Hong-Kong & Shanghai
Super-Chine

Hong-Kong

J198 mardi 19 mars 2013  Hobart / Hong-Kong   23°C/nuit

Quand une liaison se passe bien, pratiquement aucun signe extérieur ne permet de savoir où l'on se trouve. Mêmes aéroports, mêmes boutiques « hors-taxes » alcool, tabac (en baisse), cosmétiques et électronique (en forte hausse), mêmes systèmes de sécurité, mêmes marques d'avions, Boeing ou Airbus, mêmes sièges, mêmes films et mêmes jeux sur les petites télévisions, mêmes plateaux infâmes, mêmes vagues de flatulences envahissantes. L'impression est renforcée par cette espèce de torpeur ouatée dans laquelle sait se mettre le corps pour laisser passer la fatigue et l'ennui d'un long trajet sur lequel il n'a aucune prise et qui se déroulera en quelque sorte, sans lui.

Hobart radieux à 9H00 du matin. Sydney en transit avec changement d'aéroport, du national à l'international. Hong-Kong la nuit. 3 heures puis 9 heures de vol. 18 heures de liaison. Nous avons changé d'hémisphère, de continent, de monde. Il est minuit dans nos étroites chambres du Bishop Lei hôtel, pourvues d'une vue théorique sur le port. Mais l'hôtel appartient à la paroisse et a été béni par l'évêque. « Si c'est pour une œuvre... ». Minuit à Hong-Kong. Trois heures du matin, à Hobart. Les tasmaniens ne sont pas loin de se lever pour partir à la pêche.

En hausse : la belle lumière australienne

En baisse : le fish & chips

La phrase du jour : « Une journée de transfert quoi... » Garance

Taxi
Johnny est Australien, Irlandais de souche et parle quelques mots de français appris à l'école. Grand, gras tout en rondeurs fermes sympas et yeux joyeux, il se ballade peinard avec son grand minibus taxi dans la belle lumière Tasmane en plaisantant avec les clients, lunettes de soleil sur le nez. Johnny est aussi prof, coach pour enfant et transport handicapés. Son minibus est muni d'une plateforme à l'arrière. France, indépendance de l'Australie dont les soldats et les policiers jurent toujours fidélité à la reine, guerre d'indépendance des Irlandais opprimés par les Anglais, les sujets de conversation ne manquent pas. « J'ai pensé à vous ce matin quand je prenais mon café, à 4H30 du matin, et je me disais, quelle aventure, cette famille de Français avec leurs enfants... ». Johnny est cool comme un Australien sait être cool, sans se forcer, juste parce que presque tout va bien et que la vie est vraiment belle. Rien ne peut faire accélérer ou énerver Johnny, dans Hobart et ses environs qui ne connaissent pas les embouteillages. « Salut les amis ». « Salut Johnny ».
No name comprend de l'anglais uniquement les quelques mots et les chiffres dont il a besoin pour comprendre les adresses et communiquer les prix. Il n'a pas de visage et n'essaie pas de connaître ceux des clients. Son taxi est un standard Hong-Kong Island, rouge à toit blanc, véhicule 5 places arborant une plaque « 5 clients ». Le chauffeur n'est pas ici compté dans le décompte. No name n'a même pas écouté notre question quand on lui a demandé s'il fallait un ou deux taxis. Il calcule déjà son itinéraire, le temps que cette course va lui prendre, le bénéfice qu'elle va lui laisser. Pas un mot mais 4 bagages ajustés en force dans le fond du coffre, le cinquième par-dessus, la porte du coffre retenue par un sandow. Il fonce vers une adresse, sans limitations de vitesse dans la nuit de Chine noire. Impossible d'aller plus vite sans danger, impossible d'optimiser encore le trajet. Pas de risque inutile, pas une seule seconde de perdue. No Name a déjà fait demi-tour pour nous arrêter devant la porte de l'hôtel. Il est tard. Pas pour No Name.

J199 mercredi 20 mars 2013 Hong-Kong 27°C temps lourd

IMG 7066 HONG KONG DE L HOTELHong-Kong aussi a changé. Les chinois ont colonisé Hong-Kong qui leur appartenait déjà. Tous les trous, les vieux immeubles, les dents creuses, ont été remplacés par des tours modernes. Les rues sont restées pleines de cette vie et de cette énergie propres aux grandes villes qui ont réussi, et encore supérieures chez certaines, mondialement connues, comme Hong-Kong. Mais le charme des rues piétonnes par force de passants et défaut de voitures et d'argent, a disparu. Les forêts de fils électriques éclairant des milliers d'enseignes comme un carnaval de Nice permanent ont laissé place aux austères façades des très envahissantes marques de luxe mondiales (la force du marketing étant d'arriver à faire cohabiter ces deux mots). La ville des lampions est devenue fer et béton. Les pirates ont été chassés par marchands et promoteurs. La mythique Bank of China de Pei (pyramide du Louvre) est encerclée des parallélépipèdes argent, noir et même dominée par une tour peu élégante qui ressemble à un Empire State Building ou un Chrysler Building modernisé et lourd. L'Occident nostalgique a été dissout dans le soleil chinois. Il va falloir une nouvelle fois remettre ses idées à l'heure de la réalité du XXIème siècle. Adaptons-nous. Le Tour de Monde est fait pour ça.

Nous n'obtiendrons pas de visas pour la Chine en 2 ou 3 jours. C'est possible, même en 1 jour, mais pas pour les Français, les Chinois appliquant le principe de réciprocité et la France a durci les conditions de visas chinois. Au moins 4 jours ouvrés pour nous. Ça nous met les visas à lundi et il faut rechanger toutes les réservations d'avions et d'hôtels. Nous nous adaptons. Allons manger, on y verra plus clair après. Premier repas depuis 36 heures dans un vietnamien pour ouvriers du bâtiment, relent des anciens passages de Choupie et Chris à Hong-Kong il y a plus de 20 ans. A l'étage, attention la tête le plafond est à moins de deux mètres, barré par des poutres de trente centimètres. Comme souvent, les plats les plus pauvres sont les meilleurs. Délicieux. Plus de bonnes choses en un repas ici qu'en deux mois en Australie, le tout pour le prix d'un grand cornet « fisherman choice » au fish & chips. Après 6 mois de Tour du Monde, nous sommes tous de moins en moins sûr de quoi que ce soit. De plus en plus certains que rien n'est sûr ou vrai. Mais nous avons tous, tout de même, une idée de ce que nous avons envie de vivre pour finir la boucle. Garance, voir des choses nouvelles et plutôt la ville que la campagne. Félix, rentrer voir ses potes et faire du sport. Julia, aller là où n'y a personne. Choupie et Chris, continuer à contempler le monde qui change. Arbitrage du ventre plein : nous passerons moins de 72 heures, dans une seule ville chinoise, Shanghai, sans pouvoir en sortir. C'est ce à quoi nous avons droit sans visa, pas plus. Le Japon fait partie des mondes du Tour, pas la Chine, qui restera à explorer. En fin de semaine nous serons à Osaka, Japon.

La nature et les grandes villes donnent des perspectives différentes de la liberté. En grand transit à Hong-Kong. Garance et Choupie partent faire du shopping. Les autres vont suivre un modeste tournoi international de rugby à 10 et supporter les australiens méga-cools en uniforme à tong rencontrés dans le hall de l'hôtel. Le Happy Valley stadium est un inattendu immense champ de course en plein Hong-Kong, à pelouse anglaise et stade de sport en sol synthétique. Partout, on traite mieux les animaux qui rapportent que les hommes qui courent. « Ils sont beaux ces buildings » Julia. Les Chinois s'arrêtent spontanément pour nous proposer leur aide. Excellent dîner dans un vrai restaurant : il reste une partie du charme « d'avant » à Hong-Kong. En zappant à la télé, un anglais de National Geographic fait un reportage sur Singapour. Sujet : venu il y a 6 ans, il ne reconnait pas la ville et part à la découverte d'un nouveau monde. Il n'y a pas que nous alors ?

En hausse : la part du hasard

En baisse : les certitudes

La phrase du jour : « Les Bolognaises seront toujours meilleures à Bologne ! » Garance un peu déçue qui tenait à manger un Beijing duck (canard laqué de Pékin) à Pékin

J200 jeudi 21 mars 2013 Hong-Kong 22°C

IMG 7074 HONG KONG MARINE200ème jour de Tour du Monde. Horizon du voyage en vue, programme de l'école en cours de finalisation, provision encombrante de souvenirs à laisser décanter, nous entamons la descente vers l'écurie. Aujourd'hui nous quittons l'île, pour traverser la baie en bateau vers Kowloon. Pontons antiques, bateaux à doubles ponts anglais recouverts de centaines de couches de peinture vert et blanc, rouille, uniformes bleus à grands cols de marin, trafic de bateaux de marchandises, ici, depuis plus de cent ans, rien n'a changé. Sur l'autre rive, mauvaise surprise, en particulier pour les enfants, des Indiens, que nous pensions avoir définitivement semés, nous attendent pour nous proposer des Rolex de contrebande et autres objets indispensables. Un peu plus loin le festival des marques mondiales recommence. Plus grand que le voisin, plus éclairé que le concurrent, plus créatif que jamais, plus exclusif qu'aucun autre, plus désirable que toute jolie femme, voilà le grand souk ordonné des marchands qui vous équipent de pied en cape. Les fournisseurs de la cour du Grand Louis, à la portée de toutes les bourses bien remplies qu'on vient montrer ici, les courtisans qui s'y pressent et les demoiselles d'honneur qui ouvrent les portes. Cultivant une perception totalement différente de l'individu et du groupe, Chinois et Occidentaux ne voient pas dans la multiplication et le clonage les mêmes effets. Nous nous faisons l'effet de vieux aristocrates revenus rue du Faubourg Saint Honoré, les ateliers de Boule remplacés par les show-rooms de Cassina, B&B ou Vitra. Les vieux européens cultivés, matois et délicats ne sont plus dans la cible marketing des leaders mondiaux depuis longtemps. Il y a cependant de belles vitrines.

Heureusement, dès les transversales, la vie naturelle, incertaine, naïve, imparfaite et foisonnante reprend ses droits. Nous festoyons à la manière glorieuse des Mousquetaires du Roy, généreusement, parmi les manants, et sans compter ce qui reste de petite monnaie. Capuchon retrouvé pour l'objectif du Leica, celui qui était tombé au fond du profond Lac Baïkal. Magasins de golf qui nous rapprochent de l'arrivée. Puis visite des marchés. Marché aux oiseaux. Pour connaisseurs les sacs de grillons, sauterelles et asticots vivants, pour passants, les beaux oiseaux aux ramages aussi beaux que les plumages. Les petits plus joyeux que les grands, comme ces perroquets et ce toucan tristes dans des cages trop petites. On pourrait rester, pour comprendre, ou courir, en ouvrant les cages. Marché aux fleurs. Nous partons demain. Dommage pour les lys, les œillets, les roses. Au gré de la marche, nous croisons un magasin qui vend uniquement de l'encens et sur le comptoir, les piles de papier de bambou argent destiné aux morts dans l'au-delà, de notre amie chinoise de Kyaukme au Myanmar. Sur les étales, nombre de fruits nous sont inconnus. Reste encore, un jeu d'écouteurs Beat pour chaque enfant au détour d'un étal, le marché aux poissons, d'aquariums s'entend. Le « marché » est une rue où se regroupent les marchands. Nous sommes étonnés par les minuscules écrevisses, disponibles en rouge ou albinos, les petites crevettes et quelques poissons exotiques, mais malheureusement uniquement d'eau douce, moins exubérante et colorée dans ses créations que la mer. Un peu plus loin, les chiots et les chatons, trop craquants, alimentent les conversations, les questions et les rêves concernant les animaux domestiques au retour.

Culture, produits, cuisine, savoirs ancestraux, animaux de compagnie, magasins d'informatique de pointe, « On peut vivre, ici » Choupie. On peut très bien vivre ici, et il y a beaucoup à apprendre. Hong-Kong vivante, un des endroits qui nous séduirait pour démarrer une carrière ou passer quelques années. La complexité chinoise plus proche des latins que le pragmatisme anglo-saxon ? Les studios bien placés sont petits et valent autour de 5 millions de HK$ (500.000 US$) et les appartements de 2 chambres, le triple. « On a bien fait de venir à Hong-Kong, et la ville n'est pas trop polluée, il y a de l'espace » Félix.

En hausse : l'inconnu

En baisse : les lunettes de soleil

La phrase du jour : « Ils sont vraiment forts ces Chinois » Félix

Médecine
Mélange de curiosité, de crainte, d'incrédulité devant le magasin de médecine chinoise en pleine artère saturée. Moules séchées de deux calibres sous la menace des déjections des passants, poulpes devenus papier translucide empilés, lézards desséchés crucifiés en crapaudine, concombres de mer déshydratés rangés par calibres, bocaux d'hippocampes triés par taille. Depuis la rue, largement de quoi nous arrêter, trop pour nous donner envie de rentrer ? Le chinois à demies-dents qui dort à moitié sur le comptoir affiche une impassibilité peu engageante, peut-être même maléfique, vraisemblablement détentrice de savoirs inabordables pour nous. Mais l'alignement des énormes bocaux de verre à bouchon d'aluminium et leurs contenus exotiques possèdent un pouvoir d'attraction trop fort. Nous voilà dedans. Chris le premier. Puis Félix. Les hommes toujours devant en territoire inconnu et possiblement hostile. Un deuxième Chinois, grand sourire apparaît comme un touareg dans le désert : de nulle part, sans bruit, sans qu'on l'ait vu arriver. Les murs sont tapissés de gros bocaux de 15 litres en verre, parfaitement alignés, entretenus sans une poussière à l'extérieur ou à l'intérieur, malgré la nature des ingrédients très variés et tous secs qu'ils contiennent. Les comptoirs en verre sont eux aussi remplis de récipients débordants. Ormeaux, les abalones d'Australie ? Divers races et toutes tailles d'hippocampes. Champignons finement découpés ou autres spécimens géants encore entiers et comme fossilisés. Cornes de cerfs tranchées avec leur duvet. Et toutes sortes d'autres choses, pour la plupart identifiables, chacune utile à un bon équilibre physique, gastrique et sexuel. Magnifique cabinet de curiosités avec ses vitrines et ses énigmes. En pleine rêverie, Félix est entrainé près du comptoir, pour une photo avec les lézards en main et son ami chinois tout sourire à ses côtés. Les filles se tiennent prudemment au milieu du magasin, hors d'atteinte. Mais cette médecine est une science d'hommes. Elles ne risquent rien ici. Tout en haut d'un rayon, cinq bocaux de thé. Enfin un monde que nous comprenons, imparfaitement, mais qui ne nous est pas totalement inconnu. Comme un orteil enfin sur la terre ferme. Le thé birman a été épuisé par l'Australie. Nous repartons avec deux sacs de thé chinois. « Ils sont sympas, quand même » Félix. Europe, Australie, Chine, qui peut se dire civilisé ? « Le pire, c'est que les lézards, même avec les bâtons, tu ne pouvais pas les tenir sans que la queue s'entortille sur tes doigts... » Félix.

 

J201 vendredi 22 mars 2013 Hong-Kong / Shanghai 22°C/nuit

IMG 7132 HONG KONG DU PEAKIl est des journées manquées ou difficiles. Comme aujourd'hui. Tout est difficile. Sortir du lit après une télé trop tardive pour les enfants pour trouver les copains australiens, avec 8 blessés, sortis du tournoi avec les honneurs. Trouver un restaurant à midi dans Soho investi par les cols blancs multiculturels qui ont éteint nos bouis-bouis de prédilection. Patienter une heure de queue touristique pour monter au Peak en funiculaire (les amis Russes métalliers de Vladivostok sont supérieurs aux Britanniques pour la maîtrise parfaite des rames de tramways. La mystique donne souvent des résultats supérieurs à la simple fonctionnalité). Traverser l'immense centre commercial bas de gamme qui barre sur plusieurs étages d'escalators l'accès à la terrasse du Peak. Soutenir la mauvaise lumière et la chaleur sur la terrasse. A toujours forcer, il en devient difficile d'apprécier cette vue magnifique sur Hong-Kong, ville parfaitement limitée par la forêt sur un versant, l'autre versant presque sauvage avec la mer et les îles. Les insulaires sont jaloux de leur environnement qu'ils connaissent bien, vestige d'un monde fini grec ancien. Susceptibles, ils regardent le monde avec un fier intérêt détaché. Vu d'ici, on les comprend. Après une heure de nouvelle queue à taxi pour redescendre, le temps de faire quoi que ce soit avant le départ vers l'aéroport est épuisé. Nous aussi. Trépigner n'est pas marcher.

Journée animée par les envois à partir de la Central Post Office (10 kilos d'école rentrent à la maison), qui sent bon l'ancienne administration portuaire anglaise patinée de Chine communiste. Sur le chemin entre le Londres d'hier et le Pékin d'aujourd'hui. Le niveau d'énergie à Hong-Kong est parmi les plus élevés au monde. Même La Poste fonctionne.

En hausse : la fatigue

En baisse : l'école

La phrase du jour : « Ça a pris la journée ce Peak... » Garance

Shanghai

J202 samedi 23 mars 2013 Shanghai 17°C

Le choix de l'incertain contre le parfait, des aspérités auxquelles s'accroche le vivant contre l'aseptisé policé, entraîne immanquablement de bonnes surprises et quelque infortune. Pour le magnifique bâtiment colonial à l'entrée chargée de marbre suranné, une plaque de laiton indique « superbe architecture traditionnelle italienne datant de 1926 ». Pour la chambre, un mur à quatre mètres, au plus, de la fenêtre. Rapidement, les parents échangent chambres semi-sordide contre superbe suite dans son jus entièrement reboisée avec vue sur la place du Peuple et la grande rue piétonne par le bow window. Quelques mètres, un autre monde, plus beau. Nous quittons l'hôtel pour la grande rue piétonne qui rejoint le Bund en bord de Huangpu. Il fait frais. « Je ne trouve pas qu'on prend un coup de pied au cul en Chine » Garance. Mais les images et les impressions se succèdent à un tel rythme qu'elles emportent rapidement tout. « Moi, je crois que je vais habiter en Chine » Garance. Energie, plaisir de la tranquillité de se déplacer sans la moindre crainte, enjouement manifeste d'un peuple sur la pente ascendante, vie vraie qui a intégré les nouveaux codes tout en préservant les fortes racines de l'ancien, comme ont su le faire l'Espagne ou l'Italie où il fait bon vivre, l'impression est unanime : « C'est bien ici ». Et Choupie a parfaitement choisi la cantine du jour. « En Australie on ne savait pas quoi manger, ici non plus, mais pour des raisons inverses » Chris. Achats chez Gap pour compenser les outrages du Tour du Monde des machines à laver publiques. « S'il y en a qui hésitent à monter leur boite ici ou en France, moi je n'hésite pas » Félix. Photos sur le Bund avec la statue de Mao (nous avions celle avec Lénine à Krasnoïarsk, Sibérie), avec des Chinois qui veulent un souvenir de l'élégante Garance qui accorde volontiers ses bonnes grâces, ou volées par d'autres Chinois plus timides qui n'osent demander. En face, le Shanghai des tours géantes des James Bond et des magazines. Plus loin, le pont des mariés, avec traversée rituelle et allégorique du promis vers sa promise, maintenant en blanc occidental et rarement en rouge traditionnel, sauf les chaussures, clin d'œil au passé récent. « C'est Génial Shanghai, c'est comme ça que je voyais la Chine » Félix.

IMG 7151 HONG KONG TAXI DRIVERCe soir, c'est la fête, nous dînons chez des amis. Rémi, Laetitia et 2 de leurs 5 enfants. Petite aventure avec les taxis : en trouver un malgré l'incompétent concierge bien assisté dans son incurie par les gens du desk ; faire comprendre l'adresse au chauffeur chinois, trouver la rue, trouver un présent sur le chemin. La maison est superbe, les amis de vrais amis, la soirée chaleureuse et douce, les parents échangent, les enfants aussi. 10 ans de Chine contre deux tours du monde, presque 10 ans sans se voir. Rien à prouver, beaucoup de choses à partager loin de l'Europe. Le dîner est français, merci Laetitia, le Chasse-Spleen excellent, merci Rémi, le Saint Nectaire frais arrivé par une amie de passage, merci l'amie, le Nespresso inespéré et les enfants tous ravis, bravo les enfants. Un petit coin de France à Shanghai.

En hausse : l'optimisme

En baisse : les tongs

La phrase du jour : « Les Chinois, on peut toujours s'arranger avec eux...» Julia

J203 dimanche 24 mars 2013 Shanghai 19°C

IMG 7184 FELIX PLACE DU PEUPLE SHANGHAIDébut de journée difficile. Après une journée de transfert très longue et une soirée chez des amis le lendemain, le réveil est lourd, il pleut et nous marchons autour de la place du peuple, l'ancien hippodrome de la Concession Française, à la recherche du musée des arts anciens de Shanghai, visité il y a 20 ans par Chris dans un autre lieu. Ici, nous sommes loin de la capitale communiste et de la place Tienanmen carrée, immense, dessinée pour les défilés militaires et fameuses pour ses chars. Nous coupons à travers la place, ses routes, ses jardins où l'on joue au majong à l'abri des arbres et des tours, son dédale de chemins et ses impasses. « C'est vraiment beau ici » Félix. Les cerisiers sont déjà en fleur sous la pluie froide. Au cœur de Shanghai, ont peut encore se promener dans des endroits étonnamment calmes et sans croiser de touristes. A ce rythme, il nous faut une heure pour rejoindre le musée que l'on voit des fenêtres de notre hôtel, il y une queue pour entrer et dedans, un monde fou. Nous reviendrons demain. Il est midi, nous partons vers Din Tian Fung, une adresse de dim sum recommandée par nos amis et le New-York Times réunis. Le nouveau monde du commerce tel que recommandé par les spécialistes des sites commerciaux : alignement de temples du luxe dans de grandes artères dégagées accessibles avec chauffeur ; dédale de nouvelles petites rues piétonnes à ciel ouvert pour restaurants un peu « comme à la maison » pour les expats, comme à Paris Rome ou New-York, pour les Chinois, débouchant sur un centre commercial à taille humaine remplis d'enseignes dites indépendantes. Les Chinois ont tout compris au monde du commerce contemporain. Ils possèdent cette culture de l'échange depuis toujours. Il suffisait de la laisser refleurir.

IMG 7193 SHANGHAINous rentrons à pied, en chantant sous la pluie. Chris insiste pour un dernier arrêt au musée de l'urbanisme recommandé par Rémi et Laetitia. On y accède par un sous-terrain au sec vers le métro et un drôle de monde underground sensé représenter les styles architecturaux du monde à différentes époques. Un peu comme chez Disney, un peu le même résultat. Les Chinois possèdent une énergie vitale très élevée entretenue par une bonhomie joyeuse. Ils investissent tout, poussés par la force du nombre, soutenus par la durée de le leur histoire. Même de drôle de monde. Le Musée, lui, est simple et extrêmement spectaculaire à la fois, fréquentés par autant de Chinois que de touristes. C'est au troisième niveau que l'on prend sa claque méritée d'occidental habitué aux critiques de CNN et des chaînes bien-pensant-vert occidentales. L'immense maquette de la ville donne une idée du travail colossal accompli par les Chinois. Ils ont construit 90% du Shanghai d'aujourd'hui, relogeant environ 16 millions de personnes sur un total de 18 millions, pendant ces seules 20 dernières années, en triplant la surface disponible par habitant. Et il ne s'agit pas d'une création, mais d'une transformation, avec toutes les contraintes que cela impose. Conscient des troubles provoqués et des nouvelles contraintes contemporaines, on n'oublie pas ici l'écologie, avec des projets très innovants de cité 100% verte et une vision plus équilibrée du futur, maintenant que la ville est construite. Ça n'empêchera les excès de continuer, mais ça n'empêchera pas, non plus, les Chinois de continuer à avancer à pas de géant ordonné. Héritée de l'exposition universelle de 2010, une visite virtuelle de Shanghai ajoute la note technologique à l'ensemble. En exposition temporaire, un bon artiste et une vaste rétrospective urbanistique autour de l'idée de cité-jardin qui passe par Chandigarh, Brasilia, Cergy-Pontoise... et quelques messages qui laissent entrevoir la créativité d'un peuple qui dépasse le milliard d'individus. Les critiques viennent des progressistes, rarement productifs, qui honnissent le baron Haussmann et soutiennent que Paris est la plus belle ville du monde. Les Chinois ont un passé, un présent et un avenir et ils en sont pleinement conscients. Nous en avons assez vu pour pouvoir rentrer à l'hôtel et nous affaler devant la télé chinoise.

En soirée, les filles restent à l'hôtel. Chris, poussé par Félix, l'accompagne vers le magasin de trésors chinois visité la veille. La grande rue piétonne est animée, comme un dimanche soir à Shanghai, avec vendeurs à la sauvette de roulettes pour chaussure, karaoké multi-chanteurs, danse chorégraphique de plusieurs dizaines de passants spontanés et public joyeux. Un peu avant 9 heures du soir, heure de fermeture, père et fils font le tour des magnifiques théières et des céramiques. Terre cuite ou grès, forme, taille, créateur, un monde inconnu dont on sent la profondeur, la qualité et l'histoire. Sortie ravis avec un beau jeu de cylindres pour le thé, une magnifique petite théière en terre « crue-cuite » fabriquée par un maître et un petit vase rond en céramique pour Garance dont l'anniversaire approche. Il faudra revenir pour s'intéresser aux pierres à encre, aux pinceaux, aux papiers, aux bronzes, aux théières à 50.000 ou 500.000 euros. Au hasard des détours du retour, dim sums de clôture. Propreté très négligée, léger malaise de l'indéfinissable anxiété du corps quand il s'agit de s'asseoir pour manger en milieu trop incertain, défilé de cafards par terre, famille de souris affairée dans un angle à manger la pâte de riz par un trou aménagé dans un sac, force cuisinières partout. Au moment de mettre les bouchées vapeur dans la bouche, Félix qui n'avait pas faim il faut le reconnaître, laisse l'honneur du plat à son papa. La ration à 20 Yuans (2,2€), fourrée aux crevettes entières, est acceptable, celle à 15 Yuans, à la pâte de poisson, plus radicale. Touristes s'abstenir. Pour aventuriers uniquement. Résultat demain, ou plus tôt dans la nuit, peut-être. Chine éternelle. Les deux jeunes femmes d'à côté prennent les européens en photo sur leur Iphone et montre leur photo aux modèles, comme nous le faisons avec les enfants des zones reculées. Sur le chemin du retour des bananes font un dessert de choix. Garance finalement affamée a sorti Choupie pour un MacDo de fin de soirée.

En hausse : l'esprit chinois

En baisse : la critique incertaine

La phrase du jour : « C'est génial Shanghai » « Quoi, pas de Facebook, pas de Youtube ? Mais c'est une privation totale de liberté ça ! » Félix

J204 lundi 25 mars 2013 Shanghai-Kyoto 19°C/nuit

IMG 7203 SHANGHAI MUSEEA 5 heures du matin, personne dans la grande rue piétonne de Shanghai. Les Chinois dorment parfois. Vers 8H30, en prévision d'une longue journée, les filles nous entraînent à deux pas pour un petit déjeuner à la française. Les Chinois possèdent la science de la gestion des queues des peuples nombreux et pressés. A la sortie, le nez de Choupie est percuté par un téléphone mobile chinois. Sous le choc, la voilà allongée sur le trottoir, notre jeune Chinois ennuyé adoptant la bonne attitude, quelques badauds autour, une dame nous demandant si nous avons besoin d'aide, un boulanger sortant apporter des serviettes en papier (le nez ne saigne pas et il n'est pas bleu, ni de travers). Il paraît qu'il y a eu des scandales pour non assistance en danger ces derniers temps en Chine. La propagande, la télévision et l'esprit chinois ont vivement réagi. Choupie en bénéficie. Heureusement, le nez n'est pas cassé et nous pouvons marcher jusqu'au musée. Presqu'à l'ouverture, presque personne. Petit musée par la taille, immense par les richesses, ne présentant que des trésors. Bronzes extraordinaires datant de 1300 ans avant JC. Céramiques de grès puis de porcelaines inoubliables. Seaux qui font rêver. Les enfants adorent. Calligraphie, (il semble que la meilleure partie de l'histoire calligraphiée ait pris la bateau jusqu'à Taiwan ?), costumes, peinture, jade... juste un rapide tour. Il faudra revenir. Le musée à lui seul justifie le voyage jusqu'à Shanghai.

IMG 7242 MERCI LAETITIA ET REMI AU BOULOTLaetitia nous attend devant le musée pour une visite guidée de la ville, grand luxe avec chauffeur. Sourire et entrain de Laetitia qui a monté son entreprise de vente de design ici à Shanghai, une vraie aventure chinoise. Nous montons en haut des 450 mètres du « décapsuleur », immense tour arquée de 100 étages, pour une rapide vue imprenable sur la nouvelle Shanghai. Il y a toujours un côté irréel à ces vues d'avion statique. La chauffeuse, car notre chauffeur est une femme, nous dépose ensuite au bac qui traverse la rivière. Shanghai est aussi restée un port. Les tours les pieds dans l'eau douce ont l'air agréable à habiter. Nous débarquons ancien Quai de France, à l'endroit même des anciens docks, face aux deux vieilles villes. La vraie, maisons collées basses, toits en tôles ondulées, dédale de rues orthogonales, échoppes minuscules dont la destination sans enseigne et incompréhensible n'est connue que des habitants du quartier. Un dernier carré de résistance promis à une destruction certaine pour laisser place à des tours modernes. La fausse, reconstitution d'une ville traditionnelle chinoise qui n'a jamais existé, ni sur trois étages, ni avec ses boutiques pour touristes chinois. La vue au-dessus des toits, que presque seule notre guide connaît, est une bonne synthèse de Shanghai : des milliers de Chinois se pressant dans les allées et sur les ponts dominant les poissons rouges au milieu des toits neufs en pagode, un petit carré de maisons simples en sursit, entourés par une ville de 18 millions d'habitants relogés dans des quartiers modernes. Quelques tours emblématiques géantes comme nouvelles tours Eiffel, des porte-containers semblant emprunter les autoroutes. Shanghai très loin de Hong-Kong qui n'a jamais perdu le fil de sa subtile culture. Et pourtant un charme certain et une certaine forme de douceur de vivre : le miracle chinois. Nous l'entretenons avec un dernier repas de nouilles de riz dans une échoppe résistante. « Encore une bonne journée » Félix. Merci à Laetitia et son chauffeur, à Rémi, aux enfants. Nous aurions pu rester plus longtemps à Shanghai avec vous.

Aéroports sans problème de Shanghai, Chine, à Osaka, Japon, puis par minibus de nuit. D'Osaka à Kyoto, une seule ville en 100 kilomètres d'autoroute ? Nous mangerons demain. « Nous sommes revenus à la latitude de Vladivostok » Choupie (en fait pas encore !). Nous dormons chez « petit monsieur », Japonais adorant l'Europe, dans sa fraîche maison traditionnelle, avec jardin carré au milieu, tatamis, futons, lunette de toilettes chauffante, la totale Japonaise vraie. Nous sommes tellement loin de la culture japonaise que nous ne décodons pas les messages de notre hôte : importuné de nous avoir attendu, bien que prévenu de l'heure de notre arrivée ? Charmant mais impassible et impénétrable car ne nous connaissant pas encore assez ? Peut-être avons-nous déjà commis des impolitesses impardonnables ? Désolé cher petit monsieur, il y a une semaine, nous étions à Hobart !

En hausse : la culture

En baisse : la nature

La phrase du jour : « Merci Laetitia, c'était super » nous tous

Chinois
Rapidité de compréhension et d'exécution. Souplesse par compréhension intime des process. Agilités manuelle, physique et intellectuelle supérieures. Facilité à intégrer les données externes avec l'assurance d'une culture millénaire qui a confiance en elle et connaît son histoire. Opportunisme laïque étayé par la force du nombre. Les Chinois vont jouer un rôle majeur dans l'avenir du monde. Ils devront être à la hauteur de leurs responsabilités.