CANADA 1 : LE QUEBEC

On est bien là !

 

J238 vendredi 03 mail 2013 Hiroshima-Montréal 24°C bleu 24°C noir

IMG 8724 INESPERE TOKYO MONTREALNous quittons le Japon sur une avalanche de succès. Pays qui ne nous a apporté que des bonnes surprises alors que nous en attendions beaucoup. Emotions pures et fortes. Le Japon est un grand pays, les Japonais un grand peuple. La fatigue du dépaysement total, balancée par l’agrément d’un quotidien renouvelé. Hiroshima est en grande fête aujourd’hui, avec tous les transports en commun qui déversent leurs surplus d’usagers au plus près du Dôme symbole.

La mauvaise idée c’est de partir, à 10H00, un jour du grand départ de la Semaine Dorée : l’équivalent d’un premier août sur l’autoroute du soleil. 20 kms de bouchons bien signalés, c’est 50 minutes rajoutées à un trajet d’une heure. Nous avions prévu large. Bye-Bye monospace Nissan médiocre, bavard, marron, mais fidèle et simple. Et, service Japon, c’est un Nissan boy qui nous accompagne, dans notre véhicule, jusqu’au kiss and fly. « Embarquement jusqu’à Hawaï ou uniquement jusqu’à Tokyo ? » nous demande l’hôtesse. Nous optons pour une solution souple : cartes d’embarquement jusqu’à Honolulu, bagages récupérés à Narita, le temps, peut-être, de savoir quand nous repartons d’Honolulu pour Montréal, notre vraie destination finale. «  Vous avez vos ESTA ? ». L’hôtesse nous montre, en français sur internet, la nouvelle procédure internet US obligatoire. 10 à 15 minutes par demandes, assis sur les sacs derrière son comptoir, Chris dictant les quelques numéros que Choupie ne connaît pas encore par cœur. Moins de 10 minutes pour le premier, le record doit être autour de 3 à 4 minutes, y compris le délai d’attente de confirmation du paiement en dollars par Amex. C’est presque trop facilement, que nous entrons dans l’avion Hiroshima-Tokyo.

A Tokyo-Narita, nous avons 4 heures d’attente. Assez pour consulter nos boîtes emails, et constater qu’aucune information concernant la suite d’Hawaï n’est disponible. Un Japonais inspiré par son écran et serviable comme un Japonais sérieux (si nous pouvions déchiffrer mieux les imperceptibles mouvements des muscles de son visage, nous le comprendrions mieux), consulte son écran. Verdict : Une nuit dans l’avion ; une nuit à Honolulu ; départ le lendemain soir, d’Honolulu sur United Airlines, pour une deuxième nuit dans l’avion, vers Toronto ; transit vers Montréal. En clair : 2 jours et 3 nuits (dont deux dans l’avion) de voyage. « C’est l’horreur absolue comme transfert » réagit Chris. Sur les écrans de l’aéroport, on voit pourtant des Tokyo-Toronto directs, sur Air Canada dont les écrans rouges nous appellent irrésistiblement. Au comptoir Air Canada, on nous dit que pour la somme de 4000€, par personne, nous pouvons embarquer dans une heure, pour Montréal. Retour chez le Japonais sérieux, qui sort tout notre dossier Tour du Monde, changé de si nombreuses fois déjà. « Vous avez pris votre billet initial chez Turkish Airlines ? » « Ha bon ? ». L’homme de science traverse le hall et va au comptoir d’enregistrement Air Canada. Coq met de l’ordre dans poulailler Erable. Mais ici au Japon, de caquetage point. Et de cocorico, ne peut être question. « C’est faisable, mais elles ne savent pas le faire… ». L’anglais de notre allié japonais est excellent. « Je ne sais pas si je vais arriver à le changer, mais je vais essayer ». Une partie de l’honneur du Japon est engagé. C’est donc presque gagné. « Vous allez ensuite à Honolulu, puis Huston, Miami, New-York, Bruxelles ? » « Non, juste Miami, New-York-Bruxelles… (c’est la fin vous comprenez…) ». Mais l’hydre informatique américaine résiste. L’heure tourne. Bientôt, le vol canadien est fermé. Les doigts rapides écrasent les touches. Les idéogrammes indéchiffrables défilent sur le visage impassible de l’ami. Nouvelle traversée du hall pour conciliabule japonais : sonorités neutres échangées sans croisement directs de regards. Avec notre niveau de perception, pas le moindre indice de taux de probabilité favorable ou défavorable. Retour dans la guitoune United Airlines. Force touches informatiques. Des cartes d’embarquement sortent. Incroyable. Dessus, il y a marqué, Narita-Toronto-Montréal. « Arigato ! Domo arigato ! ». Et dessous, Ceci n’est pas un coupon valable pour le vol. « Alors, on a payé 20.000$ pour aller direct à Montréal ? » Garance. « Chut, c’est une question d’honneur, pas d’argent ». Au comptoir Air Canada, 8 filles et un bagagiste spécialement délégué, nous attendent. Il leur faut pas mal de temps pour nous enregistrer. « Si on rentre dans ce vol, c’est incroyable… » Choupie. « Vous ne serez pas assis tous à côté ». « Aucun problème ». Mais le doute persiste, car rien ne se passe, les filles ont l’air préoccupé. Le vol est fermé depuis déjà un quart d’heure minimum. Et enfin, les cartes d’embarquement sortent, le bagagiste emporte nos 5 sacs. « Arigato, merci beaucoup » (les Japonais adorent les compliments français). Il ne reste plus qu’à passer la police par les raccourcis, guidés par une charmante hôtesse Air Canada Japon. Puis à traverser l’aéroport jusqu’à la dernière porte, en courant, mais ça, c’est habituel pour nous, suivis par l’hôtesse, ce qui est plus rare. Devant la porte d’embarquement, il reste même quelques passagers à embarquer avant nous. Large on vous dit… Sacrés Japonais ! Ils nous auront épatés jusqu’à la porte de l’avion.

Assis dans le Montréal-Canada via Toronto, nous avons du mal à croire qu’Il, le Japonais taiseux, l’ait fait. Changer nos 5 billets. Et sans supplément à payer. 11H30 de vol de nuit. Bonne nuit. Nouvelle astuce mondiale à Toronto : on récupère ses bagages à la douane, mais on doit les remettre sur un tapis avec les mêmes tickets de bagage, après la douane. Nous avons déjà jeté nos tickets de bagages ! Frais comme pêchés du matin, correspondance loupée. Mais les dieux bhoutanais nous protègent. Le vol suivant est ½ heure plus tard. Montréal. 20H00. Heure locale. Biologiquement, c’est moins clair pour nous. Chacun a son interprétation personnelle. Reste à trouver un hôtel… forcément, nous devrions être à Honolulu, en train de nous préparer pour un nouveau vol de nuit. En pays civilisé, Japon, Québec, le wifi service aéroport n’est pas payant, contrairement aux dollars qu’exigent les anglo-saxons. Le B&B Chez Angelina Bleu est noté 9,1/10 chez booking.com. On nous répond au téléphone. Gros taxi. Traversée de Montréal. Line est devant la porte à notre arrivée, sortie du spectacle à l’entracte pour nous accueillir dans sa charmante maison. 24 heures de voyage. Un demi-tour du monde. Mais toujours le vendredi 3 mai. Au milieu du Pacifique, nous avons croisé la ligne de changement de jour, dans le sens « négatif », celui où l’on retire un jour. Le jour rattrapé de notre première boucle, perdu dans l’autre sens, à la même longitude pacifique, il y a 9 ans.

Line, volubile avec accent charmant, accompagne même les parents, qui ont besoin d’une petite détente, vers le vieux Montréal. Il fait bon chaud dehors. Tous les jeunes sont du côté de l’ancien port. Le dîner est médiocre mais sympathique. On vous le dit souvent « voyager, c’est facile… » Non ?

En hausse : la flexibilité japonaise

En baisse : la qualité du riz

La phrase du jour : « J’aurais bien aimé juste poser le pied à Hawaï… à 10 ans c’est pas mal d’avoir posé le pied à Hawaï… » Garance

 

J239 samedi 04 mail 2013 Montréal 26°C bleu

Magnifique petit déjeuner ensoleillé par la gouaille québécoise de Line la patronne et Monica sa belle-sœur. Elles prennent en main la suite du voyage. Elles sont gaspésiennes, elles nous envoient en Gaspésie. Tous les guides confirment : région surpeuplée en été, car magnifique. Les copines enfoncent le clou : « il n’y aura personne et vous allez trouver des maisons pas cher ». Dans le périmètre de sécurité de notre B&B, on trouve : une libraire neufs-occasions intéressante, un libanais médiocre, un vietnamien à peine mieux, une banque pour traveller checks, un inventaire des populations migrantes, des tatouages de nombrils, des salles de spectacles entourées de bars, des sourires.

En hausse : le rire

En baisse : le maintien

La phrase du jour : « C’est tout p’tit là mais ça t’raisonne déjà des longs mots » Line à propos de Garance

 

J240 dimanche 05 mail 2013 Montréal 26°C grand bleu

IMG 8736 MAC GILL MONTREALMarcher à Montréal, dimanche de capital. Ce qui nous frappe, c’est le format des gens et leur laisser aller. La décadence occidentale après la frugalité asiatique et le maintien japonais. Nous profitons du soleil, mais Montréal, très sympathique, ne nous capte pas. Tout à l’air mal fini, négligé, répandu. Après la décadence du complexe au Japon, celle de l’approximatif ici. Après la discrétion comme philosophie du respect de l’autre, le grand déballage comme dépense d’une liberté individuelle jetée à la figure du prochain. Peu ragoûtant, comme changement de menu.

Les Québécois, sont comme dans les films québécois : cordiaux, enthousiastes, bavards, souriants et accueillants. Line remue sa Gaspésie natale pour nous trouver une maison à Percé, le Honfleur-Etretat local, hors saison. Pendant que Julia fignole la fin de ses statistiques, nous traversons la fameuse université de Mac Gill, où étudie Iris (en stage en Argentine en ce moment), puis montons en haut du parc de Mont Royal. Comme à chaque arrêt, l’adaptation, la maison de Bruxelles, le journal de bord, la préparation de la suite du voyage, absorbent notre temps et nos énergies. Le décalage horaire nous achève.

En hausse : l’épaisseur du trait

En baisse : le riz

La phrase du jour : « C’est très différent du Japon, mais c’est quand même pas mal ici… » Julia. « Oui et au Japon, on n’a jamais eu de mauvaise surprise… comme en Inde, par exemple » Garance

 

J241 lundi 06 mai 2013 Montréal 25°C grand bleu

IMG 8742 PIQUENIQUE A MONTREAL AVEC ROMAINJournée en famille avec Romain, le cousin qui fait ses études d’ingénieur mécanique à Polytechnique Montréal. Cela fait du bien à tout le monde. Les enfants profitent d’un grand très sympa, qui a deux chats, gonflé les ballons, préparé le barbecue, tracé la voie de l’étranger, de l’exposition personnelle et du risque positif. Ça aussi, c’est une bonne école du Tour du Monde. Les parents vivent la vie de Québécois décontractés. Romain voit de la famille après deux années passées ici et raconte ses études et sa vie canadiennes. Dîner de couples en terrasse en compagnie de Marie-Pierre. Canada, Inde, Sibérie, Japon, il est question d’actualité et des grands pays du Tour du Monde. La France n’est pas évoquée.

Journée particulière et tendre qui amortit le choc des cultures. Tout nous meurtrit, après le Japon. La saleté, le niveau sonore, le désordre, l’approximation anglo-saxonne, le déballage de poils autant que celui de tatouages, la médiocrité de la cuisine très et trop chère, la lourdeur de l’architecture, les odeurs, les bruits de souffleries inutiles, l’incivilité de certains conducteurs, le mélange de populations avachies, le gras. « Comment vas-tu faire pour ne pas être trop négatif dans le journal de bord ? » Choupie. La légendaire bonhomie des Québécois, l’art de vivre ensemble que les Canadiens ont su préserver, les promenades à pied dans la douceur de l’air du soir compensent. Il faudra revenir pour donner sa chance à Montréal que nous n’avons pas vue. Le Québec, sera plus à l’aise au milieu des grands espaces qui nous appellent. C’est Romain, que nous garderons du Montréal de printemps.

En hausse : le manque de neige

En baisse : Montréal

La phrase du jour : « Ça m’a vraiment fait plaisir de vous voir » Romain, nous aussi Romain…

 

J242 mardi 07 mai 2013 direction nord est Montréal-Québec 27°C grand bleu

Le boulevard René Lévesque, parallèle à la rue Ste Catherine, mène Chris chez Hertz, Choupie et Julia à la poste et au change de traveller’s checks. Une seule rue et, les costumes noirs ont remplacé les piercings, les cravates les tatouages, les mallettes les chiens et leur laisse. Cependant, il reste toujours quelque chose qui cloche : chaussures non cirées, costume trop mal taillé, maintien désuni. Le drapeau rouge et blanc canadien flotte fièrement en haut des tours grises du quartier d’affaires. Nous voilà munis d’un énorme 4X4 GMC Yukon, pour 8 personnes, et de dollars en billets. De quoi aller loin… partout dans le monde.

IMG 8752 MONTREAL ET NOTRE GMC YUKONAprès un petit tour des beaux quartiers lourds de Montréal, le principal attrait de la route jusqu’à Québec ville, c’est son odeur de liberté. La Maison Bourlamaque, notre B&B à Québec, est super : Stéphane le patron costaud, chauve est charmant, la qualité au niveau présupposé par la japonaise de Naoko, la patronne dont la nationalité a justement convaincu Choupie sur internet. Québec le soir. St Malo entouré de ses remparts, les anglais comme ennemis commun envahissant, le doigt de Surcouf remplacé par l’épée de Champlain. Les bars à marins repoussés par la cuisine italienne d’Amérique du nord, le belvédère envahi par des hordes adolescentes américaines en voyage culturel facebooké préparé sur Google. Nous clochardisons de yaourt vanille, bière blanche imbuvable, pain caoutchouc et fromage en feuilles carrées, sur le banc d’une épicerie dite « fine ». Que reste-t-il d’authentique ici ? Les Québécois. Le Japon nous a absorbés, dissouts. Nous étions concentrés sur lui. Le véritable esprit Zen japonais, c’est qu’il nous a fait nous oublier nous-mêmes. Ici, nous glissons à la surface. Il va falloir rapidement trouver un angle pour percer vers le vrai.

En hausse : les très agréables couettes en plume des gens qui connaissent le vrai hiver

En baisse : le parfum d’inconnu

La phrase du jour : « C’est HORRIBLE ici ! » Julia à propos des écoles en voyage d’étude

 

J243 mercredi 08 mai 2013 direction nord est Québec-Baie Sainte Catherine 25°C grand bleu

IMG 8778 STEPHAN ET NAOKANotre B&B est parfait, à part la lourde Jamaïcaine du petit déjeuner, immaîtrisable et son son bloqué sur « loud ». Les chambres sont très cosy, les belles photos sont du patron, ancien photographe pigiste pour l’AFP, le design du petit déjeuner et la qualité des finitions, sous le contrôle de la Japonaise Naoka, une référence pour nous. « Les standards d’ma femme sont très supérieurs à ceux d’chez nous ici, sté incroyable ». Une rencontre simple qui pousse au vrai voyage. En quelques mots : « là-bas tu verras aucun touriste, il n’y a qu’des camions ; accompagnés de, Il n’y a rien à faire de spécial, c’est juste la route et les paysages ; ou de Ha oui, c’est très beau et il n’y a personne ». Nous voilà aspirés par le nord. Côte nord du St Laurent, enfin déserte, jusqu’à Natashquan, patrie de Gilles Vigneault, qui marque la fin de la route. « Personne ne va là-bas. En cette saison ce sera désert ». Pour continuer à avancer après la fin de la route, traversier-caboteur, pendant deux jours, de port en port, à travers les deltas se jetant dans le golf jusqu’à Blanc Sablon, au Labrador. Magie des noms. Le voyage s’alimente du voyage lui-même. « Il faut regarder si, en cette saison, il y déjà des traversiers, sinon tu peux prend’e par la route. C’est environ 12 heures de route de terre. Il faut des bidons d’essence ». Au Labrador, traversée du petit bras de mer, en traversier encore, jusqu’à Sainte Barbe, sur Terre Neuve. « Nous sommes allés là-bas en avion, avec ma femme, quand on habitait Toronto ». Descente de l’île vers St Pierre & Miquelon. « C’est minuscule ». Traversée jusqu’à l’île de Cap Breton, puis route vers Halifax, à travers la Nouvelle Ecosse, ensuite Nouveau Brunswick, puis enfin Vermont, jusqu’à Boston, Massachussetts. Une belle boucle d’aventure autour du golf du St Laurent. Pour finir notre Tour du Monde avec ce que le Canada et la planète peuvent offrir de meilleur au voyageur. Et avant, pour finir l’école avec un mois et demi d’avance, faire le plein de homards et d’énergie, Choupie nous a trouvé une grande maison de 5 chambres à Percé, le plus beau coin de la belle Gaspésie.

IMG 8806 BAIE SAINTE CATHERINE 5H00Petite visite de réconciliation matinale dans Québec, à la pêche aux informations. Comme toujours, quand on sort vraiment des sentiers battus, peu ou pas d’informations disponibles. C’est le signe que nous sommes sur la bonne voie. La suite de la journée est passée dans la voiture selon les besoins de chacun. Julia, encore en plein décalage horaire, dort. Félix, qui a besoin d’espace, s’échappe avec Chérub, « Ouai, super ! j’avais besoin d’un truc con, après St Exupéry ». Garance rêve. Choupie et Chris discutent, regardant passer avec détachement les petits villages charmants, qui feraient un très beau week-end de printemps depuis Montréal ou Québec, mais pas un voyage au long court. De la promenade. Comme si tout le monde à bord attendait qu’il se passe vraiment quelque chose. A ce rythme dévastateur de clichés glacés, Charlevoix et pittoresques villages de bord de St Laurent défilent jusqu’au soir. Les quelques endroits qui auraient pu nous accrocher pour une nuit sont fermés pour cause de saison trop peu avancée. De B&B en casino à l’américaine, la zone finit rapidement d’être validée. Nous finissons avec les derniers rayons du soleil, à Baie Sainte Catherine, dans un motel hors saison presque désert. Sam’s, qui anime le quartier d’été, est fermé. Un goût de Bagdad Café et de Les Valseuses, mais il nous manque Depardieu et Dewaere pour mettre un peu d’ambiance dans la magnifique lumière du St Laurent. Après un traversier aller et retour jusqu’à Tadoussac, pour aller mal manger chèrement, des produits décongelés, les camions de nuit surchargés de minerais font trembler raisonnablement notre motel de bord de route. Entre mer belle et longue route.

En hausse : le piquenique

En baisse : la Gaspésie (en face qui sera dans le même genre, mais où une belle maison de repos nous attend)

La phrase du jour : « Si t’vas là-bas, il n’y aura personne. Mais bon, tu verras quand même plus de monde que d’chevreuils » Stéphane le grand patron de notre B&B la Maison Bourlamaque

 

Québécois

« Attention ! Ils sont rapide à mettre des étiquettes même aux propriétaires » (Attention, ils mettent rapidement des contraventions, mêmes au gens du quartier)

« A la lumière là t’prends à la main droite. Bonjour. » (Au feu, prenez à droite. Au revoir)

« Avec plaisir. Bienvenue » (De rien. Bonne journée)

« Je m’sauce là d’dans et j’suis correc » (Je me baigne dans la mer – à 12°C– et je suis bien)

« ma blonde, mon cham» (ma copine, mon amoureux)

« Tabagie, dépanneur, débosselage, marché…. » (bureau de tabac, supérette, carrosserie automobile, supermarché…)

Breuvages (boissons chaude), Liqueurs (boissons fraiches), Roties (toasts), Hamburger régulier (Hamburger simple), avec une saucée (sauce)

 

J244 jeudi 09 mai 2013 direction nord est Baie Sainte Catherine-Matane 9°C Pluie

IMG 8783 BAIE SAINTE CATHERINELe motel est préfabriqué, mais donne directement sur la plage. Pendant que le soleil se lève, Chris marche le long de la rive calme du St Laurent. Il est 5H00, calme seulement troublé par le bruit du passage des énormes camions sur la 138. Canada, pays de ressources naturelles. Les rives du St Laurent, c’est déjà la mer. Il y a des signes qui ne trompent pas. Les mouettes crient leur désapprobation au promeneur solitaire. Une otarie tape l’eau lisse pour rabattre les poissons dans un piège d’algues. Les moules attendent le retour de la marée.

Après Tadoussac, toujours vers le nord est, la route est belle entre rivières et rappels de taïga à gauche, petits îlets et mer-lac à droite. Taïga, habitations dispersées, lichens, pauvres supérettes, neige plus abondante, lac gelés du mois de mai… ça commence à sentir le grand air. Pourtant, nous traversons l’estuaire en traversier, de Baie Comeau à Matane, dans la salle télé où les Canadiens de Montréal perdent contre les Chefs d’Ottawa. Montagnes avenantes de chair sous casquettes, les Québécois aiment tous le hockey, sport national taillé pour eux dans la glace. Ils prononcent yokai. Débarquement à Matane, vers le réputé La Seigneurie, notre relai de poste du jour, à cuisine crémeuse et salle de bain dans le placard, qui semblent plaire ici. 1.000 kilomètres depuis Montréal. Trop, ou trop peu encore. Attachant Québec.

En hausse : le piquenique de dépanneur (saumon fumé congelé, saucisson dit hongrois, baggles ou bagles – polémique sur internet concernant l’orthographe – à finir de cuire, chips…)

En baisse : le goût du dernier détail à la japonaise

La phrase du jour : « Ça m’a fait plaisir » le portier du ferry boat, pour prendre congé, après nous avoir conseillés

 

J245 vendredi 10 mai 2013 direction nord est Matane-Percé 15°C Variable

IMG 8839 JULIA ROUTE EN GASPESIELe plein fait de homards vivants, crevettes décortiquées, moules et coquilles St Jacques fumées, poulpe en salade, harengs au vinaigre, agrémentés de Wal-Mart et Métro S, très belle route le long de la côte nord de Gaspésie. Nous piqueniquons en altitude, histoire de tester les aptitudes sur piste de notre gros 4X4, qui nous emmène grassement au milieu des neiges, pour une superbe vue sur la côte. Toujours pas d’ours brun, Choupie désespère. La route à fleur d’eau est très belle, variée, deux étoiles à notre guide Michelin familial des belles routes, juste derrière les trois étoiles internationales : Bhoutan de col en col, Andes d’Atacama, Patagonie chilienne et argentine, Kimberley australien, mais nous sommes encore en terre colonisée. Un air lointain d’îles Wollaston au Cap Horn, plus proche tout de même de la Bretagne, entre Finistère et Dinard. Québec, pays où beaucoup de codes sont anglo-saxons et la langue, le français ami. Georges nous accueille à Percé. Notre maison à cinq chambres est plus petite que notre jardin, mais plus agréable que notre tailleur. Repos lambrissé dans notre maison de bois, debout depuis 1850. Merci aux marins charpentiers bretons.

En hausse : compter en heures, pas en kilomètres

En baisse : l’anglais comme langue indispensable

La phrase du jour : « On a bien fait de venir au Québec » Choupie

 

J246 à J256 du samedi 11 mai au lundi 20 mai 2013 direction à l’arrêt Percé

IMG 8873 GASPESIE HOMARDSsamedi 11 mai 9°C pluie. On se fiche pas mal de la pluie. Dans notre abri de marin, école, dernières infusions de décalage horaire ouateux, cuisine familiale, lecture. Percé clos hors saison est sous la pluie froide.

dimanche 12 mai 8°C pluie. Les homards de la fête des mères, préféraient certainement à l’eau salée l’eau de mer.

lundi 13 mai 15°C soleil. Lessive de printemps, fier renard sauvage, balade au phare dans la longue lumière du soir.

Mardi 14 mai 9°C pluie. Julia achève les maths : pure géométrie grecque, algèbre d’arrière cuisine, statistiques administratives. Le souvenir en sera conservé grâce à un tee-shirt « faite icitte », à Percé même.

Mercredi 15 mai 7°C pluie. Dans l’éclaircie de fin de journée, nature nous berce chaudement. Entre le bout du ponton de Percé et le haut du mont Ste Anne, une marmotte s’active derrière l’église le long d’un Christ allongé. Plongé dans l’herbe verte, il a deux trous rouges au côté droit.

Jeudi 16 mai 9°C pluie. Super Georges nous conduit chez Kill Bill pour une visite de l’entreprise familiale. Un bain de fraicheur québécoise, au milieu de la grande armée des crabes des neiges sur leur Chemin des Dames.

Vendredi 17 mai 4°C pluie. Super Georges passe jaser neige, pêche et plongée. Demain bateau. Dimanche pêcheurs de homards… si Neptune veut.

 

Hospitalité

La maison Birmingham, qui date de 1850, ouverte pour nous avant saison, a été habitée pendant des générations Birmingham, puis par Georges et sa famille, installés maintenant en face. Entièrement en bois du temps où l’écologie n’avait pas encore été inventée, pensée petite avec l’intelligence de ceux qui avaient plus de temps que d’argent et de machines, c’est une maison bien née, qui a beaucoup vécu et s’en souvient joyeusement. Georges nous accueille, nous installe, nous présente la région, nous indique comment faire cuire les homards à la vapeur. Nous nous sentons déjà chez nous. C’est Georges aussi, ancien député-maire, qui nous présente sa bande d’amis gaspésiens. Bill et l’entreprise familiale de traitements du crabe et du homard. 100 à 140 tonnes de crabe par jour. A 1,5 livre le crabe, ça fait pas mal de demi-crabes, pendant les quelques semaines de la campagne. Le homard est moins fragile, il sait attendre en dégorgeant dans des viviers quelques jours. Puis ONeil et son pote Michel, pêcheurs de homards, qui embarquent Félix et Chris comme de vieux amis. Et aussi les convives, tous bien vivants, autour de sa table. Simon, champion de ski acrobatique, sa copine expansive du parlement Québécois. Un député aussi sympa que bon père de famille. Un chasseur pêcheur naturaliste prêt à partager la viande d’orignal de son congélateur avec les amateurs ou les curieux. Un couple qui travaille avec Georges, dans son fameux restaurant, La Maison du Pêcheur, dont le mari a « pris la roue de Georges » quand il avait 14 ans. En quelques jours, Georges nous a tissé un réseau de rencontres et de pistes qui nous permettrait de passer une année entière ici à tirer tous les fils de la convivialité, de la finesse locale et du rire franc. Les Montréalais et les livres disaient tous que les Gaspésiens sont accueillants. Ils sont intelligents, entreprenants, directs, amicaux. On se sent bien chez nous ici. Merci à tous. Il va falloir partir. Nous reviendrons, pêcher la morue, le saumon, les thons géants, regarder les étoiles en jasant pendant que l’orignal passe sous les fusils, marcher dans la neige, jouer au hockey, traverser le St Laurent sur la glace jusqu’à l’île Bonaventure, plonger avec Georges, qui, après avoir fini ses missions de conseil autour du monde, continue les chantiers sous-marins… vivre avec vous, amis. Nous vous enverrons la famille, les amis. Et surtout, passez au fameux Bruxelles Show, N°1 mondial des produits de la mer, il y a de la place et quelques bons repas qui vous attendent, tous, à la maison. Georges, s’il te reste du temps, quand tu passes voir ton père à Toulon, viens manger une pizza à Bandol, en voisin.

IMG 9093 GASPESIENSSamedi 18 mai -2°C neige. Le vent du nord souffle la neige à l’horizontale sur la cime des sapinettes tandis que Félix boucle sa géographie, plie son français et Julia dissout sa chimie.

Dimanche 19 mai 15°C bleu. Georges anime notre Percé, sur son bateau jusqu’à l’île Bonaventure déserte, à bord d’un homardier, puis autour de sa table bien servie et bien entourée. Merci pour tout l’ami Georges.

Lundi 20 mai 12°C variable (bleu et pluie). La route le long de la côte sud de la Gaspésie, entre maisons mal alignées, pauvres provisions de stations service et pluie, ne nous convainc pas. Le cœur est Percé. Il faudra revenir ici, explorer la région à pied, pêcher le saumon, chasser l’orignal, vivre à l’écart de la route.

En hausse : les cousins québécois

En baisse : l’envie d’autre chose

La phrase du jour : « On en a fait des choses ici ! » Félix

Pêcheurs de Percé

Avant de rejoindre notre patron pêcheur, Georges nous fait faire le tour des popotes entre l’Anse à Beaufils et Cap Blanc. Dans l’air de 6H00 du matin à -2°C, activé par les 20 nœuds de vent du Zodiac, le froid pique sur l’eau sage comme une image. Première journée de mer belle depuis une semaine, mais elle est froide et les homards frileux dans un bain à 2°C. Ils s’animent quand l’eau commence à être plus chaude, vers 4°C. D’un pêcheur à l’autre, les prises sont médiocres. En attendant la pause, Georges nous débarque en contrebande sur le quai de l’île Bonaventure, au milieu des oiseaux, des vieilles maisons en bois, pas loin de quelques phoques qui chauffent au nouveau soleil.

Le Beaufilois est le bateau d’Oneil, patron pêcheur licencié homards et directeur du syndicat des pêcheurs, accompagné de Michel, toujours souriant. On ne comprend pas tout à travers l’accent, les expressions de marin, les livres (450 grammes environ) à la place des kilos, mais on ressent très bien l’amical accueil, les bottes préparées à la bonne taille, les cirés indispensables ajustés, les grands sourires amusés, cordiaux et intéressés autour du café de la pause. Nous voilà, Félix et Chris, à bord d’un homardier, le long d’une des plus belles côtes du Québec, un jour de grand beau, dans un des deux ou trois endroits les plus réputés au monde pour le homard. Merci Georges, merci messieurs les pêcheurs… et la pêche reprend avec l’habitude. Oneil s’approche d’une bouée, Michel attrape la corde avec un crochet, la remonte vers l’arrière du bateau, dépose le contrepoids sur le plat bord renforcé de grosses planches de bois. Oneil stoppe le bateau, puis, toujours depuis son poste de pilotage, manie un treuil qui remonte un à un les 5 casiers que Michel range sur le plat bord. Les cages sont en bois. Les vieilles, noircies, pêchent mieux que les neuves, encore claires. Les grilles sont en gros fil de fer gainé de plastic vert, tenues fermées par un tendeur facile à ouvrir puis à refermer. « Si un casier reste au fond, au bout de 120 jours environ, la petite patte ici casse, et alors le homard peut sortir ». Ainsi pas de casier fantôme au fond de la belle mère. Le nombre de casiers est réglé par le règlement, 235 par pêcheur. Le nombre de pêcheur aussi, 5,5 pêcheurs pour les 1,5 kilomètres de côtes de la zone de pêche. La nasse est partagée en deux pièces, la cuisine et le salon. Deux ouvertures pour accéder à la cuisine, une seule sortie, vers le salon, où le homard attendra de remonter à la surface. Une ligne pour 5 casiers, cela fait beaucoup de lignes à remonter. Le nombre de homards est impressionnant. Dans chaque casier, plusieurs homards, tous vivants, en parfait état. Ceux qui ne font pas les règlementaires 82 millimètres de la carapace (de l’œil à la fin de la carapace), sont rejetés à l’eau. Les femelles, au corps plus large, quand elles portent des œufs, sont rejetées aussi. Oneil et Michel connaissent parfaitement leur mer, leur baie, leur bateau, mais aussi les homards, leur biologie, les enjeux de la gestion des ressources. Avant de rebasculer les casiers à l’eau, Michel appâte en plantant sur un gros clou, des crabes de la baie, que les homards mangent pour fabriquer les réserves de calcium nécessaires à la reconstitution de leur carapace après la mue, ou des maquereaux, pêchés par des longliners japonais à l’autre bout du monde. Ce n’est pas encore le moment des gros homards, qui remontent plus tard, dans une saison non contingentée mais qui ne dure que 10 semaines. Félix et Chris participent bientôt en mettant de gros élastiques autour des pinces des homards, avant de les glisser dans le grand bac rempli d’eau de mer renouvelée. Harmonie d’un plaisir totalement pur et authentique, qui se rapproche de la prière dans un temple bhoutanais, d’une bania autour du Lac Baïkal, d’une nuit étoilée dans un village myanmar. La magie de la pêche, c’est ce pouvoir de faire rêver sur toutes les mers chaudes ou froides du monde. La mer comme mère universelle des pêcheurs, qui cherchent une pêche miraculeuse qu’ils ne désirent pas vraiment. Un rêve argenté qui détruirait le plaisir, en rendant le quotidien inutile, romprait le lien. Aucun pêcheur ne recherche fortune. Ils préfèrent toujours le rêve. Et la mer, qui berce le rêve des pêcheurs. Et nous sommes rêveurs.

Le plaisir passe vite. On aimerait pouvoir remercier Oneil et Michel à la mesure de notre reconnaissance. Que le bateau se remplisse de gros homards. (432 livres aujourd’hui, c’est beau. Demain, Oneil nous dira qu’ils ont remonté 652 livres. Enorme. Nous sommes aussi contents qu’eux). Que les pêcheurs gaspésiens se libèrent de Montréal, marché dont ils sont captifs. Que Boston, pas si loin mais qu’on ne peut atteindre directement faute de gros quai en Gaspésie, qui règle les cours du homard, sorte de la crise américaine pour que les prix soient au plus hauts. « Et tu me demandes pourquoi j’aime ça ! » nous dit Oneil avec son grand sourire à barbe grise en montrant la mer. Non, on ne te demande pas pourquoi tu aimes ça Oneil. On te comprend. On aime ça aussi. Et comme vous le faites bien, ça va durer encore longtemps. Au moins jusqu’à ce que le rocher de Percé ne soit entièrement tombé dans la mer.

Vous pouvez voir Oneil et Michel, sur le Beaufilois, en suivant le lien www.monhomard.ca et en introduisant leur identifiant CA400982A que vous reconnaitrez, attaché autour d’une pince de homard… quand vous viendrez du côté de Percé, ou peut-être de l’autre côté de la mer.