boston, qui arrivent ventre gras à Terre Neuve, par l’aéroport aseptisé de St John’s et font un petit tour organisé autour, de quelques jours. L’occasion de mesurer la distance parcourue en kilomètres et en rêves de liberté. En banlieue, activités recommandées par Georges, l’ami de Percé. L’accueillant Institut de la Mer a bien un simulateur de plateforme de bateau de pêche, mais les visites ne sont pas ouvertes au public cette année. Daphnée Barron, la secrétaire des étudiants, se le fait confirmer tout de même. Dommage. Merci Daphnée. Le Centre de recherche en biologie Marine, recouvert d’un bardage de bois, est sur un site superbe, face à une haute falaise penchée qui accroche le brouillard en sortant de la mer. On peut y toucher dans un bac moules, oursins, anémones, étoiles de mer, concombres de mer variés, crabes… et regarder dans deux bassins ronds, quatre phoques, parmi les millions qui prolifèrent dans les eaux de la zone. Officiellement, ils ne mangent pas les stocks de morue des pêcheurs : les prélèvements, rapportés par la jeune Portugaise qui fait ses études de biologie marine ici, font état de 5% de morue seulement, dans les estomacs des mammifères. Elle compte rester à Terre Neuve à la fin de ses études, même si ses parents n’apprécient pas vraiment l’idée.

St John’s rappelle partout ses origines Irlandaises. Il le faut, car elle est bien américanisée déjà, avec ses boutiques à touristes pleines de riens oscillant entre humour décalé, teeshirts bien pensants, messages de revendication autonomique design, créations décoratives locales et ses mauvais restaurants chinois et indiens. Nous faisons dubitativement, à 5, un tour consciencieux de notre dernière étape. Dans le genre, nous avons beaucoup plus apprécié Hobart, en Tasmanie, Vladivostok, en Sibérie, mieux dans leurs jus, à l’abri du pétrole découvert à une centaine de miles au large de St John’s. Nous prenons peut-être l’avion du retour demain. Demain, c’est encore loin. Nous nous prélassons dans les limbes du retour vague.

En hausse : les contraventions (la première en 9 mois)

En baisse : l’envie de rentrer, tout à coup disparue

La phrase du jour : « Ça fait vraiment bizarre de rentrer » Félix. « Oui, ça fait bizarre. Dans trois jours, il n’y a pas de mot pour ça. Mais, après-demain, ou demain, ça fait bizarre » Julia. « Moi, ça me stresse un peu, j’ai mal au ventre. Je me demande vraiment comment ça va se passer au retour » Garance

 

J278 mardi 11 juin 6°C pluie encore Dernier jour

IMG 0701 DERNIERS BAGAGESFermer les sacs une dernière fois, gestes que nous avons faits sans y penser des centaines de fois, prend une signification nouvelle. Les enfants tiennent à refaire les bagages de fond en comble, pour les organiser beaucoup mieux qu’habituellement. Au moment de ranger appareils photos, caméra, livre de bord, chaussures de marche, parkas, un quotidien dont nous allons devoir nous déprogrammer, une immense nostalgie s’empare de nous tous. Nous faisons un cercle à 5, où chacun dit ce qu’il pense de cette aventure, ce qu’il en retiendra, ce qu’il ressent maintenant. Un moment fort dans notre vie de famille.

IMG 0705 CAP SPEAREQuand le cercle s’ouvre, notre Tour du Monde est terminé. Nous laissons la journée se défaire pour nous. La difficulté de St John’s tient à de nombreux facteurs. Le port naturel, au fond d’un fjord défendu par des falaises, fait la ville encaissée. Sortie de la pauvreté des bars à marins, étonnée par sa nouvelle prospérité relative, la cité n’est pas encore insouciante et joyeuse, elle reste entre deux. Des chambres bruyantes de travaux et camions, dans un B&B qui impose une dépendance aux médiocres restaurants alentours. Fin de voyage relai et non étape vraiment choisie. St John’s est le point de contact entre un voyage arrivé en ferry, par le nord, qui a traversé tout le pays, et des retraités venus en avion, pour qui la ville est un bout de leur monde à eux. Deux bouts du monde en sens inverses, qui se touchent sans se voir.

Après un dernier fish & chips presque convaincant, nous finissons notre Tour du Monde au point D’Amérique du nord le plus proche d’Europe, le Cap Speare. Garance arrache une molaire pour laisser dans ce point symbolique, en ce jour symbolique, sa dernière dent de lait égrenée. Nous quittons, sur le parking de l’aéroport, notre gros GMC Yukon, vaillant vaisseau de la route familiale.

Surprise du grand voyage, notre vol St John’s-Halifax-Montréal-Bruxelles, bien programmé, n’existe pas. Celui qui a été enregistré part de St John (Nouveau Brunswick, à 1000 kms) et pas St John’s -notez le « s »- (Terre Neuve). Passons sur les déboires de la peu sympathique Canada Airlines. Ça nous fera un jour d’attente du retour, supplémentaire, un dîner très sympa des garçons entre eux et un match 3 des finales NBA, remporté mémorablement par les San Antonio Spurs sur le Heat de Miami. Nous prenons le même vol demain, mais, comme les connexions de la journée sont overbooked, le départ est avancé au matin 8H00. Présentation à l’aéroport vers 6H00, pour attendre ensuite la journée à l’aéroport de Montréal.

En hausse : Hertz, qui nous rend le Yukon sans autre procès ni paperasse

En baisse : Canada Airlines, cocktail d’approximations latines et mauvaise foi anglo-saxonne

La phrase du jour : « C’était quelque chose ce Tour du Monde… on s’en souviendra » Félix

 

J279 mercredi 12 juin 10°C brouillard-soleil St John’s dernier jour bis

IMG 0717 BACK TO SAINT JOHNS BATTERY POINTArrivés à 6H, le vol de 8H00 aura 2 heures de retard. Puis seulement 1H45. Il est finalement définitivement annulé. Canada Airlines n’y est pour rien, « ce sont les conditions climatiques » (brouillard). Unique alternative, un vol St John’s / Londres, ce soir 22H00, puis 4 heures d’attente à Londres, demain de 6H00 à 10H, pour atteindre Bruxelles vers midi. Un steward au sol, venu du Labrador, sauve les Canadiens, mais ne peut rien pour sauver Air Canada. Mauvais chinois à midi ; Battery Point, défendant l’entrée du port naturel imprenable, mais perdu par les Français contre les Anglais alliés aux Américains, sous le soleil ; entrainement de rugby pour Félix avec vue sur le cap Speare et la très belle côte pêchée de St John’s ; siestes et discussions dans le Yukon chauffé au naturel.

Le soir, le vol St John’s (Terre Neuve – Canada) vers Londres (Royaume Unis, Europe), décolle. 5H00 de liaison seulement. Moins, si nous nous arrêtions chez les Vikings.

En hausse : l’envie d’arriver

En baisse : l’envie de retour

La phrase du jour : « Je n’avais pas trop envie de partir faire ce Tour du Monde et maintenant, je n’ai pas envie de rentrer… » Garance

 

J280 jeudi 13 juin température climatisée, météo indifférente London Heathrow-Bruxelles Zaventem

Ce qui nous frappe au retour, à travers le brouillard du décalage horaire et de la mise en veille des longs parcours en avion ? A Heathrow, la diversité. Dans nos contrées, reculée du Labrador ou policée du Japon, l’homogénéité règne. Ici, races, couleurs, religions, looks, sexualités se côtoient, sans se voir. Seuls l’air climatisé et les microbes circulent de l’un à l’autre. A Bruxelles, l’excitation de surface, celle d’une fourmilière désemparée lors des premières gouttes de pluie. Les femmes plus belles. Les voitures au service d’une image, plus d’une fonction, ou l’image devenue fonction et fin en soi. Partout, la tête triste et crispée des consommateurs de temps. Nous, dans quelques jours ou quelques semaines, tout au plus. La prochaine fois, nous irons plus loin encore.

En hausse : l’envie de repartir

En baisse : la pluie, le vent, la mer, l’altitude, la route, le goût spécial et pur de l’aventure

La phrase du jour : « C’est à cause de l’altitude que mes chaussures ont rétréci ? » Garance, remettant une dernière fois ses chaussures de marche après l’atterrissage