Australie 1 : d'Adélaïde à Melbourne

Journal de bord Australie 1

D’Adélaïde à Melbourne en camping-car
No Worries Country

 

J138 samedi 19 janvier Adélaïde 23°C

Dans un demi-sommeil, nous arpentons le Central Market, marché très banché d’Adélaïde. Les prix, comme à Paris, en plus cher, les produits, comme Rome, en moins bons. Fantastique après quatre mois d’Asie. Supermarché pour assurer les fonds de placards du camper-van. Camping de bord de mer plein pour cause de départ de course cycliste à étapes demain dimanche. « Une course cycliste connue dans le monde entier ». Ils sont marrants ces Australiens sans complexe qui parlent à un natif du Tour de France. Nous finissons dans une forêt d’eucalyptus dominant Adélaïde. Parfait. Electricité à bord, douche somptueuse. Les douches collectives du camping plus luxueuses que celles des wagons du Transsibérien, du Grom sur le Baïkal, du Bhoutan montagnard, plus propres que celle de l’Inde, ça c’est sûr, moins luxe que celle de Phuket, mais plus chaudes et mieux finies que celles du Myanmar… Dîner préparé pas nos soins : pâtes Barilla à l’huile d’olive australienne et rognons de mouton à la plancha, le tout arrosé par le vin de Gilbert & Evelyne. Et en plus, il y a un koala qui nous regarde. Le bonheur.

En hausse : l’espace

En baisse : la pression

La phrase du jour : « On est libre ici. C’est la première fois depuis des mois que je me sens vraiment bien » Félix

 

J139 dimanche 20 janvier Environs d’Adélaïde 24°C

Nous faisons des ronds dans le bel arrière pays vallonné d’Adélaïde. Le principe est de jouir de notre liberté retrouvée. Liberté de circulation triplement autonome : pas de programme, pas de délais, nous tenons le volant. Liberté d’esprit : pas de bouddhisme, pas de dictature, pas de culture à mettre en perspective. Liberté des grands espaces non surpeuplés. Vignobles, forêts d’eucalyptus, grandes prairies d’éleveurs brûlées par le soleil. Spectacle joyeux de la famille dans son élément qui se détend. « On a l’impression de respirer » Julia. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vécu dans un endroit propre. En Asie, il y a toujours un truc qui ne va pas… » Félix. Petit supermarché, bakery mauvaise pour un français mais reposante pour un voyageur, cartes sûres, plans lisibles, GPS qui nous parle en français, aire publique de piquenique accueillante, belle lumière franche et mer bleue, c’est le repos de l’âme et du corps. Le grand truc des Aussies le dimanche, c’est la balade de quelques centaines de mètres à vélo avec les enfants. Parfois, ils font aussi sagement la queue chez une productrice de cerises à 10$ le kilo. Nous, c’est de prendre à gauche ou à droite, pour tomber au hasard sur un petit barrage et sa belle vue touristique, revenir sur nos pas par des chemins de traverse et regarder par les fenêtres. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu des vaches bien nourries » Félix. Nous arrimons le camper-van aux prises d’une pochtronne qui tient sont camping tout neuf aussi propre qu’une salle blanche de produits technologiques. On n’ose à peine aller prendre sa douche, pour ne pas salir. Et en plus, nous avons 1,8 kilos de côte bœuf à la plancha accompagnés des pommes de terre bouillies comme dîner. La télé du camper-van nous propose l’Open d’Australie de tennis, avec un match de 5 heures entre Djokovich le préféré des enfants et son adversaire suisse du jour, Wawrinka, en V.O. 12 jeux à 10 au cinquième set pour Djoko, nous nous endormons vers 2 heures du matin. C’est fou ce que les lieux pèsent sur notre comportement et notre vision du monde.

En hausse : la gaité des soirées ensoleillées jusqu’à 20H30

En baisse : la tristesse des soirées tropicales vides qui commencent à 17H30

La phrase du jour : « Tu sens que le peanut butter ça te bouche les artères… ça colle partout » Julia

 

J140 lundi 21 janvier Environs d’Adélaïde Deep Creek 24°C

Nous continuons sur le même rythme lent. Réveil tardif. Discussion à propos d’un voisin peu coopératif qui a fait stopper le chantier de la maison à Bruxelles, test de notre bâche rétractable électriquement pour améliorer le quotidien du camper-vanner, douche à laquelle nous avons déjà repris goût, fin de séchage des lessives au soleil, il est déjà tard. Nous quittons Mont Compass pour Victor Harbour, sorte de petit Juan Les Pins local, toutes proportions gardées, animé par la même tranquillité calme et assurée des Australiens, loin de tout et ne doutant de rien. Nous déclinons les offres d’activités à l’anglo-saxonne (cheval qui tire une charrette jusqu’à Granite Island par exemple), du papy volontaire du centre (ils sont tous volontaires les retraités ici ?), mais repartons du TCI (Tourist Information Center) avec des kilos de documentation, quelques idées mal affirmées encore. Et nous profitons du légendaire confort anglais. Change simple de $ (US) en $ (AUS), au taux de 1 pour 1 et au coin d’une table ouverte sur le centre commercial. Achat d’une puce de téléphone qui donne droit à avoir un numéro de téléphone australien et des tarifs hors concurrence pour l’Europe. Fin de remplissage supermarché, attention les prix australiens sont plus élevés que ceux de l’Europe, mais dans ce pays d’éleveur, la viande est belle et bonne.

Nous finissons la journée dans un camping (camping = semi-sauvage sans électricité, toilettes… par opposition à camper-site = tout confort) dans le très réputé et désert parc de Deep Creek. Oiseaux, forêt primaire australienne, vue magnifique sur l’Océan bleu marine, un paradis perdu depuis quelques mois. Nous admirons le coucher de soleil en famille, comme les kangourous sauteurs joyeux. Ce soir, salade d’avocats tomates et pâtes à l’huile d’olive locale pas mal du tout. Le rêve australien. Ils sont cool ces Aussies. Et Fédérer étrille son adversaire du jour à Melbourne, pour une finale annoncée contre son meilleur adversaire Serbe ? La vie est simple et belle ici.

En hausse : les kangourous, les mouches, les cacatoès

En baisse : les klaxons, la pollution

La phrase du jour : « On est bien ici et c’est super beau » Garance

 

J141 mardi 22 janvier Environs d’Adélaïde 24°C

Lever du soleil sur l’horizon de la mer, à 6H22, pour Chris, seul. Superbe ciel optimiste d’Australie. Les kangourous et les lapins sont de la partie. Pas un pays de végétariens. Un pays de d’herbivores. Un endroit tranquille.

« Tu as noté pour le journal de bord, le kangourou tout à l’heure ? Je ne croyais pas que c’était possible de donner à manger dans la main comme ça à un kangourou… » Garance. Une journée qui commence ça, animée par un jeune kangourou curieux, est forcément une bonne journée. « On n’est pas embêté par les voisins » et « tout droit en face, c’est la côte du Pôle Sud » Choupie. Sur la route indolente et sans véritable objectif et encore moins de timing, vignes, oliviers, moutons. Des gens biens ces Australiens. Pour ajouter au pittoresque, passage de la Murray River en bac sous une nuée de cacatoès bruyants. « Il doit faire froid chez vous en France en ce moment ? » « Oui, entre 15° au sud et moins 5° au nord. Celsius ! » « Wahou » le gars du bac en rentre les épaules rien que d’imaginer un froid pareil.

Un peu plus loin, à Meningie, nous arrêtons le camper-van au bord du lac. Joncs, pélicans, mouettes, corneilles en queue de pie, poules d’eau, pêcheuses photographes, Russes, Français (la mère engueule son fils) et Aussies. Camper-site tout confort.

En hausse : les cacatoès blancs

En baisse : les ibis à tête noire

La phrase du jour : « Je fais l’école avec un kangourou dans le dos ! » Julia.

 

J142 mercredi 23 janvier Sur la route 25°C

Une journée qui commence, au bord d’un lac à joncs colonisé par les poules d’eau et les pélicans et où, une sorte de corneille blanche et noire, vous picore les doigts de pieds entre les tongs, ou vous fait déguerpir de son territoire en se posant sur votre tête pour aller détruire une chaise du voisin tout en philomélant comme un rossignol à ramage rauque, est une journée qui commence bien. Après l’école, nous zigzaguons en camper-van, au grès des cartes et des panneaux marron qui indiquent les lieux intéressants. Vers l’intérieur, grandes étendues brûlées par le soleil, vaches, moutons, bleds paumés. Vers la mer, dunes, lagunes aux eaux vertes écumantes, oiseaux. Très apaisant. Une sérénité différente de celle de l’Asie, nature.

Panneau marron dépassé indiquant « Loop Road » et camping (site de camping semi-sauvage). Petite marche arrière pour nous engager sur une mauvaise piste de tôle ondulée. Et le merveilleux se produit. Toute la famille, les pieds dans le sel d’un immense marais salant abandonné, désertique et blanc battu par le vent. Eclairage magnifique grâce au sol blanc et à la lumière d’après-midi avancé. Evasion immédiate pour Julia grand sourire. Poirier salé torse nu pour Félix. Bras levés en V de Victoire de Garance toujours élégante. Jeux. Sourires des parents ravis qui courent derrière un billet en dollar envolé. Le sol de sel est par endroits dur de gros cristaux, parfois cassant comme de la neige de printemps, parfois mousseux de fleur de sel. Photos, provision de sel et rinçage rapproché par la maîtresse de camper-van avant que son monde ne rentre dans son logis roulant. Un grand moment comme nous en attendions depuis longtemps. Les chaussures à tremper pour dessaler.

Autre panneau marron dépassé indiquant « Granites 3 KM ». Granites ? Mais 3 kilomètres, même à 19H00, ça se fait, d’autant que nous longeons des dunes depuis longtemps, sans avoir vu la mer vraiment. Nouveau merveilleux. Plage de sable à perte de vue, animée par trois gros rochers en forme de baleine accompagnée de deux baleineaux. Il y a du vent, des petites vagues et une lumière magnifique. Les enfants courent, montent sur le dos de la baleine, un Australien fonce sur la plage en voiture et disparait dans la vapeur d’eau vers son lieu de pêche marée montante, Chris prend des photos et profite de l’instant, Choupie se rapproche des Landes, berceau familial. Absolument magique. Garance écrit dans le sable. Julia en pantalon a de l’eau jusqu’au genou. Félix court derrière les filles. Les deux grands finissent tout habillés dans l’eau chaude des petites vaguelettes.

Une grande journée qui finit au très tranquille camper site de Kingston, sous le phare, face à la mer, dont nous séparent une route et une immense pelouse verte où un Aussy tout rond fait voler son cerf-volant kaki militaire à longue queue. Bon anniversaire Gilbert, bien rentré à Nice avec Evelyne après leur retour via la baie d’Along.

En hausse : tout

En baisse : rien

La phrase du jour : « VIVE LA LIBERTE Garance Barnoin PAS TOUCHE » Garance dans le sable de Granite Plage

Si j’étais Australien

Si j’étais Australien, j’aurais un pickup 4X4 sérieux, avec des gros pneus à crampons, la sortie du tuyau d’échappement au-dessus du toit pour pouvoir aller partout sur mon immense territoire. A l’arrière, il y aurait mon chien et ma planche de surf. Sur la grosse remorque attachée à la boule, mon petit hors-bord en aluminium, avec un bon moteur, toutes les cannes et les leurres, pour aller pêcher le barramundi et le tarpon dans les lagunes et les estuaires et le red snapper en mer. Avec les potes on rigolerait bien en buvant des bières en attendant que ça morde ou en remontant les casiers à langoustes. Une ou deux fois par an, on participerait à un concours de pêche. Le soir, on regarderait les matchs de football gaélique la télé en famille et on supporterait Cambera, parce que la famille est originaire de là-bas. Tous les week-ends, les parents viendraient manger un bon BBQ avec nous dans le jardin, ils adorent les saucisses de Macintosh et les hamburgers de Dad sont fameux. Après, on irait faire un petit tour à vélo avec les enfants. Pour les grandes occasions, je mettrais une casquette et un tee-shirt neufs et je paierais à la famille le restaurant où on mange le meilleur fish and ships du monde, avec du poisson tout frais sorti de l’eau et des pommes de terre bien de chez nous. J’aurais deux enfants, un garçon et une fille, une femme bien grasse, comme ses copines du voisinage. J’aurais tout ce qu’on peut espérer, je ne douterais de rien et je serais heureux. Si j’étais Australien.

 

J143 jeudi 24 janvier Sur la route 34°C et lourd

Lever du soleil au bord de la mer plate pour Chris vers 6 heures du matin. Un grand moment. Ecole, puis route vers Cape Jaffa, trou paumé à étonnante marina à canaux bétonnés, sol râpeux brûlé par le soleil et trois ou quatre maisons seulement pour assurer l’animation. Ça va être long pour en faire un nouveau Cogolin. Puis Robe, petit port de pêche et lieu de villégiature animé. Au port, les pêcheurs sont sérieux. Bateaux de 50 pieds neufs, avec cabine à l’avant et grande plage de pêche libre sur les trois quarts arrière. Les caisses de langoustes parfaites, en plastic orange, sur lesquelles le gars « in charge » pose les scellés avant qu’elles ne touchent le quai, pour aller ensuite les peser et les envoyer chez le mareyeur. Ici, on respecte la saison de pêche, la maille (taille minimum de pêche, un peu moins qu’un kilo), les quotas de casiers et de prises… on ne risque pas de tuer la poule aux œufs d’argent. 20 kilos aujourd’hui, autour de 40 à 50 $ le kilo pour les deux gars qui rentrent vers 13H. Largement de quoi aller se payer une bière et vivre tranquille ici. Pour ce qui est du fish & ships que Choupie attendait : parmi poisson, coquilles Saint-Jacques, frites, anneaux de calmars et salade de poulpe, seul éventuellement le poisson, dégagé de sa gangue universelle de pâtes à beignet graisseuse et sursalée, peut être mangé, si on a très faim. Les mouettes, qui avaient repéré le coup bien avant nous, ont droit à un festin facile sur le quai. Plus sérieux concernant la gastronomie à Robe, est le Fly Seafood et ses viviers conseillé par les pêcheurs. On y trouve toutes les langoustes vivantes que l’on veut, des raisonnables de 1 à 2 kilos, aux montres de 4 ou 5 kilos. On peut même admirer des crabes (pas des king-crabs, des vrais crabes genre tourteaux tropicaux) de plus de 5 kilos, capables, à 40 ou 45 ans, de couper le bras fin et délicat de Garance. Nous repartons de chez ce patron barrique sympa, avec une langouste de 1,5 kilos, la plus grosse qui puisse rentrer dans notre faitout de campeurs.

Dans l’après-midi, petit cap Creus (pour les amis de Cadaques Espagne) infesté de punaises vertes, baignade médiocre dans une baie fermée, route vers la Great Ocean Road, attraction majeur de la zone. Par ici, les britishs sont arrivés avec leurs coutumes : Bowling Club impeccables à drapeau pour dames anciennes à chapeaux et boules légèrement ovales ; Croquet Club, dans le même goût, mais parties mixtes ; Librairy, toujours parfaitement tenue ; Cricket Club, qui nous permet d’assister à des parties de fin de journée d’âges et de niveaux différents. Mais les gaéliques ne se sont pas laissé déborder complètement et ils ont aménagé de grands « ovals » (pour le football gaélique) partout. Les aristocrates contre les bagnards. Dîner Mac Do pour tenter de profiter de leur mauvaise connexion internet. Les Australiens, toujours plus grands plus grands, font des portions de 10 nuggets poulet au lieu de 9 ! Camping dominant le beau Lac Bleu de Mont Gambier.

En hausse : les petits signes amicaux (main ou clignotant) des Aussies pour remercier le camper-vaner sur la route

En baisse : le stress

La phrase du jour : « Le cricket, c’est pas la même intensité que le rugby » Félix

 

Langouste à la nage

Mettre la langouste encore vivante dans de l’eau douce pendant environ 1 heure pour la calmer. La jeter dans l’eau bouillante salée, avec un bon feu dessous. Quand l’eau de remet à bouillir, compter, selon grosseur, entre 10 et 25 minutes. Pour 1,6 kg, 12 minutes. Sortir la langouste précisément à ce moment-là et la plonger dans de l’eau froide salée pour la faire refroidir et raffermir les chairs. Dès que la langouste est à température, c’est prêt. Délicieux. Surtout quand on la langouste sort du Grand Océan Sud.

 

J144 vendredi 25 janvier Sur la route 34°C et lourd

Nous perdons le décompte des jours et des villes. C’est le bon signe du bonheur tranquille sur la longue route australienne. Nous somnolons d’un œil, l’autre en éveil, prêt à nous enthousiasmer. Les pleins pour donner encore plus de relief aux vides agréables qui ne laissent pas de place aux questions existentielles. Le temps qui passe si bien qu’il se justifie à lui-même, sans besoin d’autre compensation consommatrice. Le bonheur heureux du temps simple oublié.

Australie, pays d’éleveurs immense animé par les hippodromes de campagne. Vers le beau parc de Grampians, succession de paysage ouverts à l’infini, de forêts de conifères « national carbon stock project » (anti CO² donc) et de forêts d’eucalyptus. « C’est beau, l’Australie… » Félix. « C’est ça que tu voulais voir pendant le tour du monde petit père ? » « Oui ». Mais le grand truc du jour, c’est la langouste. Premier arrêt sur un camping-site désert pour la cuire et la refroidir. Nous en profitons pour sortir tous les draps, sacs de couchage et serviettes empestant la viande grillée de midi. Nuit sauvage, seuls au bord d’un golf (9 trous, sol brûlé) agrémenté de kangourous, d’oiseaux et d’une fourmilière. Super adresse donnée par le gars de la station service d’où nous captons la demi-finale de l’open d’Australie. Le grand Fédérer perd contre le méchant Murray mais la langouste tient toutes ses promesses accompagnée de spaghettis. « J’aurais pu en manger une comme ça à moi tout seul » Félix.

En hausse : les Rotary et Lion’s Club de chaque village

En baisse : les envies de connexion internet des enfants

La phrase du jour : « Tu devrais prendre la route en photo » Garance

 

J145 samedi 26 janvier Parc National de Grampians 27°C

Félix commence notre journée en improvisant une nouvelle danse aborigène, d’un pied nu sur l’autre, au-dessus de l’énorme fourmilière qu’il disperse à coups d’une branche d’eucalyptus balai. Pour le plaisir de ses sœurs et de ses parents. Journée à l’américaine. Ecole, TIC (Tourist Information Center), supermarché, puis, grands espaces vierges qui rassurent sur le niveau de pollution et de saturation mondial. Balcons suspendus ventés à vues spectaculaires, propices à l’invention de nouveaux jeux (bout de bois envoyé vers le bas de la falaise qui remonte et passe au-dessus des têtes). Distance entre les sites des quelques kilomètres à peine, parkings organisés, sécurité inoxydable, signalétique irréprochable (destination, temps de marche aller-retour, pictogrammes sympathiques), toilettes omniprésents qui provoquent le rire des filles… Cascades superbes et bien agencées tout public, baignade interdite. Magnifique et rassurant parc des Grampians après l’Asie. Nous mâtinons la sauce à l’américaine d’une discussion de fond sur l’organisation et le fonctionnement du cerveau. Passionnant.

Nous sortons du parc en fin de journée, vers 7H00, du soir, horaire très tardif dans une zone où la tendance est d’arriver au camping vers 10H00… du matin. Magnifique lumière, magnifiques paysages, ambiance de rêve dans la nature et dans le camping car. « Le black qu’on a eu en Inde ! L’Australie, c’est le paradis. Il n’y aurait pas les requins et les serpents, ce serait le vrai Paradis » Félix. Moutons dans les rayons de lumière du soir. Course avec un lapin. Emeus au bord de la route. « On pourrait dormir à côté des émeus, il y a plein de perroquets par terre » Félix. Kangourous en bandes dans les champs ou au milieu de la route. « On ne se rend plus compte, mais on est quand même au milieu des kangourous et c’est quand même quelque chose » Garance. Nous demandons notre route : « Do you have any idea of a camper-site this way ? » « Euh… Yes… Euh… on the right… heu not long » « Merci. Vous êtes français vous ! » « Oui » grand sourire du gars sympa, soulagé et éclats de rire dans le camper-van. Mais, pas de réseau télé dans le camping reculé de l’Aussy cool (tu parles, pour habiter dans un trou pareil il faut être très cool), qui nous indique un petit mont à « five K » (cinq kilomètres) d’où nous pourrons voir la finale dames de l’Open d’Australie de tennis en vidant les restes du frigo et sans eau dans le réservoir déjà vide. La féline, racée et blessée chinoise Li, supportée unanimement par notre famille, perd contre l’athlétique bucheronne biélorusse Azarenka. Encore un gentil qui perd contre le méchant, comme hier Fédérer contre Murray. C’est ce qui apporte les émotions les plus fortes, mais les enfants ne le savent pas encore. Seuls dans un camping-car, perdus à l’autre bout de notre monde une nuit de pleine lune, au bord d’une route en haut d’une colline, avec les joueuses à portée de voiture. Ça aussi, c’est une grande émotion. Mais là, les enfants s’en doutent déjà.

En hausse : les Indiens des Indes sur tous les sites

En baisse : le riz shan sauté aux légumes du jardin de nos amis des montagnes du Myanmar

La phrase du jour : « Moi, j’aurais appris deux choses pendant ce tout du monde : que j’ai moins peur des serpents que je ne croyais et que je vivrais dans le nord et pas dans le chaud tout le temps, ce que je ne croyais pas avant » Garance

 

J146 dimanche 27 janvier La route 25°C

De moins en moins, et pourtant de plus en plus contents et reposés. Route à travers les grands espaces. Digression déjeuner au bord d’un lugubre réservoir d’eau artificielle rouge de latérite, animé par les squelettes de grands arbres morts et des petites tortues à long coup vivantes. Attention à ne pas ensabler le camper-van. Recherche d’essence de maison en maison, en l’absence de station service, pour rencontrer une troglo et son fils bien avinés tous les deux et leur voisin moins atteint, Cordy, français protestants émigré du temps des guerres de religion (véridique bien sûr), qui nous cède un jerrican providentiel de gasoil. Fin de soirée à Hamilton, sur le parking du TIC, pour capter la finale de l’Open d’Australie. Djoko gagne. Grand soulagement familial, mais étrange finale qui n’a jamais vraiment commencé. Nous sommes bien sur notre parking, non ? Les garçons peuvent aller se soulager contre une palissade dérobée. Pour les filles et le reste, il y a les toilettes de plus en plus odorantes du camper-van et le TIC demain dès 9H00. La vie est belle.

En hausse : les câlins de Garance radieuse

En baisse : les stupas et les temples

La phrase du jour : « Si on veut descendre (vers le sud), il faut continuer à descendre » Choupie rire général « C’est beau l’Australie » Félix

 

J147 lundi 28 janvier De moins en moins 24°C

Le TIC est accueillant, comme tous les TIC’s et la dame très British à pointe d’accent anglais parfaite dans son rôle manucuré peint dans le même vert que le bracelet de sa montre. Dans Hamilton déserte pour cause de fête nationale, les grands moments de la matinée sont : la casquette et le ballon à l’enseigne australienne, les nouvelles tongs Target (Leclerc local) de Félix et Julia, les excellents capuccinos et chocolats chauds de la grosse dame sympa qui tient une bonne épicerie fine qui remplit les placards du camper-van. « C’est où la prochaine grande ville ? » Julia. « Tu crois qu’ils travaillent, les gens, ici ? On n’a pas encore vu de jeunes » Félix. Autrement, rien. Route déserte. Vaches. « Les vaches elles sont bonnes… on va les manger » Garance. Camping géant, au bord de la plage, un jour de veille de rentrée des classes. Surf envisageable. Petite école. Partie de foot américain sur le camping. La vie tranquille à l’australienne. « Ha, ça va, il reste cinq mois (de TDM)… je crois que je vais pas avoir la force de retourner chez les chinois, je veux dire les jaunes… » Félix.

En hausse : le British Victorien de l’Etat de Victoria

En baisse : l’élégance vestimentaire

La phrase du jour : « Ce qu’il y a de bien ici, c’est que les gens, ils ne sont pas stressés » Julia

 

J148 mardi 29 janvier Great Ocean Road arrivée 25°C

Débâcle des campeurs en cette veille de reprise de l’école. Spectacle étonnant des Australiens, arrivés il y a plusieurs semaines ou d’hier soir, qui mettent une heure et demie à plier tente, après avoir mis deux heures à déplier (hier soir, pour nos deux couples de voisins inséparables). 3,5 heures de camping statique sur 24 heures… Choupie s’énerve rien que de penser à tout ce temps perdu.

Félix longe la plage comme un surfeur en peine qui a cassé sa planche. Pas facile de quitter Warrnambool (juste pour le plaisir du nom), sa dune, ses maisons sea front à l’australienne, sa lagune protégée du vent où un gars pêche à la mouche des poissons qu’il relâche et où il fait bon prendre le soleil, son sable magnifique, son quartier chic à maisons d’architectes, sa baie des baleines, même si ce n’est pas la saison. Une belle nature pour les gens qui vivent ici heureux et pour nous, de passage léger. Un peu plus loin, nous nous perdons dans un quadrillage de pistes en T (la piste ne nous fait jamais peur, même en camper-van), au milieu des fermes vaches à lait. C’est un énorme poids lourd chargé de meules de foin en cylindres, à peine 6 ou 7 pour son gros camion, tout est large size ici, qui s’arrête pour nous indiquer le bon chemin. Extrêmement sympa, le gars n’a plus assez de dents pour arrêter son pilonnage de postillons qui inonde Choupie hilare et les enfants encore plus. Le gars, Mr White, nous laisse même sa carte, au cas où… Première à droite, première à gauche, simple, et nous voilà au Musée du fromage. Usine énorme, qui fabrique tout de même 33.000 tonnes de fromage par an (120 tonnes par jour !). Expérience intéressante de français gourmets amateurs de fromages entraînés à gouter du cheddar pasteurisé sous toutes ses formes : 10 mois de maturation, 20 mois (la différence n’est pas évidente avec la pasteurisation), au poivre (bof), avec des olives et des poivrons (« ça a le goût de dessus de pizza », c’est la crémière elle-même qui le dit). Pas vraiment convaincus, nous repartons avec un bout de cheddar « vieux » et une bouteille de vin australienne incertaine.

La Great Ocean Road (GOR) commence officiellement à Peterborough. Comme sur les magazines. Spectaculaire, beau, ensoleillé, photogénique, venté, superbe. Les falaises en reculant sous les coups de la mer ont laissé des donjons isolées qui résistent. La mer ici est comme aucune de chez nous. L’Océan Sud, dont les vagues arrivent de l’Antarctique et peuvent atteindre 30 mètres, ne ressemble à rien de connu, pas même au Cap Horn. C’est un Océan « spécial », avec des vagues à lui, puissant, violent même aujourd’hui où il est calme, avec un côté sauvage et rude. Rough disent les Australiens. Une grosse mer, pour de vrais marins. C’est tellement beau, ça change tellement souvent, falaise, baie, plage, dune, que nous nous arrêtons à tous les stops. C'est-à-dire tous les 500 mètres. Collecte de sable. Bain de soleil. Photos. Passes de rugby et de foot américain. Et à Worm Bay, baignade père-fils en caleçon, dans l’écume des vagues et le contre-jour du soleil d’une crique en demi cercle protégée par les falaises et la dune. Seuls. A part sur les pontons de bois à photo officielle, seuls. Dans un des coins les plus beaux au monde, un jour où l’Océan reste accueillant, seuls. Sans programme. Sans horaire. Sans but. Libres. Nous finissons la soirée en camping sauvage, à Port Campbell, entre lagune à pêcheurs et oiseaux, petit cap encerclé de vagues, d’écume et de rochers. Mix barbecue mouton-poulet mash potatoes maison, animés par des Aussies un peu avinés, vin australien choisi par la crémière qui passe de l’incertain à l’imbuvable. La toilette se fait à la douche municipale, pour les filles au milieu des campeuses Aussies réfugiées là pour un dîner bien éclairées. La vaisselle, au bout du cap, pour le coucher de soleil sur la mer et le golf, municipal et simple lui aussi. Le coucher, face à lagune. Grande journée.

A ce rythme là, nous n’atteindrons pas Cairns en un mois. Ni même Sydney. A peine Melbourne…

En hausse : le matériel de camping pas sauvage du tout des Aussies

En baisse : les kilomètres par jour

La phrase du jour : « On a le plein d’eau, le plein d’électricité et le vide de caca, on peut y aller » Chris (après les remplissages-vidanges du camper-van du matin)

 

J149 mercredi 30 janvier Great Ocean Road en plein dedans 24°C

Nous passons la matinée à naviguer entre : la lagune, ses pêcheurs sur ponton ou embarqués, ses quantités d’oiseaux avec mention particulière pour les amis pélicans, les ibis blancs à tête noire et les armées de poules d’eau ; le bloc des toilettes indispensable aux filles ; le petit cap, coincé entre l’immense arc de grandes dunes de gauche, les falaises de droite, le golf et ses petites maisons éclairées par la lumière de classe mondiale de l’Australie derrière, et bien sûr, la mer partout. Il nous reste de quoi caser l’école et le déjeuner avant de partir sous le ciel redevenu bleu.

Les spots sont bien indiqués, sur de grands panneaux marron. Immanquables donc et magnifiques. Une succession de spots spectaculaires, le long d’une falaise déchiquetée par la mer et le vent. Comme sur les cartes postales, en plus beau et presque seuls. Depuis de belles plateformes en bois à barrière d’inox, on domine la mer qui se fracasse sur les îlots, les pics isolés, les grandes arches. Majestueux en cette fin de saison touristique peu courue. On peut se sentir bien, ou mal, ici, selon le rapport que l’on entretient avec la mer, omniprésente et surpuissante ; si on résiste, ou si on est prêt à lâcher. Une sorte de révélateur intime, s’il y en avait besoin. Un grand site. Promesse tenue. Enthousiasme général.

15 ou 20 kilomètres parcourus dans la journée. Nous nous installons au camping de Princetown, centre touristique régional, avec ses quelques motels et « Motor In », son bar branché au coin des deux seules rues et ses jeunes à look travaillé. Nouveau spot à oiseaux entre lagune et mer. Mais ici, la baie un peu plus profonde et étroite finit sur une plage de sable. Il y a des rochers et des coquillages pour Julia. Il y des surfeurs au large sur les grosses « gauches » soulevées par un sec et la falaise qui font rêver Félix. Il y a des pêcheurs sur le ponton de béton pour Chris. Plus tard dans la nuit, les pêcheurs proposent à Chris de partir pêcher le requin depuis les falaises, dans le noir : « it’s a lot of fun and impressive yeah ! ». Malheureusement, il faudrait un véhicule pour revenir de la pêche, les gars sont venus sur le ponton attraper leurs appâts à requins et repartent vers chez eux. Dommage. Toujours sympas et accueillants ces Aussies.

En hausse : la mer

En baisse : les kilomètres parcourus chaque jour

La phrase du jour : « Vous auriez dû venir avec nous à la dune. Avec la dune, le sable, les oiseaux, les vagues, c’était magnifique » Garance

 

J150 jeudi 31 janvier Great Ocean Road émotions fortes 20°C

« Moi, ça m’a touché ce qu’on a vu hier » Félix. Aujourd’hui, il pleut. Le Scenic Tour en hélicoptère va devoir attendre de meilleurs cieux pour nous convaincre. Fidèles à notre stratégie Kantienne, nous explorons toutes les capillarités de la route. D’ouest en est, dans le bon sens de notre Tour du Monde, nous empruntons toutes les routes, chemins, sentiers, de droite, vers le sud et la mer. Stratégie dispendieuse en temps de ceux qui jouissent de n’avoir ni guide, ni programme. Les chemins signalisés en marron, amènent aux spots les plus réputés, les petits chemins de traverse aux émotions les plus fortes. Nous nous régalons avec tous les plats de la carte.

Cette fois, c’est un sentier, à travers le maquis australien, qui descend jusqu’à la mer, beaucoup plus forte aujourd’hui que les jours précédents, avec des murs de trois mètres de haut sur des centaines de mètres de large et une puissance hors norme. Pluie, boue, glissades, froid, vent, bruit étourdissant… tout pour être heureux. Garance « C’est beau ! ». Julia « J’aimerais être sur le voilier là-bas ». Félix « Putain, regarde, il y a des surfeurs ! Ha, non, c’est des dauphins ». Choupie « Des dauphins ou des requins ? ». Julia « Des dauphins ». Félix « C’est quand même énorme ! ». Choupie « Impressionnant ! ». Garance « J’adore quand la vague explose ». Félix « Regarde cette série de gauches (surf), regarde la cascade (île percée qui se vide de l’eau chargée par une vague) ». La bande d’écume et de mousse fait plusieurs centaines de mètres de largeur et sur notre droite, les vagues entrent dans une crique demi-cercle de falaise sur laquelle elles rebondissent. Spectaculaire Océan Sud. Seuls au monde, trempés, écorchés, couverts de boue, refroidis et contents, pendant la remontée vers le camper-van, nous nous perdons dans les broussailles. Pour les serpents, il fait froid, Chris a pris Garance sur les épaules et nous faisons le plus de bruit possible. Ambiance radieuse autour des sacs poubelle dans lesquels finissent chaussures et vêtements. « Wahou, maman, on dirait une serpillère » Garance écroulée de rire.

Quelques minutes plus tard, seuls les garçons tentent la deuxième piste secondaire. Chris en bermuda et parka, Félix en maillot de bain et tee-shirt, les deux en tongs faciles à laver. Sous la pluie, par le petit sentier où les tongs restent collées à la glaise jaune, ils descendent jusqu’à la mer. Avec le vent et les grains, elle a encore pas mal forci et ici, pas d’île à quelques centaines de mètres du bord pour la casser. « Attention Félix ! Ici, c’est chaud. Il faut rester vigilant ». La mer monte, elle est très forte. Les vagues balayent la plage sur 30 ou 40 mètres. Les creux sont de 3 mètres à peu près et ils se lèvent de plus d’un mètre quand ils arrivent au bord. Les vagues arrivent par séquences très rapprochées. Le ressac de l’une a tendance à casser la suivante. Mais quand ce n’est pas le cas, ça fait une belle explosion, qui coupe l’accès à notre promontoire objectif, qui s’avance au milieu de la baston, protégé par un sec sur lequel les vagues se lèvent et s’écrasent. Bien calculer son coup pour pouvoir monter et surtout, revenir. Ne pas rester trop longtemps sur le promontoire pour être sûr de pouvoir rentrer malgré la mer qui grossit et les grosses vagues des séries qui remplissent d’écume le petit canal que nous devons enjamber. Les tongs sont restées en bas du sentier, engluées dans la boue sablée. Nous avons du mal à tenir sur notre proue engagée face aux vagues qui arrivent de l’Antarctique. Les barres d’eau verticales arrivent plein fer sur la pointe de notre promontoire. Elles explosent. Certaines montent jusqu’au dessus. A gauches, les vagues empruntent une large passe qu’elles ont creusé dans le rocher pour s’engouffrer dans un cirque géant complètement recouvert d’écume. Il ne ferait pas bon tomber dans ce tumulte de courants contraires dont la mousse vole. A droite, les vagues longent le promontoire, glissent sur le sec jusqu’à la plage de sable en remplissant de temps en temps le canal. « Wahou ! » « Wahou ! » « WAHOU ! » C’est tellement beau et fort, que Chris et Félix en hurlent de bonheur. Il fait froid. La pluie est tellement forte qu’elle fait mal et Félix et tee-shirt se cache derrière Chris. Félix « Regarde ! Regarde celle-là. Elle est énorme ». Et celle-là passe le sec, explose sur notre proue et nous recouvre d’écume comme le reste du promontoire. L’heure de la retraite a sonné. Attention au petit canal. Une vague, deux vagues, il se vide enfin. Nous regagnons le sable et les tongs engluées. Vagues père-fils inoubliables d’émotion et de puissance sur notre promontoire de pierre submergé d’écume. Frigorifié aux mains violettes pour Félix et jambes couvertes de boue, il ne reste plus qu’à raconter ça aux filles. Mais ça ne se raconte pas. Ça se vit.

En hausse : les émotions fortes

En baisse : les stocks de nourriture dans le frigo et les placards

La phrase du jour : « C’était super aujourd’hui… c’était génial même » Félix le soir sous la douche

 

J151 vendredi 01 février Great Ocean Road – Cap Otway – Apollo Bay 20 °C

Après l’optique trigonométrique, le latin et les maths, matinée Great Ocean Road touristique, dont le site le plus connu mondialement, au moins pour ses photos même si on ne connaît pas son nom : « Les 12 apôtres ». Piliers énormes, comme plantés dans le Grand Océan, énorme lui aussi. Lumière superbe. Bruit envahissant. Inhumain, mais magnifique. Epoustouflant, grandiose, tous les superlatifs des salons précieux sont largement mérités ici. « Pour moi, c’est des sortes de fossiles géants. J’aimerais bien faire un métier où on voit des choses comme ça vieilles et belles » Garance. « Elle est énorme celle-là. J’adore ces vagues » Félix. « J’ai compris pourquoi ça ne me touche pas : c’est totalement minéral. Il n’y a pas de vie. Je suis plus touchée par la petite lagune d’hier » Choupie. « Merci maman, je suis comme toi » Julia. Tout est bien organisé par les Australiens et « comme il faudrait que ce soit ». Ici, on respecte la nature, sauvage et le client, avec simplicité et goût. Au gré des vagabondages, les parents retombent sur le promontoire exposé d’hier. Le coin s’appelle Sherbrooke River. Par temps calme, Choupie accepte d’y monter. L’eau oxygénée par les remous, le vent accéléré par les falaises nous lavent le corps et l’esprit. La nuit, toute la famille dort bien.

Mais la journée commence à peine. Elle continue avec la traversée de petits cols au milieu d’une immense forêt d’eucalyptus. « On se croirait au Bhoutan » Garance. Nouvelle digression, vers Cap Otway. Le long de la route, une compagnie de koalas déplume consciencieusement de pauvres eucalyptus impuissants. Il y en a partout, des koalas et des eucalyptus. « La seule chose que tu as envie de faire, c’est de les prendre dans tes bras » Garance. « Ils ne sont pas sérieux ces animaux-là » Chris. « Moi, j’aime tout, chez les koalas » Garance. Nous passons un grand moment à les observer, surtout les quelques uns qui bougent, certes lentement, mais aussi drôlement, en essayant d’atteindre les dernières feuilles des arbres défeuillés. Australie, pays du grand requin blanc et du koala. Un continent où le koala a résisté à la pression de l’évolution, est forcément un continent tranquille. A cause des koalas, nous ne verrons peut-être jamais le phare d’Otway. Point le plus austral de l’Australie, qui ferme à 5 heures. Et il est 5H15. Mais nous sommes venus jusque-là, comme jusqu’au Cap Horn et à la pointe sud de la Nouvelle-Zélande. Puis jusqu’à Apollo Bay, où nous rechargeons les placards et le frigo chez Coles, abandonnons l’idée du chinois devant le rapport qualité/prix et finissons au camping Big4, avec de magnifiques et presque délicieux filets de bœuf. « Gourmet » dit le paquet.

Hausse : les fous-rires de Garance

En baisse : en baisse ?

La phrase du jour : « « C’est magnifique encore aujourd’hui. Hier c’était émouvant et aujourd’hui, c’est magnifique » Félix

 

J152 samedi 02 février 31 janvier Great Ocean Road- Lorne 23°C

Notre bonheur du jour. Camus, qui fait apprécier à Julia la difficulté de synthétiser un texte faussement neutre et simple. Le latin, qui commence à plaire à Félix qui connaît toutes les déclinaisons et un peu de vocabulaire guerrier. Garance qui révise son année de mathématique déjà bouclée pour se rassurer. Une éducation plus classique que les enfants n’imaginent, aussi loin de leurs pénates. Les jeunes qui font le ménage du camping sont français. Avec une petite école de commerce, c’est mieux payé ici, qu’un job de bureau en France. Ils ont trouvé du boulot, littéralement, du jour au lendemain.

Déjeuner fish & ships. Excellent pour le cholestérol de celui qui aime la farine graisseuse et le poisson mou, le tout baignant dans le sel pour relever le bon goût. C’est Apollo Bay qui marque la fin des falaises de l’ouest et le début des plages douces de sable de l’est. A partir d’ici, plus de falaises mais une belle route à fleur d’eau, de sable et de rochers, à tiers-chemin entre Bretagne, Corse et Australie surfeuse. A peine partis, vers 14H, heure locale, tout de même, nous faisons un stop cueillette de mûres. Enormes, excellentes, serpents putatifs repoussés au balai, les mûres remplissent un saladier malgré les razzias familiales. Félix rêve de surf en étalonnant son niveau sur celui des Aussies. Les arrêts sont fréquents. Nous finissons devant le magnifique ponton de Lorne et ses deux commerces : Le Seafood Pier restaurant & Bar et la Lorne Fisheries. La cuisine pseudo-fusion du restaurant est Australian Standard, massive et roborative. Nous la laissons aux locaux pour une bière et un jus d’orange frais pressé (mélange de Tropicana et de Tang en poudre). La serveuse nous change gracieusement le jus d’orange contre un thé. Elle est française, biologiste et vient perfectionner son anglais : « 16$ de l’heure, 5 jours, 7 heures, mais il y en a qui sont mieux payés, 20$, 7 jours, 12 heures. Ils font la saison et ils repartent. C’est le premier restau où je me suis arrêtée demander du travail. On est une quinzaine de français à Lorne ». Belle vue sur l’océan calme, la marée basse, la « jetée ». Un beau ponton design : la grande affaire des pêcheurs, des amoureux, des passants, des gens. La promenade tranquille de Lorne, Australia. Les pêcheurs accueillent chaleureusement les visiteurs étrangers : « How do You say marry me in french ? » « Veux-tu te marier avec moi ? » « She has to say Yes! » un pêcheur australien de 22 ans.

En hausse : le surf, la pêche

En baisse : les espoirs de dîner en amoureux

La phrase du jour : « C’est Excalibur » Choupie essayant de retirer le pied de notre table-lit escamotable

 

J153 dimanche 03 février 2013 Great Ocean Road- Lorne/Queenscliff 20°C

Nos nouveaux bonheurs du jour. Le vrai poissonnier grec de Thessalonique du quai de Lorne, Australia, qui écoute de l’opéra, adore le sud de la France, supporte l’Olympique de Marseille, assure les pâtes aux fruits de mer du soir et nous offre de l’ail et du poivron du jardin de sa mama. Les mêmes thèmes d’école qu’hier avec des séries qui se bouclent et des réflexes qui arrivent. La route douce à belles vues et mer colorée. Les vagues parfaites pour surfeurs que Félix ne juge pas au niveau. Une baignade et un pique-nique sous le phare blanc et rouge de Split Point. On sent qu’on se rapproche de Melbourne. Torquay, capitale mondiale des marques de surfeurs, où ont été crées Quicksilver, Rip Curl, Glauf et Billabong : des plages partout, des surfeurs partout, un supplice pour Félix ; heureusement, aujourd’hui les vagues sont petites. Le phare de Lonsdale, par courants contraires, qui assure l’entrée de la baie-mer intérieure de Melbourne, au milieu des secs à perdre son bateau dans le relâchement et l’euphorie après 3 mois de mer depuis Plymouth, England. Sur le ponton, comme sous les phares, on est presque déjà en mer. La Petite ville ancienne de Queenscliff. « Si on voit un saloon comme dans les westerns, on s’arrête prendre la photo du dimanche, c’est obligé » Garance. En plus, il y a les restes d’un festival de voitures anciennes, des américaines chromées des années 50’ et des Zizi Top à foison, dont la majeure partie « crusent » en ville ou se reposent à notre camping à côté de leur propriétaire barbu à panse majestueuse.

Les pâtes aux fruits de mer de la cuisine équipée du camping sont certainement meilleures que les plats à 30$ des restaurants de poissons. La vue sur l’immense « oval » de football australien éclairé par les derniers rayons du soleil fait le reste. Nos jeunes amis suédois du soir sont très sympas. Impressionnés par notre technique, nous faisons connaissance en les guidant pour leurs premières moules marinières, mal parties avec un fond d’eau au citron. Elle parle français, il cultive des betteraves à sucre près de Malmö. Dernier phare de la journée en amoureux pour les parents.

En hausse : le climat océanique

En baisse : les tongs

La phrase du jour : « J’habiterais bien ici, moi… » Félix, « Moi aussi. En fait, je ne sais pas… » Garance

 

J154 lundi 04 février 2013 Baie de Melbourne 24°C

IMG 6497 QUEENSCLIFFDe plus en plus à la cool australienne. Entre l’ovale de football local, les moquettes et pelouses du bowling club, le phare de Queenscliff : no stress. Nous admirons les vieilles bagnoles. Notre préférée ? La ZZ top jaune avec sa mini caravane vintage, ronde, couverte de lattes de bois clair verni, entièrement aménagée comme un meuble à complication. Les Else Angels de l’automobile rentrent tous chez eux se préparer pour l’année prochaine. Dans un pays jeune et anglo-saxon, tout est neuf. Quel beau pays ont les Australiens. Géant. Divers. Spectaculaire. Peu peuplé. Loin des flux migratoires historiques. Calme. « Le drapeau sur notre caravane ?  C’est le drapeau Erica. En souvenir du soulèvement de la ville de Ballarat contre les impôts du pouvoir central. Le seul soulèvement connu de toute l’histoire de l’Australie… ». Un pays d’avenir aussi.

Nous traversons la baie en ferryboat nickel. Très belle petite traversée de la baie-mer intérieure de Melbourne. 80 kilomètres pour la demi-boucle ouest (embouchure Melbourne), une centaine pour la boucle est. Beaucoup trop pour nous en une journée. Premier arrêt à Sorrinto, immense Dune du Pila locale. Plages méditerranéennes côté baie, rochers en vagues atlantiques côté océan, maisons très in avec ponton, golfs, allée tenues « à l’anglaise ». Une Australie hype, huppée et riche insoupçonnée. Avec nos tenues éculées et nos poils divers, nous n’osons même pas descendre du camper-van. Petite poussée jusqu’au bout sauvage de la presqu’île à Point Lonsdale, là où étaient mis les immigrants en quarantaine, avec leurs animaux, quand ils débarquaient de leur long voyage en mer.

Vers Melbourne, côté baie chaud, succession de campings le long de la plage. Nous changeons de versant, vers Flinders, plus exposée au vent du large. Superbes vues depuis l’arrête. Parking désert devant la jetée à pêcheurs ou belvédère de falaise adossé au golf au-dessus de la mer et des surfeurs : nous avons le choix. Nous prenons les deux. Plage pour tous où Garance donne à manger les mauvais biscuits ramollis aux mouettes ravies. Falaise avec analyse des vagues et des bons surfeurs cette fois, pour Félix, couché de soleil sur le sable, à droite pour Julia, à gauche pour Chris. Chacun trouve ses espaces de liberté personnelle dans le grand bain de la liberté australienne.

En hausse : la pêche sur jetée, le mal de dos

En baisse : le rythme

La phrase du jour : « C’est calme… » Choupie

 

Australie

Rien ne pousse au mysticisme ici. Les questions métaphysiques sont emportées au loin par les pistes aborigènes qui sillonnent le beau continent, ou dissoutes dans l’Océan immense qui entoure de toutes parts. Pas assez d’hommes. Quand la densité est trop faible, la proximité ne joue plus son rôle de miroir grossissant. On se retrouve au barbecue du dimanche ou aux mariages pour échanger des nouvelles. Trop de richesse aussi. Il n’y a jamais eu de temps assez pauvres et lointains pour que les habitudes se prennent et que les relents des temps anciens ne viennent teinter le quotidien actuel. Juste une tradition qui se perpétue. Pas assez de différences. Tous fermiers, sur des territoires vierges et pauvres qui impliquent des exploitations trop vastes pour les bourgs, ou commerçant dans de petites villes, vite construites, extensibles à l’infini, sans immobilier historique discriminant. Une origine peu encline au questionnement. Travail physique, beauté rude de la nature, aussi proche de la chasse et de la cueillette que du blé et de l’orge. On parle pêche, sport ou chiffon. Les philosophes grecs ou allemands n’ont jamais vraiment traversé la Manche, encore moins les océans lointains. Et au cas où… il y a la bière.

 

 

J155 mardi 05 février 2013 Melbourne 25°C

Drôle de journée. Réveil au son des vaguelettes tranquilles. Petite inspection de début de journée de la jetée aux pêcheurs renouvelés par la nuit et le petit matin. Canoë plus ou moins difficilement mis à l’eau par des pêcheurs esthètes et des sportifs débutants. Route agréable à travers la péninsule et ses eucalyptus, le long des haras et des élevages de poulets, des écoles à uniforme avec large chapeau bleu ou rouge. Voilà la meilleure part.

Tentative d’anticipation infructueuse au TIC de Frankston : il faudra aller, dans Melbourne, en camper-van, comprendre comment cela se passe. Difficile transition entre 15 jours de liberté naturelle et les abords touristiques de la grande ville, puis de la maison sur le dos vers un appartement pas facile à trouver. Le camper-van et les enfants sur un parking de la marina rêvée mais mal vécue, SuperChoupie finit par nous trouver le penthouse newyorkais de rêve, tout à pied dans le centre, terrasse, voisins avec toit salle de gym ou tennis, vue sur un bras de rivière domestiquée et les gratte-ciels alentours. « C’est génial ici » Félix « J’adore » Garance. D’ailleurs, c’est écrit au dessus de la table de la salle à manger : « hapiness is not a destination. It’s a way of life ». A Melbourne et bien amortis. Sans envie de bouger de l’appartement chèrement trouvé. La ville autour, en bas. Juste être bien là.

En hausse : la fatigue

En baisse : les tongs

La phrase du jour : « Ils sont en plein boum ici » Choupie, « Y’a que nous… on est des cons » Félix

 

J156 mercredi 06 février 2013 Melbourne 25°C

Légers comme un escargot devenu limace. Rien, ou presque. Entre école, épilation des grandes filles épiées par Garance, ticket de parking à renouveler sur le camper-van pour Chris et repos de Félix. Marches familiales diverses dans la ville. Comment marcher le dos droit, avec des bas de pantalon collant à partir du genou, des lunettes design et une chemise italienne à col fermé, en envoyant seulement la jambe chaussée d’une bottine à bout très effilé pointu en avant ? La mode a largement rattrapé les hommes du monde. Le marketing plus fort que la génétique. Le triomphe de la culture sur la nature. Dans la chaleur lourde du quadrillage carré de Melbourne en février, ce ne sont pas les bouches de métro ou d’égout qui dégagent de la vapeur comme à New York, ce sont les bouches de parking qui déversent leur air conditionné dans la rue. Le train suspendu passe bruyamment. Les gens du centre, coincé entre deux gares géantes, l’ancienne et la moderne, ne l’entendent pas. Après Zara, internet dans le lobby de notre Best Western, nous casons un chinois haut de gamme de fin de journée. Les enfants parlent de l’école avec joie.

En hausse : le Lagarde & Michard, XVIIIème siècle (après Moyen Age, XVIème et XVIIème)

En baisse : la vie au grand air frais

La phrase du jour : « C’est bien ici, il y a plein de jeunes partout » Félix. « Il y a des trucs bien partout, même en France. Moi, je veux défendre mon pays, même si ça ne va pas très bien en ce moment » Garance

 

Marina à Melbourne

Le grand projet de Melbourne, c’est la réhabilitation de ses docks en marina d’extension de centre-ville. Comme Londres, un modèle, comme Oakland, la réussite voisine NéoZ de la coupe America. Nous visitons un appartement au dernier et 21ème étage d’un immeuble avec vue « mer », c'est-à-dire plein nord, sur le port et obscurcie à 50% par l’immeuble d’à côté, un peu plus haut et un peu plus avancé vers l’eau. Choupie n’est pas convaincue. Triste, petit et sombre en plein après-midi radieux dehors. La marina est loupée. Brûlante de chaleur et froide de vie. Il n’y a personne sur les quais trop larges qui ne mènent à rien. Les eaux troubles peu engageantes de fond de port sont infestées de grosses méduses blanches abasourdies. Les immeubles trop alignés se disputent statut, soleil, vue et acheteurs éventuels. Car personne n’habite ici. Les immeubles sont vides. Et il s’en construit encore plusieurs, mais le rythme est au ralenti. Le côté fond de port est tué par sa nudité, pas d’immeuble, les allées voitures et trams et un stade sponsorisé par une compagnie aérienne lointaine. En face, la sortie mer est obstruée par un pont géant autoroute. On est loin de la grâce du pont réussi de Vladivostok. Faire le tour du faux port relève de l’effort, pas du plaisir. Il règne ici une ambiance d’alentours du Stade de France un jour de non-match. Un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de la tête des maigres passants rajoute à la cacophonie désagréable. A la terrasse des innombrables bars, deux consommateurs en tout. Il fait chaud. Il n’y pas d’ombre, presque pas de bancs pour s’asseoir. Les architectes et urbanistes du projet ont été guidés par leur ego et celui des clients putatifs des promoteurs, non par l’alter ego. Choupie, avec ses antennes fines a refusé le projet. Chris était prêt à tenter le coup deux ou trois jours, plus comme expérience et tentative, pour essayer de comprendre, que comme envie réelle. Des « Chinois » visitent pourtant, d’un air bien décidé, en suivant un autre chinois, plus australianisé celui-là. Le commercial immobilier international type. Les yachts à quai sont énormes, tous entre 20 et 30 mètres. Les vrais bateaux sont ailleurs. Quelques uns en face, mais pas assez pour faire vrai, ni pour créer une ambiance de quai de Yacht Club d’Antibes. La mer n’est pas là non plus. Plus de béton et de CO² que d’eau ici. Melbourne ne vit pas avec sa mer. Les corridors créés entre les immeubles blocs provoquent des vents violents peu naturels. Des architectes de la terre sans talent manquent une fausse ville en mer. Irréparable à jamais, à l’échelle des générations humaines tout au moins. « Grand restaurant et bar waterfront à louer » Fitzroys 9275 7777.

 

J157 jeudi 07 février 2013 Melbourne 27°C

A part l’expédition des affaires courantes, reste juste assez de temps pour le Musée de l’Immigration. Australie, pays d’immigrants. 3 mois pour venir ici en bateau depuis l’Angleterre ou l’Irlande au milieu du XIXème siècle. Si vous êtes un ouvrier qualifié, un artisan ou… une femme, le voyage est gratuit, en troisième classe : une seule couchette par famille, quatre familles par cabine, dans un pont inférieur aveugle. Histoire assumée de l’arrivée d’un flux de blancs désirés et du contrôle des autres races et couleurs, interrompu seulement par les grandes guerres ou ralenti par quelques dépressions économiques. Intégration de minorités de tous les continents à une idée commune. Le musée comme ce que l’on voit et sent dans la rue. Français de Belgique autour d’un monde, se posant la question du bon endroit où vivre, les enfants passent en revue serrée et explorent toutes les salles du musée. Le meilleur cours d’histoire et géo depuis longtemps. Vers la sortie, on nous propose de participer à la création d’une œuvre d’art en fabricant des objets volants à partir de matériaux de récupération. Chacun accroche le sien au milieu de la forêt d’amis. Rêve assuré.

En hausse : le culturel

En baisse : le carnet de notes

La phrase du jour : « C’est super ce musée » Félix, « Oui et les activités, c’est génial » Garance

 

J158 vendredi 08 février 2013 Melbourne 29°C

Ils sont forts ces Britishs. Ils possèdent un art de la ville différent de celui des latins. Moins organisé, moins polarisé autour d’une grande place centrale, plus organique, plus aéré aussi, avec beaucoup de grands parcs. C’est peut-être ce goût des grands parcs de centre ville qui a fait qu’ils se sont installés dans des pays vierges et étendus : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande ? Melbourne est très sympathique et agréable à vivre, tout en étant peu jolie et bruyante. Si nous étions une plus jeune famille, nous « considérerions », comme on dit ici, une installation à Melbourne. Boum économique. Capitale d’une Etat dynamique et superbe. Activités culturelles variées. Centre sportif mondial avec l’Open d’Australie de tennis, un grand prix de formule 1, des matchs internationaux de rugby, de cricket et du football australien. Localisation géographique de classe mondiale, avec une baie et une double péninsule pour les week-ends et la pêche et la Tasmanie en face. Et surtout, des gens tranquilles et très sympathiques. Un environnement positif pour que les enfants grandissent sereinement.

Pour nous, c’est le décevant Aquarium, juste en face de l’hôtel, le long des berges de la rivière. Tristesse des pingouins mélangés aux manchots empereurs. Juste la belle collection de spectaculaires hippocampes. L’aquarium n’est pas connu. Il le restera. C’était une idée des petits. Sur l’autre berge, on fête le nouvel an chinois, avec des kiosques d’asian street food. Cela nous évite le MacDo et permet quelques expériences nouvelles, jamais croisées dans la vraie Asie : feuille japonaise carrée de 4 millimètres d’épaisseur de bœuf au miel, ellipse de pomme de terre frite de 30 centimètres de hauteur, calmar grillé à la sauce cacahouète. Heureusement, les toilettes publiques australiennes sont bien tenues. Belle vie au chaud de la berge nord, adossée aux immeubles et aux restaurants avec la largeur de la rivière pour assurer l’ensoleillement. En plein centre ville, le contraire exactement de la marina manquée. A deux pas, nous allons au NVGI « National Victoria Galery International ». La grande exposition est sur le Néo-impressionnisme. Les enfants français découvrent Signac et Seurat, Luce et Cross, le divisionnisme, le pointillisme, en Australie. Ça leur plait. Plus que les stupas. Ils s’arrêtent aussi devant les paravents japonais, les costumes et les ballets australiens, les céramiques chinoises et passent rapidement et fort justement les salles de grossière peinture XVIIIème. Un beau musée, avec une salle de repos arrière donnant sur un jardin. Une réussite. Il ne nous reste plus assez d’énergie pour aller visiter la prison qui faisait pourtant l’unanimité et promettait quelques émotions de nature différente. Mais c’est connu, les prisons ne font peur qu’aux honnêtes gens.

« C’est vraiment bien ici » Félix. « Oui, c’est super ici » Garance. « C’est la première ville où je me sens bien. Ce n’est pas joli, mais c’est bien pour vivre ici » Julia. Direction le camper-van. Dur dur de se retrouver à nouveau dans le dur qui bringuebale. Et c’est une bonne idée de quitter une capitale, un vendredi soir, vers 18H, en direction de la mer. Pour nous remonter le moral, nous stoppons chez Safeway pour remplir les placards vides. Mais surtout, il y l’Australie. A la première bifurcation de la grande route, à deux minutes du flux, nous trouvons un coin de parking entre mer, mangrove et lagune, opossums agiles, mouettes, pélicans, barbecue éclairé au néon, hamburgers maison et toilettes publiques. Belle nuit étoilée agrémentée par les odeurs d’égout émanant du camping car et une grande rigolade familiale autour des odeurs de pets.

En hausse : la ville

En baisse : le camping-car

La phrase du jour : « Je serais bien resté quelques jours de plus à Melbourne » Chris. « Oh oui allez, on reste, on reste… pourquoi en reste pas ? » les enfants