Australie 2 : de Melbourne à Sydney

Journal de bord Australie 2

De Melbourne à Sydney en camping-car
No Worries Country (suite)

 

J159 samedi 09 février 2013 Philip Island 25 °C

Notre parking de bord de mangrove s’avère être un hot spot de la pêche en bateau. Au réveil, ce ne sont plus trois 4X4 à remorque vide (trailors), mais 30 qui sont alignées devant la jetée. Une Ranger nous demande ennuyée 10$ pour la nuit, en montrant le tarif peint sur la porte de sa maison. Superbe en uniforme vert sous son grand drapeau australien. En plus d’animé, le coin est accueillant branché, grâce au Old Jetty Cafe d’un ancien fonctionnaire de l’immigration, revenu de son poste en Egypte avec des portes en bois, quelques articles Artdéco et des idées. Décoration écolo-vintage épuré digne des bars branchés de la Bastille, avec sa vitrine provenant de la démolition d’un immeuble de Melbourne, son plancher géométrique en essences de bois locaux, son banc racheté à la vente de l’ancien Palais de Justice, ses articles années 50’, ses chaises en tube chromé et molesquine. On peut même acheter certains articles si on veut, le bar fait boutique, ou prendre son petit-déj tranquilles en famille.

DSCN0182 LAGUNE DE CAMPING SAUVAGERoute vers Philip Island, la grande attraction du coin. Très beau coin. Bass Strait à San Remo, tout d’abord. Comme son nom l’indique, un détroit entre la terre et l’île. Comme son nom ne l’indique pas, nous sommes bien là dans un coin d’océan, pas de Méditerranée et les fruits de mer c’est « fish & chips » pas pasta alle vongole. Forts courants contraires sous le pont, bateaux de pêche solides et pélicans. Etonnant pays qui a une mer de grand large, des oiseaux et une végétation océaniques et tropicaux au même endroit. Sur l’île, image d’Epinal de l’Australie : pancarte jaune pour signaler la présence de koalas, parking promontoire sur la dune dominant deux baies à surfeurs, une baie short board, à droite, une baie long board, à gauche, paddles dans chaque baie, public, camion 4X4 de jeunes baroudeurs. Ambiance australienne de marée basse, avec rochers découverts, chaleur douce, brise légère, bleus du ciel et de la mer.

Au bout de l’île qui finit en cap, on peut admirer les grosses vagues, les piscines naturelles qui se remplissent par des petites cascades d’eau de mer, les couleurs des plantes grasses qui recouvrent tout. Le panneau avec le serpent local venimeux de l’île au début du grand deck dissuade Garance qui part rejoindre Julia et Félix. Au loin, le rocher de la colonie d’otaries à fourrure. Pour être certain qu’elles sont là, on peut se connecter en direct grâce à des caméras situées dans le restaurant… Très belle nature. Sauvage pour les vagues, courue par les touristes.

Le plus difficile, avant d’aller voir l’attraction locale, la Parade des Pingouins, c’est de trouver un camping. Tous pleins. L’île est sans camping sauvage et nous finissons à Cowes, dans le plus cher, le plus moche et le plus troglo de tous les campings depuis le début de notre expédition. Coincés entre un Algeco décrépit et quatre voitures, Choupie nous expédie un poulet au curry maison pendant que les garçons tirent sur le tuyau de vidange des eaux usées pour tenter de diminuer les relents incommodants de la zone toilettes.

La Parade de Pingouins

L’immense parking de la Parade, vide lors de la reconnaissance de milieu de journée, est maintenant plein, y compris la zone bus, en ce week-end de nouvel an chinois. Dans le bâtiment, plongeon en plein savoir-faire anglo-saxon. Boire, manger, se soulager, acheter les indispensables, avant, les souvenirs, après, panoplie parfaite des produits dérivés. Les enfants ouvrent les yeux pour un cours de marketing haut de gamme. « Ils sont forts » Félix, qui calcule le chiffre d’affaires. « Oui, parce que même si on sait que c’est fait pour qu’on achète, on a envie d’acheter » Garance. « Regardez bien comment ils font. Quand ils ont un truc qui marche, ils savent l’exploiter à fond et en tirer le maximum » Chris. Ticket famille pour nous. Mais, comme au stade de France, on peut aussi avoir l’option tribune présidentielle, voire même loge avec ranger privé. Hier, les pingouins sont arrivés à 20H58, ils étaient 503.

La descente vers la Parade se fait par très une longue passerelle en bois, au milieu de milliers de trous vides dans la dune. Micro et haut parleur assurent l’ambiance sur les gradins de béton dominant le bout de plage désigné. « Please take place, It will be a very busy night tonight ». Il s’agit du chiffre d’affaires, pas des pingouins bien entendu. On se croirait à Marineland. Sauf qu’on y voit moins bien. Heureusement, la mer est magnifique. Maintenant, il faut attendre en tentant d’oublier les autres, en particulier ceux dont on connaît mal les repères lointains, souvent plus habitués que nous à lutter pour l’espace et moins incommodés par les paroles étrangères. Le soleil se couche. La lumière baisse. Pour le coup, on y voit mal et en plus ce n’est pas éclairé… certainement pour ne pas gêner plus les pingouins. Etonnamment, assez rapidement, les premiers pingouins arrivent. Mais cela donne l’impression désagréable d’un gag. On distingue à peine les pingouins, au loin, que rien n’oblige à passer devant les gradins. En plus, ce sont des mini-pingouins. Debout, ils sont à peine grands comme les mouettes qui les entourent. Ça pue l’arnaque. Après quelques minutes, on enregistre les premiers départs de touristes asiatiques pourtant réputés bon public et accrocheurs…

Les petits points blancs hésitants se regroupent par 4, 6 ou 8 avant de traverser la bande de sable, à travers les mouettes intéressées, vers la dune. Certains pingouins passent devant notre tribune. Ils arrivent par petits groupes. On les voit maintenant glisser sur l’écume pour se rétablir au moment où la vague repart. En regardant mieux, on comprend qu’ils attendent la meilleure vague, qui les amènera le plus haut possible sur la plage. Parfois, ils repartent. Parfois, ils restent dans l’écume du bord, toujours face au courant, tantôt bec vers le sable, tantôt vers le large, attendant le moment propice pour se redresser. Ce sont d’extraordinaires nageurs, qui connaissent fantastiquement la mer. Leur taille miniature, leur démarche hésitante, leur côté fragile et revenu d’un périple quotidien lointain en quête de nourriture pour leur progéniture les rend attachants. Un petit miracle se produit. On oublie la tribune, les autres cultures, les rangers qui font le ménage des dernières marches du bas. Les pingouins, par leur innocence naïve, leur nombre, nous submergent et nous emportent au loin. Parade de petits, grand spectacle.

Ensuite, il faut grimper la dune et retrouver ses petits. Il semble que les pingouins fonctionnent par couple et qu’ils aient deux bébés au nid. Au trou plutôt. Les petits ont une autonomie de deux mètres autour de leur tanière. Ils restent ensemble. Les parents hésitent à quelques mètres des petits. Pour être certains de bien les reconnaître ? On les comprend, un tel boulot. Et quand les bébés les voient, ils se jettent sur les adultes. Les autres appellent leurs parents avec des cris. Les scènes sont drôles et émouvantes. Les rangers sont obligés de nous refouler gentiment vers la sortie. Nous faisons la fermeture. On finit par nous mettre dehors comme, pour les fêtes chez Jean-Luc et Ajada, mais là on peut rester tant qu’on veut. 

En hausse : les savons naturels de Monsieur Orsini apiculteur fournisseur officiel de la famille à Bandol

En baisse : le standing

La phrase du jour : « ils doivent nous prendre pour des stressés (à nous voir courir pour aller voir les pingouins) Julia. « On est de stressés… » Félix

 

J160 dimanche 10 février 2013 La Route 23°C

DSCN0169 DAVY LE KOALASans le journal de bord, on oublierait cette journée de fond de voyage. Et pourtant, il y a Davy, le petit koala que Garance et Chris ont pu toucher dans un zoo de bord de route, ainsi que les tendres kangourous ramollis par la captivité et les malins et adroits cacatoès qui arrivent à trier les bonnes graines de l’ivraie avec leur bec à travers le grillage de leur cage. Participer ici, à des activités « populaires », que nous ne regarderions pas « chez nous », fait aussi partie de l’intérêt de la chose. Et le koala, qui dort 20 heures par jour pour digérer son kilo de feuilles d’eucalyptus, bien traité ici, semble heureux et totalement indifférent au défilé des humains. Les nombreux chinois et quelques Aussies repartent ravis avec leur photo. Ils sont moins compliqués que nous… Et pourtant, il y a Garance d’une douceur de danseuse légère avec les animaux, Julia accrocheuse sur sa chimie, Félix entre désespoir et fierté au milieu des conjugaisons latines, soutenu techniquement par Choupie et moralement par Chris. Et pourtant, il y la belle route de bord de mer et ses innombrables points de vue, criques, plages, jusqu’à Inverloch entre mer et bancs de sable. Il y a la lagune déserte de camping sauvage, ses cygnes noirs, ses canards, sa vase disparaissant par endroits sous la couche de coquillages, son coucher de soleil, ses Australiens campeurs qui nous conseillent sur les meilleures endroits jusqu’à Sydney. « Tu mets 10 Indiens ici et dans 10 ans, il n’y a plus rien » Félix. Le tour du monde a aussi ses effets secondaires incontrôlés…

Jour après jour, la tranquillité australienne produit son effet. Le camper-van lisse les petits moments creux de transition, assure une semi-liberté individuelle au milieu d’une grande liberté familiale. Une journée ici, quel que soit le programme, est une journée de prise, de gagnée, pas une journée passée, perdue ou envolée. Elle s’ajoute radieuse au patrimoine des anxieux. L’Australie n’est pas le pays du doute métaphysique.

En hausse : la place laissée au hasard

En baisse : l’odeur terrible des toilettes

La phrase du jour : « On est bien là (sur la lagune le soir). L’Australie c’est inoubliable » Félix

 

J161 lundi 11 février 2013 La Route 23°C

3 heures du matin. Nuit étoilée. La mer est montée, elle n’est plus qu’à deux ou trois mètres des roues du camping car. On entend distinctement le clapot de la lagune sur les rochers protégeant le parking. Chris tape le journal de bord au frais, depuis le siège passager, caché du reste de la cabine par un mauvais rideau. Une heure plus tard, Julia descend de son perchoir et demande l’heure qu’il est. Puis c’est au tour du suricate de pointer son nez. La mère ne tarde pas à quitter la plateforme-lit arrière pour venir rejoindre le groupe de proue. Félix réveillé par le tintamarre, râle : « Je veux dormir, moi… ». Mais tout le monde rigole trop pour dormir à 4 heures et demie du matin. Fou rire général dans notre studio sur roues très communautaire. Il faut encore un moment pour que certains se rendorment et que Julia veille jusqu’au lever du jour. La vie d’une famille moscovite des années 50’, dans sa pièce unique, le paysage dehors, le soleil et la liberté en plus.

Dans la matinée, un éleveur de greyhounds (lévriers) de course fait nager ses chiens. Avec son acolyte, ils en ont amenés 5 sur les 11 de l’équipe. Plus un qu’ils reçoivent aujourd’hui de Nouvelle-Zélande. A 8$ par jour et par chien de nourriture, ça nous mène dans les 35.000$ de nourriture par an. Mais l’éleveur à marcel, deux dents en haut et à peine plus en bas, a déjà gagné 26.500$ depuis le début de 2013. Encore hier, un chien 2.500 et l’autre 640. « It’s good money ». Son associé, yeux bleus, cheveux ébouriffés, toutes ses dents mais cette fois, limées jusqu’aux gencives, fait nager les chiens. Il les accompagne dans l’eau. Car les lévriers ne nagent qu’avec les pattes avant, ils bloquent celles de derrière dans l’eau et quand ils sont fatigués, ils coulent. Des courses, il y en a presque tous les jours. Nous projetons une visite au champ de course, il suffit de regarder sur www.rgv.com (comme Race Greyhound Victoria). « Dans cet Etat, où au-delà de la frontière » (le gars attache manifestement beaucoup d’importance au fait que la piste soit dans l’Etat de Victoria ou ailleurs…). Carrière courte pour les lévriers, de l’âge de 16 mois à 3 ans. Après, revendus à peine 100$ sur internet, ils deviennent de paisibles chiens de salon, très tranquilles, qui dorment toute la journée. Pour se reposer de leur centaine de courses par an certainement.

IMG 6612 ON THE ROADTous contents et heureux sur la route ensoleillée du bonheur australien. Fatigués aussi. Par quoi, nous nous le demandons : les cinq mois de tour du monde ? le brimbalement du camper-van ? l’Inde ? la vie au grand air ? le confort précaire du camping ? le réveil de la nuit dernière ? Un peu tout ça ? Nous avons une seule chose à faire, prévenir Kriztina, la loueuse de camper-van, que nous rendrons notre véhicule à Sydney et pas à Cairns. Mais nous ne le faisons pas. Une seule contrainte, c’est trop pour nous en ce moment. Il vaut mieux flâner dans l’air pur et sec, de criques en points de vue, de routes secondaires en bouts pistes, de buissons de mûres en kangourou putride se faisant dévorer par un varan de Komodo prudent. Pays sauvage, où la nature a gardé une grande partie de ses droits et est prête à les reprendre totalement. Réjouissant.

Nous finissons dans un camping venté de bout de ligne. Baie de Waratah, face aux Wilsons Promontories au programme de demain. Ça nous fera une bonne raison de supporter les Waratahs, lors des soirées télé d’hiver, quand ils joueront en super14 contre les Brumbies ou les Sharks. Déjà très loin de Melbourne, encore très loin de Sydney. C’est la fête au camping. Lapins, cacatoès en bande (très marrants ceux qui ne tiennent pas sur le câble électrique et se retrouvent la tête en bas pour se rétablir grâce à leurs ailes sans lâcher avec leur pattes), échine de porc au barbecue, pâtes, crumble aux mûres moitié mini-four moitié feu. Les nouvelles de l’oncle Jean à Rennes restent encourageantes, mais c’est long. « C’est bien quand même les soirées à Bruxelles » Félix.

En hausse : les mouches collantes          

En baisse : l’activité physique

La phrase du jour : « C’était très beau le lever du soleil sur la lagune tout à l’heure » Julia

 

J162 mardi 12 février 2013 Wilsons Promontories 23°C

IMG 6637 WILSONS PROMONTORIESLes Wilsons Promontories sont une péninsule vierge conservée en Parc National. Une arrête centrale, les promontoires, avec d’un côté la mer, de l’autre côté la mer, entre les deux, de nombreux cours d’eau, une forêt primaire, des marécages, des dunes qui forment des collines et, tout autour, des petites criques. Après la spectaculaire Great Ocean Road, nous avions du mal à croire à une nouvelle émotion. Les Promontoires en sont le parfait complément. Beaux, doux, accueillants, propices à la baignade. Toutes les petites routes qui descendent vers la mer valent un arrêt. Le hasard nous pousse vers Qweaky Bay, très belle, au sable de coquillages qui qweake sous le pied. Mais nous sommes repoussés par les taons du coin, agressifs dans leur comportement mais qui ne piquent personne. Gros rire avec tout le monde qui court pour semer les mouches qui piquent, ou la famille en cercle dos contre dos, comme les cow-boys qui tentent de repousser les indiens et surtout Choupie, qui tente de faire fuir les mouches avec style. Il n’y a donc pas de paradis ? Et pas un bateau sur ce Grand Océan. Si ! Il y en a un. XXX Bay. Superbe endroit. Température de l’air idéale. Température de l’eau fraiche idéale. Nous nous baignons dans les vagues à côté des surfeurs. Garance hésite longtemps « Je m’énerve moi-même » et finit par se décider, pour sa plus grande joie, celle de ses parents et de son frère fanatique. Cela fait un bien fou à toute la famille de sortir de la boite de sardine sur roues pour se défouler en souplesse dans l’eau. Les Australiens sont manifestement engagés dans le vaste concours international de tatouages. La mondialisation est partout. Au seul camping autorisé de la péninsule, immense caravanes show : celle de droite, longue, gris tendance, suréquipée, nickel, sur cales assurant l’horizontale, télescopique en largeur sur une moitié ; celle de derrière, demi-portion à pneus à crampons tout terrain, sa partie basse gainée de métal strié pour permettre le passage dans les coins les plus difficiles, sans la moindre trace de poussière elle non-plus. Les caravanes ne sont pas soumises à la même rigueur économique que les automobiles. La créativité est plus débridée et chacun aime rêver de la maison sur roues que personne n’a. Un peu plus loin, plus dans notre style, une tente posée sur le toit d’une voiture. Sécurité et liberté.

Et au grès des éléments aujourd’hui. Cacatoès géants, noirs à bec clairs, découpant de solides pommes de pin, qui jonchent la route, pour manger les pignons. Emeus à tête d’aristocrate anglais de fin de lignée aux belles couleurs de paon. Echidnés, entre hérisson géant et porc-épique désarmé, craintifs mammifères reptiliens (comme les ornithorynques). « Tiens, un kangourou sur le parking ! » Julia. Raie dans les vagues sous les pieds de Félix bien « spotée » par la maman qui surveille les requins au cas où. Perroquet vert et un autre, rouge, qui viennent chercher des bouts de galettes de graines dans notre main pour les manger sur une patte à quelques centimètres. « Et si on avait un perroquet en rentrant à Bruxelles ? » Garance. Wombats, marsupiaux terrestres qui tiennent du koala et du cochon, qui sortent à la tombée de la nuit et passent à côté de nous en conservant un flegme d’animal qui sait qu’il n’a rien à craindre. Au passage, un opossum. Quel pays.

En hausse : l’activité physique, les passes de rugby avec le ballon orange de football australien

En baisse : la couleur peau de poulet de la famille

La phrase du jour : « C’est beau encore, aujourd’hui. Elles sont parfaites les vagues » Félix. « J’aurais bien aimé apprendre à faire du surf en Australie… » Garance

 

J163 mercredi 13 février 2013 La Route 25°C

IMG 6682 WILSONS PROMONTORIESAvec beaucoup de conviction et de raison, Choupie entraîne tout le monde le long de la Tindal River, jusqu’à sur la plage à marée basse. Encore un coin magnifique, immense plage déserte le matin, avec l’eau douce qui a créé de petits fleuves dans le sable, des mouettes. Couleurs et lumière australiennes. On s’y habitue, mais en repensant à l’Inde, la Thaïlande, le Myanmar, on réalise la qualité optique de l’air australien. Les sardines de camper-van se dégourdissent dans le vent.

Sans préméditation, journée de transition sur la route. Supermarché et boucherie dans une ville de Western moderne. Déjeuner au milieu des mouches. Grande rigolade. Petite école. Jusqu’à la belle surprise de fin de journée, Lake Entrance, entre ciel, îles, océan, eaux douces, courants, quais de pêche et touristes. Nous poussons un peu plus loin, pour dormir dans un camping dominant la « Ninety Miles Beach ». Bravo Choupie, qui nous a trouvé ce bon coin propice aux passes de rugby dans le vent et à la balade de coucher de soleil le long des vagues. Demain, route, encore. En attendant, dîner décevant et débilité américaine à la télé. La fatigue du petit espace commence à monter, mais le moral est au plus haut.

En hausse : le carnet bleu des messages routiers pour perfectionner son anglais

En baisse : la salade thon maïs quotidienne

La phrase du jour : « C’est grand comme pays » Choupie étudiant la carte de l’Australie

 

J164 jeudi 14 février 2013 Jonction 19°C

L’art du voyage c’est l’art de rythmer le temps qui passe. Nous avons perdu le compte des jours et des plages en Australie. Le camper-van, le rythme lent ont produit leur effet, c’est le bon moment pour accélérer, vers la capitale de l’Australie, pas Sydney, pas Melbourne, pas Brisbane… Canberra. Qui connaît Canberra ? Nous n’avions pas imaginé aller en Australie pour ce tour de monde, encore moins aller à Canberra. Mais, une fois sur place depuis près d’un mois, la Great Alpine Road écartée par nous, skieurs européens, Canberra s’est imposée d’elle-même, sur la route entre Melbourne et Sydney, en regardant la grande carte du pays continent, un matin gris de camping océanique. 450 kilomètres dans la journée. Changer de braquet, tous les bons cyclistes maîtrisent ça.

IMG 6693 ROUTE VERS CANBERRALa grande route à travers les parcs nationaux. Montagnes russes dans les petites Préalpes australiennes au milieu des eucalyptus de 40 mètres de hauteur, droits comme des pins des Landes. Petits villages rue unique le long de la route comme dans les films sur l’Amérique profonde. On touche là les limites du fonctionnalisme pur. Certes un café est un café, un capuccino un capuccino, et les vendre au même prix, des bars branchés de Melbourne au fin fond du pays, une idée honorable, mais un bon café, c’est bon non ? ou tous les cafés se valent-ils, argent et plaisir, pour les sauvages à peau claire grainée ? Surprise de la route, justement, un Lavazza excellent. Nouvelle frontière mondialisée ou dernier souvenir d’un pays d’origine lointain ? « Le meilleur café depuis je ne sais même plus quand ! » Choupie. Bout de Gers suivi d’une lande toute écossaise avec moutons sous la pluie. Le Grand Océan Sud et ses plages sont derrière nous. L’Etat de Victoria, aussi. Voilà le New South Wales (La Nouvelle Galle du Sud). Sur la route, proches de la date mal enregistrée de restitution du camper-van, le décompte des jours refait surface. Encore 4 ou 5 nuits. « Ici, on dirait toujours que les journées sont trop courtes » Julia. « Ce que j’aurais appris du Tour du Monde, c’est qu’il ne faut pas perdre de temps » Félix.

A Canberra, nous faisons le tour de la ville pour trouver un camping. Cela nous permet de nous faire une mauvaise idée de cette drôle de capitale aux allées trop droites et beaucoup trop larges, au lac de circonstance, aux bâtiments officiels trop neufs. L’entrée du camping ressemble à une prison, l’intérieur à un camp militaire du Bloc de l’Est. Les bâtiments sans étage et l’éclairage soviétiques rappellent quelques endroits sordides du Transsibériens. Mais ici, nous avons 1,3 kilos de pur filet de bœuf pour tenir une soirée. Quelques centimètres, à peine, parcourus sur la carte…

En hausse : les pleins d’essence

En baisse : le vent

La phrase du jour : « Victoria, The Place to Be » sur toutes les plaques d’immatriculation de l’Etat

 

J165 vendredi 15 février 2013 Canberra 22°C

Pour la capitale, nous nous faisons « beaux ». Remis en perspective hors Tour du Monde, cela veut dire douchés et vêtements propres. « Ça fait longtemps que je n’ai pas mis un pantalon, moi… » Félix. A la question « Peut-on faire, en 1990, de l’architecture des années 50 ? », notre camping triste, avec ses couches répétées de mauvaises peintures dans les toilettes, ses faux-plafonds éventrés en aggloméré gorgés d’eau et les carreaux poreux de ses douches apporte une réponse définitive : « Non ». Beaux, veut aussi dire, camper-van vidangé, rempli, balayé etc. « Ça commence quand même à avoir une salle gueule (le camper-van). On peut pas faire de sport, dès qu’il y en a un qui pue des pieds devant, ça sent partout…» Félix. « On appelle ça la promiscuité » Choupie. L’expérience montre que nous partons rarement avant 11 heures. Et en plus, il faut monter sur le toit réparer un panneau d’aération arraché à la station service d’hier…

IMG 6719 CANBERRA WAR MEMORIALCanberra tient les promesses que nous n’attendions pas d’elle. Capitale administrative large, carrée et bien tenue au milieu de rien, seule grande ville du continent (avec 400.000 habitants) à l’intérieur des terres, bien servie par son Information Center. La journée sans école nous suffit à peine pour le Musée de la Guerre et la Maison du Parlement. Le premier, très émotionnel, alternant les photos Noir & Blanc, les attirails et documents d’époque, les animations modernes, les avions, les vrais, mis en scène dans de grandes salles accueillantes. Les enfants, comme les parents, adorent. La meilleure leçon d’histoire depuis notre départ. « Il faudra aller voir le musée de la Première Guerre Mondiale à Verdun » Choupie. « Oui » général. Le second, opposé sur l’axe nord sud et de l’autre côté du lac, en haut d’une colline, à la fois simple, opérationnel, bourgeois et clair, tout ce qu’on peut attendre d’une démocratie fonctionnelle anglo-saxonne, née le 1er janvier 1900. Chambre des Députés verte dans une aile, Sénat rouge dans l’aile opposée, ici, on craint plus les charges inutiles que les coups d’Etat. La meilleure leçon d’instruction civique possible. Pas d’école aujourd’hui ?

Au moment de quitter la ville, la question se pose : et si nous restions un jour de plus à Canberra pour aller voir l’exposition Toulouse Lautrec, le Musée d’Art Moderne, le Musée de l’Histoire de l’Australie, faire un tour sur le lac en bateaux Mouche et finir la soirée au stade voir les Brombies affronter les Reds ? L’appel de la route, de la mer, le mauvais camping nous attirent ou nous poussent hors de Canberra, la belle et bonne surprise de notre itinéraire libre.

Après un bout de deux heures de route, bien secouée par les virages en épingle à cheveux de la descente vers la mer, nous finissons sur une nouvelle jetée sauvage pour pêcheur, à l’embouchure d’une rivière, entre un port, les îles aux loin, une plage de sable et le bureau du Sauvetage en mer.

En hausse : Canberra

En baisse : le sentiment de supériorité français

La phrase du jour : « C’est ça être milliardaire ? » Garance dans l’immense salle centrale vide de Parliament House

 

Le War Memorial de Canberra

Un vieil Australien camper à Queenscliff nous a recommandé le War Memorial de Canberra. « Vous pouvez passer deux jours là-bas ». Il semble effectivement que le Mémorial soit la principale attraction de la ville. En bons Européens, nous n’attendons pas grand-chose de ce lieu fabriqué de toutes pièces pour la capitale, par des Australiens peu versés sur l’art et l’émotionnel. L’architecture extérieure est austère, minérale, exhalant respect mais aussi humanité. Située le grand axe nord sud de la ville, l’entrée simple est gratuite. Une jeune fille souriante et presqu’élégante en noir nous invite avec douceur et tâches de rousseur à commencer la visite par le lieu de recueillement, un cloître intérieur laïc à taille humaine sur deux niveaux. En bas, un grand rectangle d’eau et ses promenades, terminées par un escalier entouré de petites jardinières de roses et de romarin, menant à la flamme d’un soldat inconnu de la guerre 14/18. En haut, un long corridor ouvert et tout le long des murs d’enceinte, de larges plaques de cuivre où sont repris la liste des guerres et surtout celle des Australiens morts pour la patrie partout dans le monde. Car les Australiens sont toujours allés se battre ailleurs que chez eux. L’atmosphère est simple, touchante, prenante. Quelques vieux ou jeunes Australiens viennent ici trouver le nom de leur père, de leur frère, de leurs oncles, alignés côte à côte. Bance, Bancroft, Bandera, Barber, Barlow, Barnicle, Barton, Bamford, Barret… répétés en un, trois, dix, vingt prénoms, peut-être d’une seule famille. Pas de Barnoin, ni de Brouchet parmi ces gars, tous volontaires, partis du bout du monde mourir chez nous, pour des idées, et pas de mort lente. Certains étaient peut-être dans une tranchée non loin de nos grands pères ou arrière grands pères. Merci les gars. Certains ont peut-être réussi à atteindre Paris un jour de d’été 1944. Bravo. Même les jeunes surfeurs en tongs ne sont pas déplacés ici. Bien sûr, il y a les bonnes et les mauvaises guerres. Bien sûr, il n’y a que des guerres mauvaises. Et les Australiens, par fidélité anglo-saxonne, ont été de toutes les conquêtes, de toutes les résistances, de combien de conflits ? Paysans rudes au mal et peu enclins au questionnement métaphysique, cultivant la résignation par religion autant que par acceptation des lois naturelles, les soldats aux grands chapeaux sont durs à arrêter, presqu’impossible à décrocher. Le Mémorial atteint parfaitement son but d’unité et de fierté nationale australienne. On a beau le savoir, on a quand même envie de remercier tous les Australiens qui déambulent dans les allées. Merci les gars. Bien joué. Merci.

Robert

« Chaque fois que j’ai un week-end de trois jours je viens le passer ici chez mes parents. Ma femme reste à la maison et fait les boutiques et moi je pêche nuit et jour. « Je parle le français, un petit peu ». Parce que ma mère m’a mis dans une école primaire moitié français, moitié anglais, quand j’étais petit. Maintenant, je ne parle pas bien le français, ni l’anglais… (Robert rigole). Ce soir, j’ai déjà pris un gros flathead (tête plate, sorte de poisson chat des estuaires) et une petite roussette de 3 pieds environ (un mètre). Non, Je les ai remis à l’eau. C’est juste pour le plaisir. Mon père adore les boules, la Pétanque. Alors il a créé un club de boules ici, le « Boule Dog ». C’est un jeu de mots. J’ai gagné pleins de trophées aux boules dans tout le pays. Adélaïde ? On est allé jouer là-bas, c’est à 11H et demie de Canberra en voiture. Non, l’autre canne, je la laisse, une seule c’est suffisant. Celle-là ne m’a coûté que 50$, elle va bien, l’autre c’est pour les bonnes journées. Remarque, aujourd’hui, j’aurais dû la sortir. Et puis, je n’ai pas beaucoup d’appâts. A Canberra, je suis mécanicien. Je gagne bien, mais la vie coûte cher. J’ai juste de quoi payer le loyer et la vie de tous les jours. Mais la vie est agréable. Il va pleuvoir. Les poissons aiment ça, ça remue l’eau. S’il pleut trop, je me mettrai dans la voiture, de toute façon, il y a le grelot qui me prévient. Ici, il y a en a des gros, des poissons. Le gars au bout du quai là-bas, la petite lumière, il s’appelle John. Il ne pêche que le gros, au vif. Une fois, d’ici, il a pêché un requin tellement gros qu’il a dû batailler toute la nuit avec lui grâce à ses 300 mètres de fils. Il n’arrivait pas à le remonter sur la digue. A la fin, il a réussi à faire le tour et remonter le poisson sur la plage le patin. Si vous sortez cette nuit, je serai là. S’il pleut trop, je reviendrai demain matin tôt. Take care ».

Dans la nuit, au son de la clochette, Julia et Félix rejoignent Robert qui remonte une petite roussette de deux pieds. Le matin ils l’appellent « notre ami le pêcheur ».

J166 samedi 16 février 2013 vers Sydney 20°C

Lever difficile sur notre jetée du jour. Il pleut. Piqueniques stéréotypés faute de munitions variées, douches communautaires, toilettes publiques, papier hygiénique fin et étroit dont on estime difficilement l’usage effectif, odeurs et vibrations dans le camper-van, longueur de route qui s’accumule, confort inexistant, tenue vestimentaire uniforme, « lits » sommaires et dos quadrillés par les coussins disjoints formant un mauvais matelas, paysages moins spectaculaires, habitude, fatigue… l’usure est d’une autre forme ici qu’en Asie, mais elle fait aussi son œuvre. Nous tentons un nouveau capuccino dans la zone commerciale, chez Michel’s Café. Avec son lait pasteurisé, son café instantané et son inattendu et très esthétique liserai de chocolat liquide sur la mousse, il tient malheureusement ses promesses australiennes. Mais, nous trouvons aussi, un adaptateur chez Dick Smith, qui va nous permettre de remplacer celui qui est cassé (tout, i.e. appareils photos, ordinateurs, Ipad… est à plat), de la viande de bœuf et des crevettes et calmars frais.

Entre grisaille et pluie, journée poussive qui sent trop l’écurie. Paysages agréables, cependant en baisse par rapport aux fantastiques souvenirs récents, fatigue en hausse, goût du camping émoussé. « Ici, il y a des palmiers, il fait chaud, il y a de la pelouse et c’est vert. C’est tropical. C’est beau, mais moi je n’aime pas trop les ambiances tropicales… » Garance qui n’apprécie guère l’éventualité des serpents. Nous explorons sans conviction les différents caps vers Sydney, mais le cœur n’y est plus, le hasard non plus. Un dernier cap, sans intérêt, autre qu’ethnologique et triste sous la pluie. Un dernier parc naturel, complet pour le week-end. Nous finissons à Kiama, dans un camping B4, « family oriented », les pires pour nous, c'est-à-dire immenses, populaires dans le mauvais sens du terme, bourrés de gens attirés par les nombreuses activités pour enfants que les nôtres ne pratiquent pas, ou seulement quand le play ground est désert. Nous résistons, au milieu des saucisses et des hamburgers, avec nos calmars en persillade et nos crevettes sautées. « Ha c’est des calmars ? Je ne connaissais que les rondelles ! Viens voir, il y a des calmars ici » une campeuse Aussy de 40 ans très sympa. Reste le rire familial dans la campeur-van et les vidéos des jours précédents pour suppléer la télé en panne, de fatigue peut-être, comme nous.

En hausse : le besoin de souffler

En baisse : la météo

La phrase du jour : « Une journée de connexion, c’est une journée de connexion » Félix

 

J167 dimanche 17 février 2013 Kiama vers Sydney 24°C

IMG 6739 KIAMA NATURAL POOLLa journée commence doucement, sans eau et sans vidange, vers le vrai Kiama, déjà loin du camping de beaufs à saucisses. C’est fou la puissance des saucisses ici. Compulsives au dîner, elles sont parfois évitées avantageusement au déjeuner par des sandwichs à la mayonnaise, mais apparaissent souvent dès le petit déjeuner, chez les vrais campeurs organisés. Ecole de surf en plein boum du dimanche dans une petite crique de sable au milieu de deux caps de rochers. Baignade dans une piscine naturelle creusée dans la roche, remplie et lavée par la marée. « Ils sont forts ces Britishs » Félix. Petit bain de soleil. Il y a même un joli petit port, avec quelques bateaux de pêche au gros et une poissonnerie sérieuse, grâce à laquelle nous découvrons de nouveaux fruits de mer : bonnes très petites huitres iodées ; espèce de cigales rose pâle, comme leur cuisson et leur goût (mud crab = crabe de boue, pour tout goûter) ; gros crustacé rouge sans pinces, hybride entre la cigale et le crabe, intéressant mais pas inoubliable (spanner crab, pour être certain de ne rien avoir manqué). A Kiama, on touche la zone d’influence de Sydney, dont les habitants peuvent venir en train jusqu’au bord de la plage passer le week-end ou le dimanche. Aussies des villes et Aussies de champs se rencontrent ici. Les poids, mais surtout les tatouages varient à l’infini.

Vers Sydney, logiquement, la densité augmente, alors l’intérêt diminue. Après quelques tentatives infructueuses, il devient évident que nous ne trouverons pas d’endroit beau et calme par ici, pour la dernière nuit de camper-van. Direction Sydney même. Un dimanche après-midi, avant la rentrée du week-end, certainement plus calme en camper-van qu’un lundi matin. C’était sans compter sans le nouvel an chinois, fêté ce soir. Choupie et Garance courent le centre à la recherche désespérée d’un appartement. Les autres tournent en ville en essayant de rester dans la zone des filles tout en rangeant le camper-van dans lequel nous nous sommes installés depuis un mois. Comme dans tous les bons films américains, après avoir beaucoup souffert et donné le meilleur de nous-mêmes, nous nous retrouvons dans un spectaculaire appartement, en plein centre, au 68ème étage du Meriton, Liverpool 95, le camper-van rangé dans les sous-sols de la tour avec la bénédiction des policiers, avec nos baies vitrées jusqu’au sol qui donnent directement en bas sur le passage du cortège, ouvert par l’immense serpent chinois de soie. Un vrai changement après les 14 mètres carrés du camper-van nature… et il y a internet.

En hausse : les Chinois

En baisse : la nature

La phrase du jour : « Ça me fait vraiment plaisir que Jean aille mieux, je vais pouvoir bien dormir » Félix

 

J168 lundi 18 février 2013 Sydney 24°C

Choupie aligne ses lessives. Les enfants légument. Chris, revenu de ses 3 heures d’aller-retour à l’aéroport pour rendre le camper-van, odorise le couloir du 68ème étage avec la cuisson des entrecôtes de midi, derniers vestiges, à part les sauces de tous ordres, du frigo du camper-van. Les appartements design australiens sont plus faits pour le MacDo réchauffé que pour la cuisine française. Nous nous sentons légers mais aussi désœuvrés sans notre maison sur le dos. Nuit tombée, Choupie et Chris sortent en amoureux vers les terrasses de restaurants de China Town. Logeant deux ans rue Galande, à Paris, Chris n’est jamais allé manger une seule fois rue de la Huchette, sa continuation, dans les restaurants Grecs à touristes perdus entre Notre Dame et la Place de l’Odéon. China Town, est devenu la rue de la Huchette… Sur les quais de Sydney, on ne retrouve pas l’ambiance paisible et familiale du premier Tour du Monde. On est maintenant dans la mouvance Ibiza sage. Dans le Lonely Planet datant de l’an 2000, glané dans un Information Center, la « Pic Season » de Sydney commence en novembre et finit en janvier. Dans la dernière édition en cours, la saison commence en octobre et finit en mars… Sydney l’éloignée est devenue branchée, facile, un « must do ». Au programme de son mois de février : Nouvel An chinois, Mardi Gras et plus grande Gay Pride du monde, pour laquelle les 25.000 places de ceux qui défilent sont toutes réservées, on retient déjà sa place pour l’année prochaine. L’Asie s’est enrichie, Sydney est sa destination naturelle et dépaysante favorite.

En hausse : internet et Facebook

En baisse : le Sydney idéal du premier Tour du Monde

La phrase du jour : « On va pas sortir là maintenant ? » Julia

 

J169 mardi 19 février 2013 Sydney 24°C

La journée commence par des questions de programme : comment se reposer en Australie, faire avancer l’école, se bouger un peu la graisse ? Blue Mountains derrière Sydney ou Tasmanie, pour les options géographiques, golf ou surf, pour les options sportives. Le consensus familial a tendance à se porter vers le surf et la Tasmanie. Reste la réalisation… et l’énergie à trouver. SuperChoupie a déjà localisé la librairie française et Garance fait des provisions de littérature classique, La Princesse de Clèves est sa préférée. « Je vais la garder pour la fin…»

IMG 6754 SYDNEYVers 3 heures de l’après-midi, nous sortons de notre montgolfière climatisée sans ouverture pour le musée de la police, situé près du quai circulaire, sous le pont de Sydney. Musée ouvert uniquement le week-end. Les petits hommes en haut du pont nous donnent des idées. Après réflexion, les filles partent vers les boutiques, les garçons vers le ciel. Bibi de tulle noire pour Garance et nouvelles RayBan pour Julia, au milieu des Chinois. Vues extraordinaires de Sydney, en fin d’après-midi, depuis le haut du pont de fer, pour Félix et Chris, en compagnie d’un Polonais (« J’aime bien les Polonais, moi » Félix), de trois Américains, de deux Anglais et d’un couple de Danois. Les filles dinent petitement à l’appartement, les garçons, bien lancés, entre dans un gymnase regarder des matchs de baskets de quartier mixtes et finissent grandement à l’Emperor’s Garden de China Town. Nous sommes tous passés aujourd’hui devant le très simple Bed & Breakfast et le petit jardin de notre premier tour du monde. C’est à Sydney seulement que les deux traits se chevauchent, en bleu et en rouge sur la carte du monde.

En hausse : Sydney

En baisse : les illusions

La phrase du jour : « Ce sont les Chinois qui achètent, il n’y a qu’eux dans toutes les boutiques de la ville » Choupie

 

Le Sydney Bay Bridge

95.000 tonnes de métal au dessus de l’eau. A l’américaine. Process réglés dans les moindres détails : sourire des vendeurs au desk, climatisation, photos N&B géantes de l’époque de la construction, écrans photos numériques avec défilé de « gens comme nous qui s’éclatent », ambiance béton lissé verrières métalliques, boutiques de souvenirs du kitch au design semi-branché, prix stratosphériques préjustifiés par la qualité du spectacle inoubliable et la sécurité absolue dorée sur tranche par American Express. Ils acceptent aussi les cartes Visa ou Master Card. Petit speach décontractant de prise en main du groupe où chacun se présente sous son meilleur jour, salle pour récupérer la combinaison à la bonne taille. Car on monte sans rien dans les poches et même en sous-vêtements les jours où il fait chaud comme aujourd’hui, ni montre, téléphone, appareil photo, ni quoi que ce soit qui puisse tomber et représenter un risque pour les passants, vélos, voitures ou bateaux en bas. Si vous avez des tongs ou des chaussures peu appropriées, on vous fournit des tennis. « C’est bon, tout le monde a tout laissé dans son casier ? suivez-moi ». Emilie est parfaite en GO, jeune tout sourire, grassouille aux yeux bleus et accent anglais entraînant. Elle nous retrouve dans 5 minutes. Le temps de laisser, à une autre, le sale boulot de nous faire passer dans un détecteur de métaux, au cas où des malins auraient tenté de garder sur eux des Iphones magiques, nouveau couteau suisse des temps modernes. Casquette souvenir attachée à la combinaison, lunettes sécurisées, mouchoir elastisé puis enroulé autour du poignet, on peut nous transférer dans la salle suivante. On nous branche à la radio d’Emilie, qui va pouvoir continuer à nous parler une fois au grand air. Là où ils sont forts, c’est qu’en séquençant parfaitement les timings, les opérations, les discours, les plaisanteries sans conséquences, ils arrivent à faire patienter et travailler le client qui, bonne poire, accepte avec le sourire. Même art de vous prendre votre temps, en vous faisant croire que vous êtes en train de vous divertir, que chez Disney, le numéro un mondial de la gestion de la queue utile pour la compagnie. « On pousse la porte vers l’aventure ? On ne pourra plus faire demi-tour ». Gros yeux et sourire de connivence. Une heure quand même pour en arriver là… on comprend mieux que la visite dure, au total, 3 heures.

Dehors, fort heureusement, le pont tient toutes ses promesses et même plus : beau, luttant contre la mer et la vieillesse, rouillé par endroits, repeint de façon moderne à d’autres, vues sur les joggers en bas, les bateaux, le flot monstrueux des voitures, les poutrelles traversières de métal riveté suspendues au-dessus du vide, les deux grands drapeaux australiens au sommet ; mais aussi ses passerelles secrètes, ses passages étroits, ses cadrages hors normes. Un grand spectacle, moins impressionnant qu’on ne pourrait le croire mais beaucoup plus beau, plus vivant et plus touchant aussi. Les restes d’une grande aventure humaine. Un vieux pont, qui se bat contre l’outrage des ans, rendant un service énorme aux hommes qui l’empruntent par dizaines de milliers tous les jours depuis 1932. Un pont vivant. Qui nous touche. Félix et Chris ne considèreront plus jamais les ponts de la même façon.

« C’était génial, mais dans le questionnaire, à « value for money », j’ai mis good, pas plus… »  Félix

 

J170 mercredi 20 février 2013 Sydney 24°C

IMG 6767 SYDNEY FISH MARKETAprès l’école et avant la discussion du soir, nous allons au Fish Market. L’Australie en résumé : tram de service public efficace et sympathique, poissons en filets, collection de crevettes d’élevage, crabe de boue, spanners, bleus nageurs, ou bleus tirant sur le tourteau, coquilles St Jacques du Japon, anguilles fumées de Chine, calmars et poulpes de Thaïlande. « J’ai compté, 24 Chinois et 4 blancs au restaurant à côté » Félix. On sent le vrai goût et aussi une sorte de frénésie asiatique pour les produits de la mer, consommés et largement photographiés derrière les vitrines des étales. On atteint aussi les limites du modèle 20/80 (20% des efforts, 80% du plaisir, ou 20% des investissements, 80% de return) super-efficace et fonctionnel du modèle australien. Nous nous souviendrons du crabe bleu à la très populaire sauce gingembre, cuit à la diable dans un wok, comme sur la table de notre voisin, mais nous ne reviendrons pas manger au Fish Market. Comme s’il fallait « ticker » les activités, comme chez Disney, on va « faire » tous les manèges, en les épuisants un après l’autre par le seul fait de les avoir vus une fois. Loin de la vieille Europe, passionnée par le dernier détail qui fait toute la différence et assure un plaisir attachant, éternellement renouvelé.

Le grand moment de la journée, c’est la discussion du soir, animée par les enfants, sur le sens de la vie. Beaucoup d’équilibre grec ancien et d’espoirs dans leurs représentations. Le Tour du Monde imprime son emprunte douce sur les esprits clairs des enfants.

En hausse : la vie de famille

En baisse : les derniers restes de provisions du camper-van

La phrase du jour : « Moi, mon problème, c’est que je voudrais devenir célèbre » Garance

 

J171 jeudi 21 février 2013 Sydney 25°C

IMG 6770 SYDNEY4 ou 5 jours, fatigués, c’est trop peu pour se reposer, relancer l’école, régler les « problèmes » laissés en Europe, profiter de Sydney, organiser la suite du voyage. Ce qui est incroyable, c’est que Julia et Félix, 6 et 4 ans lors de notre premier passage, se souviennent de l’intérieur de l’opéra. Nouvelle visite à la librairie française. Saint Ex, le Dom Juan de Molière et Vipère au poing rejoignent madame de Lafayette. Les maths avancent très bien pour les trois enfants et Sydney se dissout dans le déferlement de touristes asiatiques. Seul Félix se laisse tenter par une rapide visite à pied au Powerhouse Museum, qui regroupe découvertes technologiques et design australiens. Pas désagréable, on passe devant le Yan Thorpe Aquatic Center pour y accéder. Ça ne valait pas plus. Après un dernier Emperor’s Garden chinois du soir, il sera temps de partir demain vers les plages du nord de Sydney, à la recherche d’une maison de repos.

En hausse : l’envie de notre maison

En baisse : les courbatures du camper-van

La phrase du jour : « Merci Papa, merci Maman » les enfants en cœur

 

Peut-on ne pas aimer Sydney ?

Trop proche de la mondialisation globalisante, soumise à l’impitoyable quadrillage marketing et mercantile anglo-saxon, dont les interstices minimums sont comblés par les « Chinois », (les deux peuples qui domineront plus encore le monde bientôt), la question d’aimer Sydney, ou pas, se pose. Quel exotisme ici ? Les mêmes boutiques que partout ailleurs dans le monde globalisé, les mêmes lunettes de soleil, les mêmes tongs, les mêmes MacDo, les mêmes tatouages, les mêmes Iphones. Comme à la maison, le confort matériel en moins, l’inconfort moral en plus. En montant dans l’ascenseur de notre tour climatisée vitrée sans fenêtre ouvrable (uniquement de la climatisation pour faire circuler l’air), nos sacs en plastic noir de supermarché s’envolent en compagnie chinoise de ceux en papier glacé de Chanel, Dior et Untel Machin, le couturier local plein de talent qui monte et qu’il est de bon ton d’associer aux ténors sur sa page Facebook, pour confirmer son statut personnel hype et faire enrager ceux qui ne sont pas encore venus jusqu’à Sydney. « Comment peut-on ne pas être venu à Sydney ? » Rien de neuf depuis Montesquieu. Au centre de Sydney, de beaux bassins, assiégés par de faux restaurants. A la recherche d’une glace, je recule devant les pâtes de graisse sucrées multicolores à agents de sapidités renforcés relevés d’inclusions diverses. L’accumulation stérile peut-elle créer la vie ? La profusion de creux faux peut-elle engendrer une culture ? Petit plaisir masculin, la nuit, au bout du quai très central et désert des water-taxis, jaunes comme à New York, en plein Sydney touristique, je pisse un coup dans la mer. Le premier truc naturel de la journée. Ça fait du bien. Les mouettes seules me regardent. Pour fêter ça, je prends une photo des docks illuminés en chansons. Dans la journée, de l’ascenseur du Meriton, sort une femme en burka noire et Rolex à diamants, accompagnée par son mari et ses deux fils. Au 61ème étage, celui de la piscine, une femme blonde à tâches de rousseur monte en maillot de bain, noir lui aussi, son fils sur l’épaule et appuie sur le 71ème. Repoussés par la foule incompréhensible et indigeste vers l’appartement des cimes. Nous avions pourtant tellement aimé Sydney il y a 9 ans. Est-ce elle, nous, ou ses « amis », qui ont tant changé ?

J172 vendredi 22 février 2013 vers la suite 23°C

IMG 6775 SYDNEYDépart sans émotion de Sydney. Un soulagement même. Trop de touristes. Trop envahie par les Chinois pour les vacances de leur nouvel an. Pas assez d’air dans l’appartement bulle du 68ème étage. Il paraît qu’à part les gens de Sydney, les Australiens n’aiment pas Sydney. Notre 4X4 à banquette arrière remplacée par deux sièges est envahi de bagages, un des enfants est sur un des sièges du coffre. Route vers les plages à quelques heures au nord de la grande ville, pas les gros spots connus, plutôt les endroits où va habituellement la maligne Michelle, qui bosse sur les quais dans une agence de voyage et nous a peut-être bien compris. Objectifs : trouver du surf pour Félix, une maison travail-repos pour tous.

Dès notre premier arrêt à Terrigal, nous faisons une rencontre importante pour la suite : BJ. Un itinérant du surf, basé à Blue Bay, pas loin paraît-il, qui se balade de plage en plage à la recherche des bonnes vagues avec son camion rempli de planches. Voilà déjà un premier crampon. Ne reste « plus qu’à » trouver une maison ou un appartement. Difficile quand on ne connaît pas la zone, qu’il pleut et qu’on cherche une maison sur la plage… A The Entrance, les agences nous dirigent vers : Blue Bay, ça tombe bien pour BJ, mais appartement et triste lieu quand il pleut ; un lotissement design en fin de construction où on tombe sur la mer sur 6 mètres de façade si on accepte un boyau de 25 mètres de long et les fenêtres latérales qui donnent sur le mur du voisin à 2 mètres ; une très grande maison lointaine tristement isolée les jours de tempête. Les agences non commissionnées par ça, évitent de nous parler du parfait golf-resort à quelques minutes, malheureusement complet ce week-end pour cause de mariage asiatique. Nous finissons dans un grand appartement de vacance central à The Entrance, avec vue et très grande terrasse sur le lac, la dune et la mer. Mais il pleut et il est déjà 5 heures du soir. Il y a une télé, pas d’internet et le supermarché est à deux roues, deux pas aussi, mais pas avec cette pluie et les quantités à transporter pour lancer la cuisine.

En hausse : l’espoir de surf

En baisse : la côte australienne  

La phrase du jour : « Ils sont sortis pour sécher ! » (les élégants devant de l’atelier de tatouages qui s’exposent au vent) Garance

 

J173 samedi 23 février 2013 The Entrance 20°C

IMG 6793 THE ENTRANCEDéluge de pluie toute la nuit qui continue toute la journée. Dans un pays outdoor comme l’Australie cela limite largement les activités, surtout dans une villégiature estivale de seconde zone. D’où le charme de la famille, du travail d’école sur la grande table rapprochée de la baie vitrée, d’un appartement presque cosy bien choisi au quatrième étage avec vue sur la place, le lac, la dune, la mer et les vagues et de la cuisine familiale (côtelettes d’agneau pommes de terre à la Mémé Barnoin à midi, curry de poulet le soir). Il pleut très violemment, comme à Tokyo pendant les typhons d’été, comme aux Antilles pendant les averses tropicales. Et cela fait 30 heures que cela dure. On ne peut même pas ouvrir une fenêtre. Les sorties du jour : Félix en maillot de bain sur la terrasse avec son ballon orange de football australien qui « reprend l’entraînement» pour se dérouiller avant le surf avec BJ’, les filles jusqu’au magasin de perles très couru en bas, Chris jusqu’à la mer en maillot et tee-shirt pour s’aérer un peu dans le vent et la pluie, Choupie et Félix jusqu’au supermarché Coles pour les provisions. Amarrée à un sapin, une colonie de perruches vert-rouge crie sa présence en couples dans la tempête, pour se rassurer.

En hausse : la lecture

En baisse : les déplacements quotidiens

La phrase du jour : « Donnez-moi tout ce qu’il y a à repasser, j’en ai marre de vivre avec des fringues fripées, je vais repasser… » Choupie

 

J174 dimanche 24 février 2013 The Entrance 20°C

Rien. Ou comme hier. Nous sommes là pour faire avancer l’école, c’est ce que nous faisons, avec décontraction et sourires. Julia finit sa trigonométrie de l’année et ses stocks de physique, chimie, anglais. Garance finalise les révisions de son année de 5ème et prévoit de « prendre de l’avance » pour l’année suivante. Félix fait des maths en attendant le surf demain avec BJ (Bidgé).

Grâce aux films américains de la télé australienne, nous savons maintenant que : les Sud-Américains sont sauvages, ivrognes, sales, incompétents, violents, corrompus, sanguinaires, désorganisés et faciles à tuer ; les Chinois, des fourbes, prêts à tout pour gagner un tournoi de kung-fu, mais propres, riches et ayant tout de même le sens de l’honneur (on ne se fâche pas avec son plus gros fournisseur et plus gros acheteur de dette US). Enorme rigolade du soir devant la chaîne de téléachat, où, à côté de la maligne vendeuse, la fausse belle muette à collier égyptien est le sosie de la secrétaire à gros seins des www.tetesaclaques.com canadiennes, irrésistibles du rire internet récupérés par Canal+.  

En hausse : la lagune

En baisse : le fish & chips Big Tuna en bas

La phrase du jour : « J’ai compris que le seul endroit où on est vraiment bien, c’est à la maison… » Garance

 

Le sterne est parmi les rares oiseaux de mer qui ne savent pas planer. Il doit battre des ailes sans cesse. Ici, il est grands, plus puissant que celui qui passe par l’Europe lors de son incroyable migration pôle nord pôle sud, blanc à tête noire et bec orange. Il pêche à l’embouchure tourmentée du lac de The Entrance, dans les courants contraires d’eau douce qui tentent de sortir, repoussés par dix rangs d’écume blanche à peine ralentis par les rochers. Tout le monde pêche ici, sternes, pélicans, hommes, poissons, dans la zone où les marrons, les verts et le blanc se mélangent au gris du ciel éclairé par un simple puis un double arc en ciel. Face au vent, le sterne dépense beaucoup d’énergie en volant. Se maintenant quelques mètres au-dessus de l’eau, la tête baissée comme rentrée dans les épaules, il scrute à travers l’eau profitant des zones plus lisses. Souvent, il commence une descente, frôle l’eau, pour remonter vers son poste. Trop d’énergie dépensée déjà, il doit plonger à coup presque sûr. Il pique, s’écrase dans l’eau, disparaît rarement entièrement, s’envole souvent avec, en travers de son puissant bec, un poisson. Face au vent, le poisson Une pêche pure, unitaire, foudroyante. Très loin de l’épuisante chasse à cour. A l’opposé de la rapine médiocre des mouettes inféodées. Seul ou accompagné de ses frères grands voyageurs, une chasse de seigneur qui sent la liberté et le grand large.

 

J175 lundi 25 février 2013 The Entrance 22°C

IMG 6794 THE ENTRANCE FELIX ET BJFélix débute dès 8H30 sa première cession de surf australien. Plein d’espoir et convaincu par les vagues faciles qu’il voit depuis un mois depuis la plage, il rentre dépité après quelques plongeons tête première dans des vagues « fat » (grasses) et désarçonné par une planche de compétition très vive qui se dérobe sous ses pieds. Une bonne sieste et quelques sujets de méditation pour l’après-midi. Julia bosse, s’organise en travaillant au calme sur la planche à repasser dans la suite parentale, explore son cerveau et consolide sa liberté. Garance clone sa maman avec le sourire. Il nous reste à explorer la « rock pool », piscine d’eau de mer dans les rochers alimentée par la marée et, tous les jours à 15H30, la béquée officielle des pélicans.

En hausse : le repassage de bonne maîtresse de maison

En baisse : les kilomètres par jour

La phrase du jour : « Ordinary conditions » BJ qui pensait au surf…

Tentative

Ressources du magasin de perles vite épuisées, atelier de tatouages écarté, crèmes glacées ne passant pas la barre, restaurants indéfinis dont les plus avenants restent les gras fish & chips, supermarché de quartier, internet indisponible, Choupie a commencé à tourner en rond depuis un moment déjà. Il paraît qu’il y a une très bonne poissonnerie à Toukley, la ville suivante. Ville, ou village, ne convient pas pour nos références. Accumulation mole et linéaires de pauvres maisons plates au long de routes parallèles, dont on distingue la plus importante grâce au maigre flux de circulation et aux quelques ronds points qui l’animent. Personne dans la « rue ». Pas de centre ville. Un bloc dédié à un supermarché et quelques magasins de l’autre côté du parking, dans le meilleur et le pire des cas. Nous cherchons la poissonnerie qui vaut un déplacement de 30 kilomètres aller-retour. Campings sous les arbres, le camper-van est bien loin derrière mais, entre les retraités, les surfeurs, ceux qui n’ont pas d’autre moyen, quelle proportion de la population australienne vit dans des campings ? Pas de rue, de larges voies à voiture, pas de magasin, des pelouses ou des bouts de jardins plus ou moins bien tenus, pas de place centrale, des vendeurs de pneus ou de matériel le long de la route traversière. A force de circonvolutions rectilignes et de demandes aux rares passants égarés ou sur le chemin de leur automobile, nous atteignons notre but, à Budgewoi (se prononce budjiwouaï) : un parking donnant sur un bras de rivière, entouré d’une boulangerie qui fabrique les mêmes pains que ceux des supermarchés, un barbier fermé, un restaurant fermé, un banyan qui humanise l’asphalte et, en guise de poissonnerie réputée, un fish & chips, élu N°1 par les consommateurs, en 2004 et 2008. Filets de poissons divers peu engageants, arrivages de Thaïlande, de Tasmanie, moules agonisantes bouche ouverte de Nouvelle-Zélande, difficile de choisir ce qui finira dans le bain d’huile du fritier. Aucun problème pour le couple à ôté de nous, elle va acheter, lui garde le volant, ni pour la mère et ses deux filles, trois très grosses, qui s’avancent d’un pas assuré vers leur goûté (elles pensaient tenir jusqu’à ce soir 18H30, mais elles ont craqué un peu avant 17H00). Le semi-remorque qui livre bruyamment, livrera-t-il brillamment ? Peu de chance. Nous repartons bredouilles. « Comme un lundi ! ». Mais en pays étrange.

 

J176 à J183 du mardi 26 février au mardi 05 mars 2013 The Entrance temps instable 20 à 23° C

The Entrance est une petite villégiature estivale pour Sydneyiens et retraités moyens. On peut s’y reposer quelques jours, au hasard bien choisi d’un long voyage. Les journées s’y ressemblent. Le temps passe ici simplement.

Au bout de la plage vers le sud, la piscine municipale de béton bleui évoque le collectivisme doux des pays du nord : public parsemé, gymnastes ou nageurs à bonnets et maillots de bain antiques alignant les longueurs dans les lignes réservées à cet effet, enfants sauteurs des pays gras qui rétablissent la vraie notion du temps et de l’espace. La piscine est formée de trois bassins construits dans les rochers à fleur de marée, de profondeurs et de tailles différentes. On la remplit avec une pompe alors qu’elle se vidange par de simples trous, ce qui lui assure une innocuité 100% naturelle. A l’une des extrémités, par un escalier, on accède, à la mer par marée haute, ou aux larges dalles de granit noir couvertes de coquillages et d’huitres, par marée basse. Comme l’eau est sombre, aucun d’entre nous ne s’y baignera.  

La grande activité de tout un chacun ici, c’est la pêche. Selon l’heure ou la lune, on a le choix entre les berges vert paisible du lac, les vagues vives des plages, le partage tumultueux des eaux douce et salée, la petite barque en aluminium ou les cuissardes pour la pêche au milieu de la lagune près de l’île aux pélicans. Les prises, saumons, flatheads… sont soumises à maille (taille minimum) et à contingent. On ne sent aucune avidité ou tension chez les pêcheurs. La pêche est un prétexte pour côtoyer la nature, peut-être pour laisser sa femme vaquer à ses occupations ménagères. Manque d’énergie, d’esprit d’initiative, de temps ? Nous n’achetons pas de canne pêche, mais l’important est de participer et nous soutenons les pêcheurs quotidiens.

IMG 6810 THE ENTRANCE PELICANSLes pélicans sont une des grandes attractions de The Entrance, nourris officiellement et quotidiennement, 365 jours par an, par la « Pelican Feeding Team » (c’est écrit en jaune d’or sur les tee-shirts rouges des semi-cas-sociaux locaux en charge de cette attraction familiale). Il nous a fallu environ une semaine pour descendre et faire les 150 mètres nous séparant du mini théâtre grec en bordure de la lagune. Comme tous les poissons sont vendus en filets, il est facile de remplir de têtes et d’arrêtes les deux glacières journalières nécessaires au spectacle. Les pélicans sont des oiseaux bien élevés. Habitués à vivre en société, ils se rangent sagement sur la scène, tendent le coup en l’air pour tenter leur chance, ne contestent presque jamais l’adresse de celui qui a pu se saisir d’un lancé, sauf quand un trop gros bout dépasse d’un bec ou que le même morceau est tenu par un prétendant à chacune de ses extrémités. Cependant, tout cela ne donne lieu à aucun débordement, et bientôt, tous les becs et les gros yeux ronds cerclés de jaune sont de nouveau alignés dans le même sens pour guetter le prochain jeté. Oiseaux énormes à gros bec, sans aucune agressivité, l’équipe attrape même un spécimen pour lui retirer une ligne de pêche enroulée autour d’un hameçon enfoncé dans son aile. Aux applaudissements du public, signe de fin des agapes, les pélicans regagnent l’eau puis leur île en discutant doctement, comme nous notre appartement.

IMG 6796 THE ENTRANCE FELIX ET BJBJ. Brett dans ses SMS. Petit, musclé sans graisse, à la limite du trapu, toujours souriant, plein de vie et amoureux du surf, BJ est l’attraction N°1 de Félix à Blue Bay, la plage qui jouxte The Entrance. C’est là qu’on surfe. Sur la pelouse de sa modeste case en bois d’angle de rue qu’il tient de ses grands-parents, il gare un gros 4X4, un camion plein de planches de surf jusqu’au toit, une vieille remorque, mais maintenant il est interdit de descendre avec elle sur le sable, et un très puissant scooter des mers (pour les grosses vagues ?). Et dans le garage il y a quoi alors ? On descend sur la plage, entre deux maisons, pour accéder à une « droite » et une « gauche » (sens de déroulement des vagues) séparées par un récif, et y retrouver d’anciens champions de surf des années 80’ et des surfeurs libres à cheveux longs hérités d’années encore plus lointaines soutenus par des petites bedaines amicales de buveurs de bière encore sportifs. Samoa, Grande Bretagne, BJ a voyagé en surfant. Matinées libres pour son école de surf, il travaille, à partir de 14H30, dans un atelier qui fabrique des machines pour les mines australiennes. « The job is very cool ». BJ aussi.

Le plus difficile ici, c’est de manger. Pas d’épicerie, ni de primeur, ou boulanger, fromager, charcutier… rien. Quant au boucher et aux éventuels poissonniers, ils se sont disqualifiés dès la première visite ou parfois avant. Reste le supermarché Coles, mais il ne faut pas compter sur lui au-delà du strict acceptable. Comment faire la cuisine sans produits de base ? Du côté des restaurants, on alterne avantageusement fish & chips mous graisseux et asiatiques australianisés pour varier les dégoûts locaux. Reste Masterchef le soir à la télé, pour se convaincre du pire. Un problème resté insoluble jusqu’au départ de The Entrance.

IMG 6801 THE ENTRANCE ARRIVEE DU COLIS ECOLEL’école est la grande variable de ce Tour du Monde. Elle règle les journées en en grignotant une partie plus ou moins considérable. Elle structure le rythme des jours. Elle pèse sur le quotidien. Elle impose des arrêts presque forcés pour garder la tête froide et hors de l’eau. Nous recevons des cartons complets de cours, parfois en double ou triple exemplaires, parfois avec des pages manquantes (force organisatrice de l’administration centrale), accompagnés de corrections de devoirs effectués il y a plusieurs mois. Ces livraisons (Phuket, Gilbert & Evelyne, The Entrance), sont à chaque fois une petite fête familiale, avec ses joies (les bonnes notes), ses peines (« Ils ont encore oublié de m’envoyer la série de maths numéro 8 »), ses espoirs (« Je crois qu’avec ça j’aurai fini la matière »). Julia, très décidée, emmène dans sa roue les deux « petits ». Un arrivage d’école, c’est comme un bateau qui arrive dans un port éloigné au début du siècle : de l’énergie, de l’encombrement, des nouvelles du pays, un déchargement à inventorier et à ranger dans les entrepôts, une ligne de vie qui rejoint la terre natale lointaine.

Nous pourrions aller au cinéma ? Il faudrait aller consulter le programme et surtout prévoir, s’organiser… Ne pas avoir de contrainte, même pour aller au cinéma en bas, la grande affaire du Tour du Monde. Nous préférons tous, au cinéma, la collecte de plumes de perroquets pour la collection de Julia qui les glisse dans son journal de bord artistique.

En hausse : les repas sur notre grande terrasse

En baisse : l’énergie du voyage

La phrase du jour : « On reste encore longtemps en Australie ? » Garance