Myanmar 2

Le pays des gens gentils
Les grands sites avec Gilbert & Evelyne

 

J118 mardi 1er janvier 2013 Yagon/Moulmeine chaud, humide et couvert

Bonne année au petit déjeuner. Départ retardé par le chauffeur qui s’est pointé à l’agence et pas à l’hôtel. Passage par l’agence Gulliver, Gilbert et Evelyne font les mêmes réflexions que nous lors de notre premier passage ici. Ambiance décontractée, vouchers en ordre. Merci Renaud. Gilbert fait apprécier les toiles locales, les petits chiots ont grandi énormément en une semaine, il est temps de partir pour une assez longue route.

Amusant décalage entre le groupe de tourdumondistes aux étonnements tannés par la route, déjà habitués à la fluidité paraissant désorganisée de l’Asie, qui trouve toujours son chemin qui n’existe pas pour nous, et les nouveaux arrivants étonnés incrédules. Beaux paysages plats de rizières inondables, architecture différente de celle des montagnes, apparition des premiers bateaux des peuples de la mer. Les spécialités de la région sont les meubles en bambou et les nattes de bambou tissé. Temples typiques, restaurant typique, marchés typiques, tout intéresse Gilbert & Evelyne. Les plantations d’hévéas et les tapis rectangulaires de caoutchouc sont les premiers du grand voyage. Les enfants lisent, autre moment d’évasion, affalés dans le grand minibus, en daignant jeter un coup d’œil dehors de temps en temps. Choupie et Chris font la liaison. Les femmes discutent. Gilbert fait bien rire les enfants. Chris s’amuse. Nouveau groupe, autre équilibre, autres réactions. Hôtel agréable de fond de catalogue, surchargé à l’américaine de babioles tropicalisées. Etape de liaison fournissant une entrée souple en belle matière à toute la famille.  

En hausse : le rire, le typique

En baisse : la météo méditerranéenne du nord est

La phrase du jour : « tu as vu ça Evelyne ! » Gilbert, « Prends la photo Gilbert ! » Evelyne

 

J119 mercredi 2 janvier Moulmeine chaud et lourd

IMG 4858  LE BOUDDHA GUINNESS BOOKNous ressemblons de plus en plus à un groupe d’américains : casquettes, nombre, générations, appareils photos. « Il est marrant Gilbert, il a toujours des astuces » Félix. L’île du Shampoing est un ilot à quelques centaines de mètres de la rive, presque sous le grand pont en Mécano, où les rois allaient se faire laver les cheveux une fois par an. Les marques du pouvoir sont protéiformes à l’infini. Spectacle partagé entre oiseaux, lumières, temples, jeunes moines curieux, anciennes nones tondues qui tiennent à nous faire manger et Gilbert en pleine forme.

Avant le déjeuner, nous avons encore le temps de passer au Bouddha géant allongé. « Le plus grand d’Asie du sud-est ». Car ici, comme chez nous la hauteur des cathédrales, la taille des Bouddha compte. Gilbert doit une nouvelle fois enlever ses chaussures. Le Guinness book confirme certainement les 180 mètres allongés, du plus mauvais effet, datés de la fin du XXème siècle. Après-midi repos, puis coucher de soleil sur le point de vue. Belle vue sur la ville, le grand pénitencier, le fleuve, la mer au loin, le soleil qui se couche, quelques touristes dont un couple de français croisés à Kyaukme dans le nord. Les bouddhistes savent créer des lieux agréables, ici grâce à un chapelet de temples kitchs aux statues anciennes agréablement relevées d’anneaux psychédéliques et à une télé crachant à fond ses distorsions ventant la vie de Bouddha en dessins peu animés à quelques mètres du superbe coucher de soleil. Gilbert & Evelyne font leur expérience de la religiosité locale, égrenée le long des temples visités dans la nuit. Quant aux différences entre cultures qui cohabitent en ville, elles se notent au traitement réservés aux poubelles, selon la religion de chaque quartier. Dans un environnement de pauvreté homogène, certaines belles idées reçues de loin ont du mal à résister à la réalité du terrain…

En hausse : les différences

En baisse : les idées bien reçues

La phrase du jour : au grand Bouddha allongé « Boudu ! ils ne sont pas comme nous ces gens-là » Choupie. « C’est pas pour rien que la Tour Eiffel est connue dans le monde entier et Ça, uniquement connu des Birmans ». Julia. « Tu peux faire un James Bond ici » Garance. « Il y a quand même un côté comique » Choupie. « Tu me diras, nous, on fait des paquebots et ça ne veut rien dire non plus » Gilbert. « C’est le genre de truc, tu viens le voir une seule fois dans ta vie » Julia. « Et tu dis à tes enfants de ne pas venir. Il faut déjà que les gens connaissent la Birmanie. Et il n’y en a pas beaucoup ! » Garance.

 

J120 jeudi 3 janvier Moulmeine/Pahan chaud

IMG 4904 PIROGUE VERS PAHANPirogue en remontant le delta du fleuve large et languissant marron. Un ferryboat fait paraît-il- le trajet deux fois par semaine. Nous bénéficions d’une solide pirogue de transport massif en teck, y compris son large toit qui assure l’ombre quand il s’agit de touristes et un deuxième pont de chargement, quand il s’agit de marchandises. Attention à la hauteur sous barreaux, les myanmars sont plus petits et plus souples que nous : crâne bosselé pour Chris, puis Gilbert, puis Choupie et même Garance. Trajet peu spectaculaire, mais tellement mythique et tranquille. On rêve sans y croire de vivre quelques jours la vie des pêcheurs du fleuve. Envie de difficulté, rudesse, boue, vase, fatigue physique, mais aussi de sourires neufs et vierges. Au bout d’une grosse heure, même les élégantes pirogues à bords francs des pêcheurs et les villages, où jamais un seul touriste ne s’arrête, ont disparu. Ne restent plus que les cultures sur sol limoneux riche, quelques sourires, des piroguiers qu’on croise cigare à la bouche et chapeau sur la tête. Une journée sur un bateau est toujours une belle journée. En plus des habitants habituels, élégantes aigrettes blanches, faucons ou autres rapaces en couples, pluviers rapides, hérons, martinets, un beau martin pêcheur aux couleurs vives et bec orange. En regardant mieux, il y a des cultures et du monde partout, le long des berges fertiles. A bâbord, des pains de sucre qui rappellent vaguement Guilin en Chine, à tribord, une ligne de montagne, qui marque la frontière Thaïlandaise à moins de 40 kilomètres. « C’est bien la Birmanie » Félix. Temples, arbres somptueux, nuages, lumières, chaleur ou fraicheur selon les méandres du fleuve. Au bout de 3 heures, bientôt 4…, la chaleur, les sièges en teck dur, le bruit du moteur à l’air libre sans échappement, finissent par nous fatiguer. Il y a déjà longtemps que les enfants lisent, que les femmes parlent, que les hommes ont arrêté de prendre des photos. Le programme disait 3 heures de pirogue. Enfin un arrêt. Sur la plage de vase séchée, les hommes chargent leurs pirogues avec du teck d’exportation. Caché depuis le fleuve, le village est grand, identique à tous les autres villages, avec les mêmes échoppes, les mêmes produits, mais les visages changent avec l’ethnie. Nous pensions déjeuner ici, c’est seulement un arrêt café. Encore une demi-heure selon Choupie, une heure selon Julia, qui ont toutes les deux essayé de décoder l’anglais de notre batelier toujours souriant, plus agile comme marin que comme angliciste. Grand pont de destination au loin, puis tout proche, puis dépassé dans le désespoir mutuel, colline couverte de temples, chantier naval. Il nous aura fallu 5,5 heures pour accoster à Pahan, fatigués et contents. Vie agréable de notre famille sur le fleuve.

Expédition des affaires courantes : hôtel de classe internationale basse, confort neuf, comme le service, piquenique français dans les escaliers aménagés en lounge extérieur, dîner d’adultes dans « la » recommandation nationale du Lonelyplanet, en compagnie de tous les processeurs de ce guide magique. Bonne journée éprouvante.

En hausse : la pirogue

En baisse : le minibus

La phrase du jour : « C’est agréable de ne voir aucun touriste, vraiment aucun » Julia. « Juju, elle aurait préféré voir carrément personne du tout ! » Garance. « Non… » Julia

 

J121 vendredi 4 janvier Indépendance Day chaud

IMG 4994 TEMPLECe qu’il y a de bien, quand c’est l’agence qui a préparé le voyage, c’est que cela peut réserver des surprises. Thuya nous arrête pour une visite : Bayinnyi. Un temple, pour une fois plutôt joli, qui grimpe une falaise, plus difficilement pour nous que pour les singes, avec en bas ses bassins d’eau chaude et sa nurserie de poissons auxquels Garance, sponsorisée par des Myanmars, donne des boulettes de riz. Personne n’est disposé à monter. Surprise en haut avec une première étape qui semble être définitive mais ne justifierait pas la montée. En poussant un peu plus loin, un étroit chemin mène à une grotte à ciel ouvert remplie de Bouddhas bien ordonnés et accueillants. Pas de signalisation ici, il faut faire son expérience et son idée soi-même. Aller jusqu’au bout. Ne pas s’arrêter aux premières apparences. Les singes animent l’entrée en tenant, au mépris des règles de politesse, leur bouteille avec les pieds. La grotte n’est pas merveilleusement belle, mais nous rappelle la distance qui sépare notre culture de celle des bouddhistes. Une famille myanmar embarque Chris, pour une expédition lampe de poche de dernière minute, au fond du boyau dérobé d’une centaine de mètres, qui mène jusque dans la dernière petite salle, à la statue vénérée. Voilà la vraie surprise. Tout le monde s’agenouille, l’encens est allumé par bottes entières, chacun vaque à ses occupations religieuses simples à base de mains jointes et de prosternations rapides souriantes. Et voilà la petite troupe, tout aussi riante vers la sortie que vers la prière, qui repart vers la lumière. Merci Monsieur et toute votre troupe de jeunes filles, beaucoup plus sérieuses sur la photo souvenir que dans la vraie vie.

Nouvel arrêt, nouveau temple. Shyu Shwe Sa Yan cette fois. Ici la surprise est avant l’entrée, chez la chinoise qui a empilé ses récipients de bambou à raviolis vapeur sur une bassine d’eau chaude à trous. Une pile, une sorte de vapeurs. Nous emportons avec nous à table, les piles qui nous tentent, vite délicieusement englouties. Les mets les plus fins depuis les soupes de la dame du marché de Kyaukme. Pour en avoir plus ? il faudra attendre demain… la tentation de l’occident, contre la sagesse de l’Asie. Tension contre souplesse, l’Asie garde son rythme. Le sourire en plus. Le temple n’est pas magnifique, mais profite du sens des lieux agréables aux humains propre aux bouddhistes. On ressent ici une partie de la vie tranquille au quotidien naturel des grands temples. Il a conservé des parties anciennes et, déserté des touristes à ce moment-là, méritait un arrêt plus attentif. Nous continuons vers le Rocher d’Or, vrai but de la journée, en déjeunant très bien et agréablement au quatrième Mountain View, au moins, du voyage. Avant l’ascension de l’après-midi qui promet sueur et eau, nous nous reposons sur notre première natte étendue sur table basse, si typique de l’Asie. Unanimité. Nous aurions dû essayer bien avant. Gardons l’idée pour nos lieux de vie.

IMG 5107 ROCHER D ORLe Rocher d’or, peu vanté, un des grands moments du Myanmar et du Tour du Monde. Ambiance festive au départ des camions qui montent les pèlerins sur les banquettes arrières bondées à ciel ouvert : une demi-heure de montagnes russes fantasques, écrasés les uns contre les autres, toutes couleurs, ethnies et sexes confondus dans une même joie de vivre expansive de chaleur de fête foraine. « Tu crois qu’ils ont chaud, eux-aussi ? » Julia. Le tout pour 1500 kiats (1,5€), c’est donné, sans comparer à Disney, et sans prix, même au manège d’enfants. Nous avons méthodiquement laissé nos bagages à Thuya, pour alléger la montée en sacs à dos. A bas des camions, nous prenons des forces au bar avec des cocas et des noix de coco, moins fraiches mais plus charnues qu’en Thaïlande. Et la montée ardue, de 45 minutes théoriques, commence. Chemin de gauche, piéton pour étrangers et pas de droite, camion, pour les locaux qui peuvent être véhiculés, au mépris du danger international, jusqu’en haut. La montée est raide ! Les chaises à porteur, mal vues et mal comprises par les occidentaux, sont disposées à chaque difficulté, dès le plateau des déposes camions. Notre Golden Roc Hôtel est au début de la montée et nous nous déchargeons, avec réconfort, de nos sacs à dos. Gilbert & Evelyne partis un peu en avance, suivis pas à pas par une chaise à porteur, prouvant là que les uns partagent la même méconnaissance mutuelle que les autres, sont vite rattrapés par le reste du commando. Véritable ascension assez abrupte. Chacun adopte une stratégie propre pour gravir la pente. Chris part en emboitant les pas balancé d’une chaise à portée chinoise, les enfants discutent avec Choupie, Gilbert s’accroche et Evelyne essaie de convaincre Gilbert de monter sur une chaise à porteur. Tout cela permet de grimper. Chacun à son rythme. Gilbert arrivera certes dernier, mais justement fier d’avoir échappé à la chaise. En haut, impossible de se retrouver, sauf au péage à étrangers. On se déchausse, comme partout, avant de rentrer dans le périmètre très étendu du Rocher. Des milliers, des dizaines de milliers de pèlerins sont venus prier, pèleriner, fêter le jour de l’indépendance, piqueniquer, passer la nuit (?), peut-être le week-end. Engorgement et concentration indescriptibles pour le jdb, inimaginable pour qui n’a pas visité l’Asie. « En Inde, ils sont bien plus » Félix. Enchevêtrement et désordre inextricable pour qui n’est pas né ici, habitude communautaire pour les bouddhistes. Vie et énergie débordantes d’une ferveur pacifique et tranquille. Un monde inconnu, insoupçonnable pour « nous » et accueillant pour tous. Bain de gens, de sourires, de plaisir. Le Rocher d’Or est presqu’éclipsé par l’immense foule à ferveur douce. Nous assistons au coucher du soleil sur un des hauts lieux du Bouddhisme en compagnie de dizaines de milliers de personnes, le jour de la fête nationale. Seuls les hommes ont le droit de coller des feuilles d’or sur le rocher en équilibre instable et peut-être précaire. Sur la plate-forme en dessous du rocher, semblant ne pas craindre, voire attendre son basculement définitif, des familles sont installées pour passer la nuit près du phénomène.

En hausse : la marche à pied

En baisse : le vin rouge

La phrase du jour : « S’il n’y avait pas eu les vautours (les 4 gars de la chaise à porteur) derrière moi, je ne serais pas allé jusqu’en haut » Gilbert

 

J122 samedi 5 janvier Liaison (Rocher d’Or/Yagon) chaud

6 heures du matin au Rocher D’Or

Profitant du réveil forcé à 4H00 du matin par le moine débiteur sur haut-parleur des hauts faits de Bouddha, j’attends 5H30 pour monter seul au Rocher d’Or. Des camions descendent les pèlerins par cinquantaines. 20 camions, 1000 pèlerins croisés. Beaucoup plus encore descendent à pied. Et moi qui attendais dans mon lit que la journée commence… Le garde barrière accepte mon laissez-passer d’hier et le gars des chaussures est déjà là pour ranger précautionneusement les miennes sous sa chaise personnelle. Plus de monde à 6H00 du matin qu’hier après-midi. Leur fluidité et leur souplesse leur permettent d’occuper le moindre espace. Nous sommes plus rigides, habitués à plus d’aise. Ce que nous laissons comme respiration, est pour eux un espace libre qu’ils peuvent occuper. Ils ont tous passé la nuit ici. D’autres, encore plus nombreux, arrivent pour remplacer ceux qui descendent. Il y a certainement un bienfait spécial à passer une nuit sur le plateau du Rocher en Equilibre. On peut se tromper, mais on voit aussi mieux quand on n’a aucune idée de l’explication des choses. C’est l’heure des prières et des offrandes, mais ici, on offre, on prie et on colle des feuilles d’or dès que son tour arrive. Il faut saisir l’occasion. C’est la leçon de l’Asie. Saisir l’instant. Et nous essayons de lui parler d’avenir lointain. Le gars qui fait le ménage sans ménagement des offrandes, n’a plus d’ongles aux pieds, des yeux immenses et une gueule de pirate de fond de cale comme ils n’en trouvent pas au cinéma, avec son cigare, sa peau noire et son écharpe de laine enroulée autour de la tête. Il balance les offrandes « consommées » par-dessus la balustrade. Elles atterrissent quelques mètres plus bas. Nombreux sourires vers moi qui ne suis pas des leurs. Un Gentil Monsieur accompagné de sa famille me remarque et ne veut pas me laisser sans offrande. Il m’offre un paquet entier d’encens. Juste un brin, merci. Facile à allumer, encore faut-il lui trouver une place. Les brins d’encens sacrés au même traitement que les humains. Trouver sa place. Sourires vers le Gentil Monsieur. Il fait le ménage avec ses pieds pour dégager une place pour s’asseoir. Je l’imite, content de faire pareil que lui et d’être à ses côtés accueillants. Dévotions. Un gars qui n’a l’air de rien, balaye les petits papiers qui supportaient les feuilles d’or qui ont fini par créer des bosses d’or pur à la surface du Rocher. Réflexion faite, il doit aussi récupérer les fragments d’or qui restent collés aux feuilles. Mieux vaut effectivement n’avoir l’air de rien pour ce genre de job. Le Gentil Monsieur, qui est aussi beau, murmure ses prières doucement à côté de moi, ainsi que sa famille. Dans toute cette animation et ce fatras de dons, je n’avais pas remarqué la réapparition d’une bande de drapeaux bouddhistes comme nous en avons accrochés au Bhoutan. Le Gentil Monsieur répond au téléphone en pleine prière. Je trouve qu’il parle fort, mais je suis manifestement le seul à penser cela. J’attendais qu’il ait fini ses prières pour le remercier encore. Il part téléphone sur l’oreille sans se retourner. Un vieux sage chinois prend sa place et appelle son petit-fils pour que je les prenne en photo. En regardant bien, il y a beaucoup d’or qui retombe du rocher. C’est sa ductilité, qu’ils comprennent, qui leur ressemble, qui fait qu’ils aiment autant l’or. J’oublie de faire un vœu. C’est bon signe. S’oublier. Le Bouddhisme atteint son but, par de nombreuses voies, que nous ne soupçonnons pas. Je repars en n’ayant aucun indice. Beaucoup de choses vues et non comprises, comme ce genre de musée vitrine où certains laissent des fortunes pour pouvoir mettre une écharpe autour du coup des statues assises et le même en face où presque personne ne va. Pas de clou. Pas de croix. Pas de sang. La vie qui court. Le soleil qui se lève et recharge les hommes en chaleur. Dans les colonnes en marche, regards, nuques, nattes, sourires, j’apprends que pour traverser un flux, il faut aller dans le même sens que lui, ne pas essayer de le déchirer. Aux chaussures, assis sur le mur, des vieux d’une ethnie montagnarde, cigare dans leurs bouches sans dents, observent, imperturbables, le tumulte et me sourient.

IMG 5190 FEMMESLors de la liaison en minibus, entre le Rocher d’Or et la capitale Yagon, on peut passer par Taungoo. Ce n’est pas obligatoire. Pour nous, c’est au programme. En y passant, on mange forcément, plutôt bien, au restaurant à touristes que nous avions réussi à éviter, encore pleins d’énergie thaï, au premier passage à l’aller vers le nord-est. Nous y croisons avec un plaisir partagé, So’, notre ancien chauffeur. A Taungoo, on peut aussi passer voir Bouddha allongé, le modèle en extérieur, pour l’amoureux de moiteur tropicale, le même (pour les néophytes) pour le délicat, sous une grande halle métallique desservie par une magnifique allée marchande au plafond lambrissé et au sol en carreaux de ciment et marbre polis. Les femmes discutent bijoux. Sur les murs, la vie édifiante illustrée d’un jeune prince rebelle à l’autorité de son père animiste sanguinaire, que son intelligence visionnaire pousse irrésistiblement vers une belle none bouddhiste vite mariée et menacée d’être immolée par les marabouts du château. Un suspens infernal… qui reste suspendu au dernier panneau dont la traduction a disparu. Pour les bracelets de jade, on passe de 1000$ à Mandalay, à 20$ ici, pour de vagues raisons d’intensité de vert et de qualité de la taille. Il reste encore un peu de boulot avant d’acheter. A la sortie : « Il n’y a plus mes tongs… tu me diras, elles sont tellement dégueu… » Choupie, « D’ailleurs eux, ils ont des tongs comme toi » Garance. Nous retrouverons bien sûr, les tongs, dans ce pays scrupuleux.

Yagon, Hôtel Rainbow, qui tient autant de la pluie que de l’os, frisant le sordide, du bon ou mauvais côté, selon que l’on est plus ou moins bien disposé par la fatigue de la route. Seuls Gilbert, Evelyne et Chris tentent une sortie vers China Town, en taxi ayant dépassé l’incertain depuis longtemps. China Town, la bonne surprise animée de la journée, quand on n’y croyait plus, avec ses marchands de riz variés, dont le meilleur et le plus cher, celui de nos amis Shans du nord-est, sa marchande de nuddles et ses bancs de brochettes à barbecue. Nous finissons par nous laisser tenter par l’étale bien propre et rangé au cordeau d’une chinoise impeccable, comme ses crevettes, supions, légumes, gyozas, apéricubes de mouton, champignons, le tout passé au barbecue. Les Chinois animent la rue, le quartier, la nuit à Yangon, la triste soirée qui se préparait au Rainbow à éviter, si on peut…

 

J123 dimanche 6 janvier Bagan chaud et sec

Hôtel pourri, réveil meurtri, à 3H20 du matin, au chant des chiens et les mains boursoufflées de piqures de moustiques, pour le minibus à 5H00. Thuya est là, il nous attend. Yagon déserte dans le petit matin. Tous les véhicules vont à l’aéroport, bondé, qui propose des vrais espressos et capuccinos italiens, des croissants français. Dans les airs, David, un des Canadiens américanisés en bermudas très marrants, fait rêver Félix avec des entreprises de 2800 personnes à 8 millions de dollars. « C’est pas beaucoup pour une entreprise aussi grosse », « C’est du nettoyage industriel (explication) », « Moi, je ferai plutôt un truc dans la technologie ». Gilbert lit la très bonne encyclopédie Audiard, de l’ami Stéphane Germain. Evelyne se documente sur le Myanmar. Choupie rêve.

Bagan. La fameuse. Moe, notre chauffeur du jour, a les mauvais réflexes du gars intelligent, habitué aux nouveaux touristes consommateurs. Pour nous, nous considérons qu’un hôtel est « dur » quand, après avoir vu les chambres, on sait qu’il sera difficile de dormir et qu’il n’y a aucun lieu, dans le périmètre de l’hôtel, où se tenir. Notre Aun Migalar est dur, tirant sur le très dur pour les chambres noires infestées de moustiques. Après le lobby de l’hôtel, nous entamons notre visite formatée de Bagan, site le plus visité du Myanmar. Autant commencer par le pire : magnifique petit marché aux légumes frais, gens pauvres charmants, belles femmes, couleurs locales dans une belle lumière matinale, le tout envahi de touristes photographes intrusifs compulsifs. Il ne s’agit pas de regarder le marché, mais de le photographier. Canon, bien nommé, possède la plus grosse part de marché, du pocket, ou compact, jusqu’aux objectifs professionnels largement répandus en boitiers multiples pendant autour du cou des passionnés, pour ne pas perdre une occasion de shooter dans le tas avec le bon objectif, pour reproduire les photos vues mille fois. Loin du bon sens objectif. On peut comprendre Moe. On a du mal à comprendre les gens du marché, toujours sympathiques, souriants, ouverts. Pour se protéger du feu croisé des appareils photos, on trouve dans un recoin du marché, une excellente soupe à risque gastrique providentiel, chez une très belle femme fine, aux joues creuses et grands yeux doux de la pauvreté. Plus nous « voyageons », plus les photos de Thomas Struth, qui photographie les visiteurs dans les musées, prennent toute leur signification.

IMG 5283 GILBERT ET EVELYNE A BAGANGrand temple, galeries de fresques dans le noir, petit temple, points de vue, quatre beaux Bouddhas en carré intérieur, dont certain parait-il ancien (« C’est le plus beau qu’on ait vu » Julia), fabrique artisanale de laque rustique sur bambou, beaux monuments ou moins beaux, il parait qu’il émane de Bagan une ambiance particulière. Pour nous une ambiance touristique et ses cornes méphistophéliques les plus noirs : « Ça doit pas être sympa de se faire rembarrer toute la journée comme ça. Moi, j’aurai envie de tout jeter par terre et de dire à mes parents que j’en ai marre » Garance, mal à l’aise en quittant une petite fille de son âge qui tentait de lui vendre des cartes postales faites à la main pour 1$. Chris place son premier « Montauban, on ne devrait jamais quitter Montauban » hérité des Tontons Flingueurs et des sites touristiques indiens. « Tu as placé Montauban ? » Garance. « Quand il y en a un qui le mérite vraiment… et celui-là, il le méritait » Julia. Heureusement, un peu plus loin, une famille de Birmans garde la pose, après la photo sur un de leur Iphone, pour Chris qui en tombe à la renverse dans la poussière. Ils attendent même que Chris se relève, pour se rassurer sur son compte et être certains qu’il les a bien dans sa boite, avant de quitter leur pose. Tous les noms, les lieux s’entremêlent, jusqu’au coucher de soleil en haut d’un stupa en briques rouges, d’autres pagodes et stupas à perte de vue et à 360°. On aurait aussi pu prendre un fiacre, faire du vélo, acheter des souvenirs, prendre de belles photos…

Dîner de famille, dans un italien de circonstance. Vin rouge sélectionné par Georges Duboeuf, attente interminable, pizzas et pâtes médiocres mais accueillies de façon enthousiaste par notre petite compagnie, ravie de se trouver ensemble dans ce bout d’un certain monde. Les pizzas sont cuites au feu de bois, mais sur une plaque en métal, posées au-dessus de la cuisinière que Gilbert complique devant ses fourneaux. Sur le gai chemin du retour, dans un grand bar à route ouverte, une quantité de spectateurs sirote des bières et des thés devant trois écrans de télé passant trois matchs de foot européens simultanément. Nous envahissons le monde par le sol et les airs.

En hausse : une sorte de lassitude

En baisse : la photo

La phrase du jour : « A la longue, c’est fatigant. Là, il nous reste neuf jours en Birmanie. Il ne faut pas être exigeant, il vaut mieux être cool. Et il vaut mieux être en forme aussi… sinon, dès que tu baisses, tu déprimes… il était beau celui-là (de moustique) » Choupie au petit déjeuner

 

J125 lundi 7 janvier Bagan bon chaud et sec

Comme un lundi. A 2000$ la famille, pour une heure les fesses en l’air, nous avons abandonné l’idée du tour en montgolfière, magnifique et paraît-il pris d’assaut 2 mois à l’avance. Ballade en pirogue disqualifiée par Gilbert & Evelyne allés jusqu’au débarcadère . Autres temples ou stupas qui n’emportent pas d’adhésion du groupe. Mont Popa, pour ceux qui ne seraient allés, ni dans le nord-est, ni au Rocher d’Or. Cours de cuisine qui demanderait plus d’enthousiasme collectif. Nous éliminons avec méthode et circonspection les différentes activités Baganesques.

Reste le tour à vélo pour Gilbert & Evelyne. Ecole difficile pour les enfants qui ne veulent plus, c’est un signe, ni sortir de la chambre sombre, ni aller manger au restaurant, ni partir en groupe, mais visent de se retrouver « un peu seul sans vous ». Voilà, en peu de mots, les effets indésirables du mauvais hôtel, en zone touristique, par temps de fatigue. L’instinct presqu’infaillible des enfants ne s’y trompe pas. Tentative de sortie Dom Quichottesque au restaurant « all in one », italiano-chino-indo-myanmar, un peu looké, qui ne défie ni les lois de la statistique, ni celles du bon sens, pour proposer au moins trois de ces quatre cuisines à qualité basse et prix élevés. Nous sommes plus proches de l’ethnologie des méfaits du développement touristique que de l’aventure du voyage. C’est aussi ça la découverte du monde.

IMG 5312 STATUES DE BAGANAprès une sieste bien méritée, tentative de sauvetage collectif en touktouk neuf privatif. Félix reste lire son bouquin : Cherub. Etonnamment, il semble que ce soit le seul touktouk de Bagan. Son chauffeur Italien a ouvert un restaurant, avec sa femme russe, il y a deux semaines et le guide qu’il nous propose, possède un niveau égal en lecture de plan et en anglais. Nul. Deux débutants, pour animer une compagnie de passage rapide. Au hasard du trajet, des rues poussiéreuses et tristes indiquées par les guides comme étant des villages d’intérêt, des enseignes pour faisans, nous achetons une bouteille d’eau dans un show room fabrique de laque – restaurant, toutes activités rentables réunies ici par un visionnaire du business. Chris aurait bien passé un peu de temps à regarder des jeunes jouer au sport national, le tennis ballon de bambou, pas le reste du groupe. Ronds dans l’eau à Bagan. Le hasard nous conduit dans un premier beau temple déserté à cette heure, d’où nous admirons le coucher de soleil, la réfraction de la chaleur par les briques rouges et les bas-reliefs en céramique magnifiques, malheureusement attaqués par le temps et les pilleurs de temples ; puis, dans un deuxième, aux beaux Bouddhas sur sol années 50’ parfois rénové façon cuisine. Et, il y a les Myanmars. Toujours souriants, malgré nous les touristes, pour l’instant.

Dîner lointain, à quatre, Julia remplaçant Choupie, chez notre nouvel ami italien conducteur de touktouk. Sa femme russe fait d’excellents gnocchis et pâtes maison. Sa fille polyglotte, Italien, Anglais, Russe, Myanmar, un peu français, joue de la musique russe avec talent. Dans le touktouk de retour, un Allemand nous parle de Depardieu. Dépaysement européen à Bagan.

En hausse : les moustiques

En baisse : le vin bizarre myanmar

La phrase du jour : « Moi, je peux m’adapter, mais c’est dommage pour Gilbert & Evelyne » Garance

 

J126 mardi 8 janvier Bagan chaud et sec encore

Barbier de Bagan

Heureusement que je suis à vélo, car il semble difficile de trouver un barbier chez un peuple imberbe des joues. Premier indice négatif. Le second, c’est que le barbier est un salon de beauté, pire, de luxe. Un jeune et une jeune Myanmars se partagent la clientèle. Fort heureusement, c’est le jeune qui fait le barbier. Mais on sent déjà qu’on est loin du derby. Ce sera plutôt le choc des extrêmes. Barbe méditerranéenne contre patience d’Asie. L’opposition de style. Joe Frasier contre Casius Clay. Expérience côté lame, challenge côté manche. Car ici, on ne dit jamais non. On copie, on improvise, on s’adapte, on plie, mais on ne lâche rien. On n’est pas du genre à s’immoler en compagnie spartiate pour éviter le joug d’ennemis supportés par les Athènes. Echange de quelques mots de prise de contact avant le grand silence.

Ici, on vous allonge sur une sorte de table de massage en simili marron à accoudoirs, puis on vous met une serviette, pourquoi pas, sur le ventre, et une bavette en plastic autour du cou, comme pour les enfants qui dînent encore de purée. Peu viril. A peine correct. On ne peut s’empêcher de penser aux cochons qu’on égorge. Mais on n’égorge quoi avec des rasoirs en plastic bleu. Nouvelle mauvaise nouvelle, mais est-ce une nouvelle ? pas de blaireau, de la mousse autogonflante. Le jetable est au coupe chou ce que la loi Marthe Richard est aux maisons closes : pire qu’une fermeture, la fin d’une époque. Celle des idées claires et du respect du client, tuée par la réclame et l’appât du gain.

Une fois allongé, on peut faire des statistiques. Compter les 7 spots manquants dans le faux plafond sur un nombre total de 22. Pas de toiles d’araignée ici, comme à Kyaukme, chez Win Myint à la technique irréprochable sans électricité. Et ici, pour 5 fois le prix de là-bas dans les montagnes. Si c’est ça le progrès… On a aussi loisir d’apprécier la musique, changée internationale pour l’occasion. Dix fois sur le métier, il repasse son rasoir. Il ne s’agit pas de trancher le poil, mais de raboter la peau en une sorte de peeling . A l’eau froide, qu’on boit régulièrement et moins sacrée que celle du Gange. Engorgement de la double lame qui tient plus du râteau que de l’arme sanglante. Une belle barbe de 15 jours, ça se respecte nom d’une pipe. On est loin de Taormina et de son barbier de la rue principale, imperturbable au milieu du flux des touristes, sûr de lui et reposant sur ses 2500 ans d’histoire. Le coiffeur souffre mais est à son grand œuvre. Je souffre aussi, car je tiens à ma peau. Relâcher la tension du corps et du visage chaque fois qu’on y pense. Interminable. Et le résultat est inconsistant. Plus que parfait sur les plats, imparfait au fond de certain pli. Reste à passer sur un fauteuil pour l’après-rasage l’Oréal local. Quel était le nom du coiffeur ?

On vient chez le barbier pour sentir le pays tel qu’il est. Bagan entre deux mondes. L’ancien, perdu. Le nouveau, en travers de la gorge. Par où la sortie ?

Plus on est nombreux, plus les opportunités sont difficiles à saisir. La journée commence à vélo vers 15H30. Il est rassurant de constater qu’il existe un vrai village, avec de vrais gens, même s’ils sont tous tournés vers le tourisme, à Bagan. De maigres et adroits anciens jouent spectaculairement au jonglage-foot bambou, en shorts et maillots des incontournables grands clubs européens. « C’est un peu comme nous, sauf que nous, ils sont plutôt aux boules… » Garance. Toutes les destinations guidées ayant été justement recalées par notre assemblée, nous allons visiter une fabrique de sauce connue dans tout le pays, recommandée par la patronne française sympa du Black Bamboo Restaurant. Comment, à partir de lentilles, avec du feu de bois, des marmites qui disparaissent sous le culottage des ans et des d’opérations uniquement manuelles, obtenir un produit au look supermarché ? Savoir-faire, pour les uns. Hygiène et odeur en-dessous et au-dessus de l’acceptable, pour les autres. La visite est instructive pour tous. Une chose est certaine : les Myanmars d’ici savent gérer au plus fin les lignes de production et le produit fini semble sorti d’une usine aseptisée de Procter & Gamble. Sourire au milieu des chats, intérêt ethnologico-mercantile ou dégoût compréhensible ? Question de point de vue, de génération et de formation. Nous continuons notre randonnée à vélo.

IMG 5341 BAGAN OFF ROAD« Ici ils te regardent toujours avec de grands yeux » Garance. « Surtout toi » Félix. « Je sais pourquoi on est stressé dans nos pays. Il ne fait pas assez chaud » Garance. La balade est propice à la réflexion de fond. Pour trouver la fabrique de pâtes de riz, nous nous enfonçons dans les rues en sable battu. Pour bouger, il faut des prétextes. Et les prétextes, souvent ténus, tiennent plus difficilement à 7 qu’à 5 et à 3 générations qu’à 2. Avons-nous manqué Bagan ? Il restait de la place. Quelques mètres à peine pour semer les touristes, nous retrouver immergés dans le Bagan profond, perdre l’anglais, trouver d’autres sourires, être encerclés par les enfants et les femmes qui regardent tous notre papier écrit en Birman. Comme pour la fabrique de sauce, une femme nous ouvre la route sur sa moto. Bien pire la fabrique de pâtes que celle de sauce. Mais il est vrai que les mouches préfèrent largement la pâte amidonnée de riz à la chaleur des fourneaux de lentilles. A moins qu’elles ne soient attirées par l’odeur douçâtre… Et les propriétaires sont moins pointilleux ici. Nous sommes loin de nos couettes de coton pur sur teck lustré des montagnes. Doit-on croire à l’hygiène pasteurienne soutenue par force engrais, insecticides, fongicides, désinfectants menant tout droit aux maladies nosocomiales ? Doit-on croire à la relativité d’Einstein ? Question de conviction. Des enfants, musclés et fins, font tourner l’atelier, essentiellement constitué d’un moulin qui entraîne alternativement un tamis-mélangeur ou un rouleau à pâtes. Dans cette famille, on croit plus au gagne pain qu’à l’école.

Sur le chemin toujours sableux du retour, au fil de notre petit accordéon cycliste. « C’est un quartier bourge ici » Félix. « En tout cas, il est crade » Julia. « Oui, mais regarde, il y a un truc en fer là… » Félix. « Ça ressemble à l’Inde » Garance. « Ça va devenir l’Inde » Félix. « Il faut qu’ils fassent attention » Choupie. « Ils pourraient leur apprendre les rudiments à l’école, c’est les jeunes qui apprennent ensuite aux vieux » Gilbert. « En vélo ici, sur la route, on ne sent pas du tout en danger, beaucoup moins que chez nous » Choupie. « Merci papa » Garance descendant de son porte-bagage. Dîner remarquable par son cadre et ses plats agréables, au Black Bamboo franco-myanmar.

En hausse : tropicalisation homogénéisante du groupe

En baisse : la cuisine myanmar

La phrase du jour : «« Ça fait quand même quatre hôtels qu’on s’enquille, qui sont dégeux. Il faut peut-être augmenter le budget. Moi je dis ça comme ça… je veux bien mettre des fonds… » Garance

 

J127 mercredi 9 janvier Bagan/Mandalay chaud et sec lumière médiocre

Encore un transfert. Depuis l’arrivée de Gilbert & Evelyne, il y a 9 jours, c’est notre cinquième transfert : Yangon/Moulmeine, Moulmeine /Pahan (en pirogue, non comptabilisé) ; Pahan/Rocher d’Or ; Rocher d’Or/Yangon ; Yangon/Bagan ; Bagan/Mandalay. A part l’ethnologie du sous-développement en cours d’explosion, très peu d’intérêt dans ces transferts au milieu d’un pays peu spectaculaire, pour tout dire, pas très beau, et certainement parfaitement monotone. Quand on retranche à cette déjà piètre prestation, des hôtels de seconde zone, une cuisine basique et grasse et aucun lieu de repos agréable pour le corps ou l’esprit (en dehors de quelques monastères retirés), le tout baigné dans des relents indiens de bruit et de saleté, ne restent plus que les sites. Or, les sites, pour certains agréables, ne sont pas d’un intérêt majeur. La pression d’un quotidien frisant le désagréable met une pression importante sur eux, ainsi que les touristes de toutes couleurs. Le tout pour un budget en total décalage avec la prestation : des sandwichs immangeables à 5$ et des bières à 3$ dans des hôtels au confort soviétique. A retenir jusqu’ici, Kyaukme, avec sa famille 9-9, et le Rocher d’Or. La Birmanie tient malheureusement ses promesses de première destination à la mode du temps touristique. Elle manque aussi d’un fil rouge, comme la traversée du pays, pour la Russie ou le Lac Baïkal, le mysticisme bouddhiste pour le Bhoutan, la résistance pour l’Inde, même l’école, pour la Thaïlande. Restent le sourire et la gentillesse Myanmars. « La Birmanie c’est pas chouette. Ça fait un moment que j’attends avec impatience la Chine et le Japon » Félix, qui lira un jour les limpides Propos sur l’exotisme de Victor Segalen. Le minibus est propice aux discussions de fond. Aujourd’hui les enfants choisissent la difficulté plus ou moins grande à prêter. Ils arrivent à la conclusion que c’est une fonction du rapport qu’ils ont avec l’objet, de l’image qu’ils se font de l’usage, de l’interprétation et du retour par l’emprunteur. Difficulté exacerbée par le peu d’espace privé accordé par notre huis clos prolongé. Le vrai bonheur du Tour Du Monde est là.

IMG 5359 FEUILLES D ORAprès 5H30 de pauvre transfert, hôtel à l’autre bout de la chaîne du pathétique. Du sombre vieux de Bagan, aux couloirs carrelés à moquette délabrée en chambre de Mandalay. Sans internet bien sûr. Nous demandons à changer 3 fois de chambre. Quotidien myanmar : arrivée du chauffeur local, sympa, souriant, plein de bonne volonté, recruté hier (?), qui ne comprend pas un mot d’anglais, ne connait pas une seule adresse de restaurant dans sa ville, ne sait pas où se trouvent les spots les plus importants. Heureusement, il y a les guides… Déjeuner tardif, gras et médiocre chez Too Too, paraît-il institution locale. Atelier de feuille d’or. Au rythme rapide et sûr auquel vont les filles, adroites avec leur stylet de corne, sur leur table de laque noir talquée, il leur faudrait 500 gars comme les deux qui tapent à l’entrée au marteau sur les pépites d’or pour les alimenter. Plaisir du touriste. Fragonard à Grasse traite ainsi les touristes, pourquoi les Myanmars devraient-ils s’en priver ? Achat de feuilles d’or tout de même. Marché du jade. Enfin un vrai marché. Du Brutal. Un marché de durs. Les Birmans face aux Chinois. Ateliers, Coupes, pierres, lampes pour vérifier la transparence, liasses de billets, jets fins de salives chargées de noix de bétel, jeux d’argent. Un univers d’hommes absorbés par l’aventure de la pierre, l’appât du gain, le rêve. Arrivés un peu tard, il faudrait revenir, regarder et voir. Belle émotion en univers vierge. Vers l’hôtel, dans une boutique de luxe, au milieu des milliers de pièces, nous apprenons les rudiments du jade : fin et clair pour les jeunes filles ou femmes, plus lourd et plus foncé avec l’âge et le poids qui augmentent. On trouve tout ici comme bracelet, entre 20$ et 200.000$, seulement, car la top qualité n’est pas représentée. Elle est réservée aux ventes aux enchères annuelles de Yangon, pour des prix plus proches du million de dollars pour les très beaux bracelets… Les prix sont affichés en yuans chinois, là où est le marché, à diviser par 6,3 pour convertir en dollars, auxquels il faut enlever 65% de remise, avant marchandage. Ça met les beaux bracelets de la vitrine, à 1.800.000 yuans, qu’il faudra faire attention de ne pas maltraiter en les portant, sous peine de les écailler. Les vendeuses aux gestes naturels doux et souples, sont manifestement moins dangereuses pour les bracelets qu’elles portent, que nos femmes actives. De quoi faire rêver et, pourquoi-pas, rester ici pour toujours ? Le jade apporte chance, santé, et certainement d’autres choses incompréhensibles pour nous et qu’on ne peut divulguer ainsi, aux étrangers, sous peine de diminuer le pouvoir des pierres. Evelyne trouve un joli pendentif pour sa nièce.

Débriefing myanmar dans la chambre de Gilbert & Evelyne, seul lieu fréquentable à la ronde de l’hôtel, du quartier, de la ville peut-être, avec les nattes des monastères, mais qui sait ? Ils apprécient encore le pittoresque, avec modération et recul. Espérons que le fameux lac Inlé sauvera le Myanmar du naufrage touristique programmé.

En hausse : la parfaite Encyclopédie Audiard de l’ami Stéphane Germain

En baisse : la cuisine locale

La phrase du jour : « Je suis venue voir l’Asie que je ne connaissais pas et je ne suis pas déçue » Evelyne

 

J128 jeudi 10 janvier Environs de Mandalay beau et sec lumière asiatique  

Au lever, dans les corridors extérieurs du Swan Hotel, les relents d’Inde se font de plus en plus présents. L’exaspération monte, soutenue par la cohorte d’Américains du troisième âge qui font la queue pour obtenir leurs indispensables œufs frits du petit déjeuner en sous-salle borgne. David des montagnes, nous avait présenté les Myanmars comme des gens paresseux et buveurs. Avait-il raison ? « On est resté dans ce pays trop longtemps, ça sert à rien de rester dans un pays comme ça aussi longtemps » Julia. « J’ai rêvé de gâteaux, je prenais des caraques, mes gâteaux préférés quand j’étais petite à Toulouse. Et il y a un gars devant moi qui les prenait tous. Un vrai cauchemar » Choupie.

IMG 5407 CLOCHE A MINGUNComme dans toutes les villes-ports et au long des grands fleuves, c’est sur les quais que cela se passe bien. Agitations, grandes barques en teck aux peintures vives, chargements de marchandises locales ou humaines plus exotiques, vie d’un port au long des berges encombrées. Réjouissant, sauf les enfants mendiants envoyés en quête par les parents. Les bateaux, moins touchés par la modernité que les vélos devenus motos ou voitures, ressemblent à ces vieux camions qui roulent encore en Afrique ou traversent les cols de l’Himalaya. Ils sont tous en teck massif et 100% ont plus de 100 ans. Une heure de plaisir pour atteindre Mingun, dont nous n’attendions rien. Promesse tenue. Un seul mall commercial d’échoppes à ciel ouvert, depuis la sortie du bateau jusqu’aux pauvres monuments, les quelques intervalles libres occupés par des vendeuses ambulantes et des chienchons (croisement du chien galeux avec le cochon rose, race déjà répertoriée en Inde, avec ici variantes locales). Autrement, un bon spot, pour ceux qui désirent pratiquer les langues étrangères : Américain, Japonais, Allemand, Français « c’est pas cher », Italien… Mingun, site archéologique inachevé en briques roses, par un roi mégalomane, mort alors que les constructions, sensées devenir le plus grand stupa du monde, étaient au tiers avancées seulement. Son successeur a justement décidé d’arrêter l’inutile massacre, qu’un tremblement de terre est venu fendre. « C’est quand même impressionnant cette fente » Garance qui tient à rester positive. « Le plus grand tas de briques au monde » indiquent les guides. « Tas » est le mot. « Moi qui suis Toulousaine, je suis contente d’avoir vu le plus grand tas de brique au monde » Choupie, qui reste positive comme sa fille. Il y a quand même quelques vraies femmes, dont trois ou quatre qui coupent des oignons pour chili sur de grands plateaux de bambou tressé. « Ça sent Bandol » Garance. Mingun, le sommet de la supercherie marketing absolue. Reste la plus grande cloche non fendue du monde. Deuxième record au Guinness Book du site. Bel objet. Simple et vrai. Nous, nous sommes tous bien en bateau. Retour très agréable par petit vent debout réchauffé par le soleil brumeux. Et changement d’hôtel, toujours à Mandalay, pour le bien meilleur et agréable Riverview, dont nos chambres donnent sur, la ville. « J’aime pas ces gens » Julia. « Moi, je dis, c’est l’Asie » Félix. « Ils ont mis leur décharge sur le toit de la maison là-dessous ! » Choupie. « Non, c’est le stock de pièces détachées pour automobiles » Chris. Nous nous refermons et, aussi proches de la sortie dans quatre ou cinq jours, il faudrait un énorme coup de théâtre pour rouvrir les huitres polluées qui craignent l’eau boueuse de l’Ayerwaddy.

Déjeuner rocambolesque dans un restaurant américain du middle west, décoré avec des plaques de tôle émaillée comme aux Puces de Saint Ouen et un service aussi gracieux que sur la Promenade des Anglais le 15 août. Gilbert parle de l’Afrique de 1962, au Tchad, agrémenté de la visite de tous les pays de la zone. Il est vrai que ce n’était pas du tourisme. C’était son service militaire. Nous nous évadons en militaires.

Après-midi petits groupes. Les enfants à l’hôtel pour l’école et la bulle, nourriture et le repos de l’âme. Gilbert & Evelyne pour la suite du Programme : Sagain, colline couverte de stupas et de temples qu’on peut éventuellement manquer sans trop de regrets, agrémenté du beau et fameux pont en teck, le plus long du monde en teck, troisième Guinness book de la journée. Choupie et Chris marchent à pied depuis l’hôtel. Dégoûtant, même pour les habitués et les purs, marché aux poissons en pataugeant dans le jus qui dégouline lentement la rue en pente. Gentil marché aux fleurs adjacent. 26ème rue (rues et avenues perpendiculaires comme à NYC) aux trop pauvres restaurants impraticables. Huilerie d’arachides dont le patron laisse l’accès libre. Famille de négociants d’arachides, dont les « servantes », selon le vocabulaire de la fille de la maison, trient les gros sacs à vue et main, accroupies dans la rue, qui nous offrent un kilo de cacahouètes à emporter. Magasin de riz, tenu par une chinoise, avec grains ronds, longs, fins, blancs, gris, noirs qu’elle nous laisse toucher et sentir. Et, une astuce pour traverser la rue : ne pas jouer les cascadeurs, suivre les pas et le rythme d’une jeune fille du coin. La plaine de Mandalay est pauvre, c’est ce que nous avaient dit les amis Shans et Palaungs de la montagne proche.

Dîner sur la terrasse fraiche et ventée du Riverview, couverts de bonnets, doudounes, foulards, polaires. Gilbert aurait aimé voir un spectacle de danse, on nous offre un drame marionnetté pathétique, bien relevé par une musique du même goût. Autrement, les enfants sont contents de leur deuxième hamburger frites de la journée. Reste l’espoir fou du lac Inlé et la longue journée de demain à continuer à écumer les alentours de Mandalay.

Beef burger

Peu de langues, à part l’anglais et le français, possède cette sonorité racleuse, venue du fond de la bouche ou du début de la gorge, le « Rrr ». Le Myanmar pas plus que les autres. Beef burger. Sans R donc. Beef bugeu. Le « ee », long est oublié. Bif buge. Rien n’indique qu’il y a deux mots. Bifbuge. Le « F », ne fait pas partie des sons locaux. Bibuge. Le « U » est au même régime que le « Rrr » et se transforme en « eu ». Bibeugeu ? » avec accélération forte pour les deux dernière syllabes et accent tonique sur la première. Bibege. Quand le serveur arrive ses plats sous cloche, c’est par élimination de Fried Rice trop éloigné et Soup, plus accessible, les deux autres plats commandés, que nous déduisons que Bibege signifie Beef burger. Une idée de commande que seuls le ras-le-bol, l’inexpérience et l’enthousiasme des enfants expliquent.

En hausse : l’envie de Kerguelen et de baie d’Hudson

En baisse : l’attrait du pittoresque

La phrase du jour : « Ils mendient et cinq minutes plus tard tu les vois passer en rigolant sur des vélos… » Félix

 

J129 vendredi 11 janvier Environs de Mandalay beau et sec lumière laiteuse  

Ce qui est sympa, quand on a refusé la douche froide du soir, c’est d’être réveillé à cinq heures par le rappel haut-parlé des exploits de Dieu. Il y a des lacs à Mandalay, avec restaurants les pieds dans l’eau. Premier temple, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, aussi vite oublié que visité. Dans la maison d’à côté, vivent des moines et un aréopage de serviteurs informels difficiles à positionner pour notre esprit cartésien étroit. Cela donne une idée des réseaux sociaux locaux et du mélange de la religion et du quotidien dans une ancienne maison coloniale transformée en foyer de moine en chef. Le déjeuner est prêt, il attend l’ordre de préséance.

IMG 5476 GILBERT A MANDALAYDeuxième temple. Amarapura. 2000 moines en université, à l’heure spectaculaire du déjeuner, préparé dans d’immenses marmites au feu de bois, très prisée des touristes. Sentiments contradictoires entre touristes aux photos morts et tranquillité vivante de moines dans le plus grand campus qui nous ayons croisé. La religion peut-elle être un spectacle ? Pour le croyant, c’en est un, qui donne des réponses rassurantes et un cadre aux moments critiques. Mais peut-il être un spectacle touristique ? Les hordes sauvages objectives photographient les moines silencieux au repas. Le spectacle est des deux côtés des grilles, les fauves sont armés, les hommes, en toges lit de vin. Les touristes viennent voir et rentrer chez eux montrer qu’ils ont vu. Très peu regardent. Pratiquement aucun n’essaie de comprendre. Voltaire a toujours raison aujourd’hui. Il suffit d’attendre la fin du spectacle, et donc des touristes, de prendre un peu de temps dans les allées parallèles, de s’asseoir, pour parler avec les moines ou croiser le grand prêtre. Sous les apparences lissées d’un monde dont on ne connaît pas les codes, les réseaux de pouvoirs apparaissent rapidement. Ils semblent cependant avoir des mords moins serrés que chez nous.

Arrêt dans un atelier de tissage. Photos rapidement assurées comme témoignages, les bussards peuvent aller passer leur bon temps à la boutique. Les tisseuses sont jeunes, jolies, souriantes, les métiers entièrement en bois, les petites navettes chargées de minuscules bobines sont de magnifiques œuvres d’art qui ressemblent à des pirogues plates du Nil. Une tisseuse en offre une, qu’elle charge d’une bobine de soie rose à axe de bambou, à Chris; elle sera pour Choupie qui en rêvait.

Devant Ava, île incertaine au monument en ruine encerclé de champs supposés exceptionnels, la présence des vendeuses de bus dûment Tanakanisées (jus d’écorce jaune du tanaka qui sert de produit de beauté) et des gros autobus climatisés, nous dissuadent de cette expédition de trois cents mètres en barque. Repas copieux au chinois et après-midi libre. Libres. Enfin.

En hausse : le dégoût

En baisse : l’envie

La phrase du jour : « Je reste dans le minibus » Félix

J130 samedi 12 janvier Mandalay/Pindaya beau et sec belle lumière

Nous n’attendons plus rien. Certainement rien de Pindaya, notre destination du jour, grotte remplie de Bouddhas et n’osons trop parier sur le lac Inlé, dernière étape de ce voyage contrasté. Taxi, vol de 35 minutes, bus de 20 places avec micro pour Japonais (tout est écrit en Japonais et le bus n’a pas traversé les mers jusqu’ici depuis le Japon), campagne agréable, villages bien tenus (contrairement à la saleté tout indienne de Mandalay), lumière légère, hôtel coquet, chambres agréables, nous sommes bien chez le peuple Shan.

IMG 5569 BANYAN A PINDAYAPetit marché ombragé et calme où Gilbert et Chris mangent des soupes, presqu’aussi bonnes que celles de Kyaukme et certainement aussi simples et délicates que dans la montagne. Quelques minutes d’Asie éternelle, douce, savante et simplement belle. Seuls Gilbert, Evelyne et Chris tentent la grotte. Lieu géologique étonnant, remplissage de Bouddhas encore plus étonnant. Exploration. Grand moment. Pour le bois de banyan géants et l’atelier des ombrelles, tout notre petit monde est là. Le banyan, arbre protecteur de la famille, nous offre la première photo du dimanche symbolique de 2013 qui commence et quelques tentatives de médiocres jonglages avec le ballon de bambou que les Myanmars manient avec tant de facilité. L’atelier d’ombrelles est superbe. Fabrication du papier de murier, selon le même procédé que celui de bambou, l’écorce mâchée au marteau. Tournage des pièces qui laisse Félix rêveur. Adresse manuelle qui fait rêver Julia. Ombrelles qui font rêver Garance qui complète sa tenue traditionnelle par un modèle spécialement fini pour elle sous ses yeux. Les enfants acceptent d’aller à la grotte voir les Bouddhas. Ils ne seront pas déçus. « Je serais bien resté quelques jours de plus ici » Félix. « Moi aussi » Garance.

La grotte de Pindaya (littéralement : « j’ai tué l’araignée)

« Il y a des Bouddhas partout… » Garance, qui ne connaît pourtant pas les Chinois de Jean Yan. L’histoire de notre art est de créer en enlevant pour espérer l’épure. On sait ici faire vivre l’émotion par accumulation. Julia dans ses pensées, Félix escalade, Garance parle et se documente. Il y a des Bouddhas partout, jusqu’au fond, jusqu’en haut, jusque dans les petites cavernes secondaires et la caverne de méditation de cette grotte immense et longue qui se prolonge de salle en salle. Il y a des Bouddhas de partout. Deutchland, Russia, Thaïlande, Myanmar, Japon, Taïwan, Indonésie, France, Italie, USA, Brunei, Mexico, Singapour, Ireland, Chypre, Vietnam, Suisse, India, España… les donateurs d’or viennent du monde entier … et les statues et les visages de Bouddha sont tous différents. Chacun a Son Bouddha. Bouddha, c’est nous. Il nous ressemble. Il nous rassemble. Bouddha s’imposera sans sang, déjà habitué à vivre de surpopulation. « J’aimerais bien qu’ils fassent un petit Bouddha et qu’il y ait mon nom dessus » Garance.

En hausse : l’espoir

En baisse : l’énervement

La phrase du jour : « C’est la simplicité et la précision qui m’impressionnent. On ne peut pas faire mieux » Félix à l’atelier d’ombrelles

 

J131 dimanche 13 janvier Lac Inlé beau et sec lumière agréable

Le bus de japonais nous conduit en deux heures et demie de Pindaya, un des meilleurs coins du Myanmar et de l’Asie que nous avons vue, vers le lac Inlé. « Leurs temples sont moins beaux et moins bien conservés qu’au Bhoutan » Garance. Très beaux paysages de travailleurs propres qui cultivent leur blé à l’abri des banyans. Hôtel horrible. La totale : fenêtres murées, couvre-lits verts sombre, trous dans les murs, ressorts des matelas faciles à compter, mais nous en changeons dès demain. Alchimie étrange entre la chambre d’hôtel, faite de confort, charme, propreté, lumière, ambiance, mobilier, finitions, salle de bain, confrontée à nos journée, état d’esprit, idée que l’on se fait du pays ou du lieu, personne qui nous accompagne… qui font que l’on sait tout de suite si l’on va bien y dormir ou pas. Généralement, un foyer très simple chez l’habitant vaut mieux, pour le confort moral, qu’un hôtel toutes catégories confondues. La vie devant le frigidaire.

Direction désabusée mais pleine d’espoir vers les pirogues. Le « Magnifique Lac Inlé », icône des magazines de tours operators, « moment phare d’un inoubliable voyage vers une destination magique qui vous promet l’aventure ».

IMG 5615 LAC INLELac côté scène. Beau lac que nous attendions lisse et brumeux comme une image pieuse, preuve que nous sommes, nous aussi, pollués par les images d’Epinal sur papier glacé, malheureusement ridé par des risées et remué par le passage des pirogues motorisées sous le soleil. Pêcheurs sur leur élégante pirogue plate. Maisons sur pilotis. Champs sur l’eau. Nous avons du mal à « accrocher », en passant si vite au milieu du brouhaha. Au temple, feuilles d’or données à Félix et Chris par le gardien pour être déposées sur des statues (Éée notre guide dit « images ») de Bouddha. Emotion de fils et plus encore de père, réunis devant ces cinq petites statues de Bouddha, disparues sous les couches d’or pour n’être plus que de bonhommes de neige d’or quasi-pur. Jacinthes d’eau omniprésentes. Précision des manœuvres à la pagaie, gestes souples, pirogues légères qui indiquent un goût raffiné pour la légèreté des choses et celle de la vie. Belles photos « à faire ». Couleurs qui s’animent en fin de journée quand les visiteurs du jour sont déjà repartis. Pour tenter de comprendre comment fonctionne le coin et essayer d’améliorer la soupe quotidienne des deux jours à venir : discussion avec le piroguier Jojo, un malin, son pote muet Tshao Lin, comme dans les films de série C de Kung Fu et Éée, notre gentille et discrète guide Innthar.

IMG 5640 LAC INLE JARDIN FLOTTANTLac côté jardin. Voie rapide à pirogues pour sortir des faubourgs. Japonais en gilets de sauvetage orange fluo, appareils photos et ombrelles sur chapeaux et lunettes. Français décathloniens Quetchuaisés. Un pauvre pêcheur à rame pour quatre pirogues de visiteurs à moteur. Autoroute du sud à 6 voies vers les sites  « à voir ». Arrivée à Venise, sans le sérénissime. Déjeuner sur le Grand Canal animé par des vaporettos sans tuyau d’échappement. Visite de San Marco. Ne manque plus que le musée des Offices, mais là, ça va être dur de trouver. Peut-on aimer Venise aujourd’hui ? Pour nous occuper, faute de jeux vidéos, on nous fait faire des activités. Arrêt 1, atelier-magasin tissus. Arrêt 2, atelier-magasin cigares. Nous préférerions ne rien faire… ou travailler. Celui qui aime Saint-Tropez au mois d’août appréciera le lac Inlé au mois de Janvier, un must après Noël à Saint-Barth’. L’instinct infaillible des enfants les tient à l’écart ou à un degré d’attention très faible qui tire rapidement sur le désintérêt absolu. Au temple, au tissu, au cigare, le même couple de français sympathiques que dans la grotte et à l’hôtel d’hier à Pindaya. Ils ont la même agence que nous. Itinéraire bien balisé, le bus de 50 personnes à double étage, tout confort, vidéo-toilettes-climatisation, remplacé par des pirogues 6 places. Nous cherchons vainement le supplément d’âme. Chronique implacable de nous-mêmes, qui achetons, prenons des photos, sommes-là, consumons en touristes. Marche chaotique du monde qui gêne manifestement plus l’Occident que l’Asie encore jeune et avide. Retour après l’heure officielle du coucher du soleil. Pirogue de petits moines chauves rieurs en drap rouge qui croise celle de sérieux Américains quatrième âge overfat en grande tenue d’aventuriers à poches multiples et gilets de sauvetage réglementaires oranges, un drapeau « Aventure Myanmar » flottant fièrement à la proue de leur embarcation. Une certaine forme de souffrance. Mais ces Américains sont plus à leur place ici que nous. 1000 pirogues, 2000, plus ? tailladent le petit lac Inlé, chargées de touristes insatiables. Dîner indigent entre mauvaise soupe de nouilles et mauvaises pizzas. Les enfants malins, sont restés à l’hôtel et dévorent gaiment du riz blanc take away. Grâce au filet de connexion internet, visite des camping-cars australiens et de la Great Ocean Road. Entre Adélaïde et Brisbane, nous n’avons plus la tête à l’Asie. Envie d’espace, de bleu, de propre, de simple, de nature. Envie de liberté. Difficile pour Gilbert & Evelyne de nous suivre à ce rythme.

Lac Inlé côté famille. Gilbert n’est pas convaincu. On le comprend. Evelyne sourit et profite de l’instant présent, à raison. Le club des cinq se resserre encore. Il parle de projets d’avenir, de rêves de réussite, d’assumer ses contradictions et celles de ses parents, d’en tirer le meilleur parti possible pour se connaître et se construire en équilibre dans le monde qui bouge. Le vrai bonheur du Tour du Monde, dans des chambres mal éclairées mais lumineuses, où les enfants prennent leur pouvoir en main.

Il manque vraiment quelque chose au lac Inlé pour notre premier jour. Nous verrons le deuxième jour. Ou bien a-t-il déjà définitivement basculé dans le Luna Park Disney Magic ? Venir ici, pendant la saison des pluies, vivre dans un village inconnu des touristes. C’est ça le lac Inlé, pas nous.

En hausse : le club des trois enfants en pleine expansion physique et mentale

En baisse : le doute de la route

La phrase du jour : « Je ne dirai à personne d’aller au lac Baïkal, c’est trop bien » Garance

Les cinq images Bouddhas

« Une fois par an on fait une procession avec les cinq images de Bouddha. On fait le tour des 18 villages du lac en 21 jours. En 1966, les Bouddhas sont tombés à l’eau. On en a retrouvés quatre, mais jamais le cinquième. Le cinquième est revenu « automatiquement ». Un jour il était revenu tout seul. Depuis, on ne fait plus la procession avec les cinq images de Bouddha. On laisse toujours celui de l’est, ici. Si on emmène les cinq images, alors le temps change, le vent se lève, la pluie commence à tomber. Le ciel devient tout noir. Il ne faut jamais emmener les cinq images en procession. Jamais. » Éée, guide innthar au lac Inlé.

 

J132 lundi 14 janvier Lac Inlé beau et sec belle lumière changeante

Le Lac Inlé est grand.

IMG 5697 LAC INLEPêcheurs sur le bout de leur pirogue plate, un côté du corps pour ramer en équilibre, l’autre pour manier la nasse ou le filet, en ombre chinoise malheureusement polluée par un enfant embarqué « money, money ». Les pêcheurs pêchent sur le lac lisse en chantant. Magnifique, immense et serein jardin flottant. Chance de se retrouver seuls au superbe temple ancien des chats sauteurs qui ne sautent plus depuis la mort du moine dresseur. Petite sieste ensoleillée au bout d’un ponton rédempteur avec vue sur les chapeaux en bambou des dames en pirogue aux champs flottants. Lumière changeante du lac miroir alors que le soleil brille. Atelier fin d’orfèvres sur argent des mines du Myanmar (il y a deux mines d’argent dans le pays), qui permet aux femmes d’acheter et aux hommes de donner leur avis ; toute la famille passe un très bon moment. Déjeuner tardif dans un restaurant familial, Gilbert & Evelyne sont moins gâtés après avoir pris moins de risque sanitaire en évitant les superbes avocats, les tomates vertes et l’étonnant poisson du lac recommandé par la serveuse, mais plus de risque culinaire en commandant un canard rôti, et moins de chance avec un poulet au curry local. Aux belles heures de la lumière et des touristes déjà rentrés au bar Facebooker leurs aventures sur iphone, remontée d’un affluent du lac vers la forêt de bambous et le calme monastère d’Inday, seul petit morne à la ronde, couvert de fins stupas collés les uns aux autres, auquel on accède par une colonnade aux 220 mètres d’étales déjà repliés. Puis il est l’heure des cormorans qui rentrent au nid.

Le Lac Inlé est grand.

En hausse : le Lac Inlé

En baisse : la fatigue

La phrase du jour : « C’était super » Evelyne

Sur les pirogues

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Nous, notre agence de voyage, c’est Gulliver.

 

J133 mardi 15 janvier Lac Inlé beau et sec magnifique lumière

IMG 5854 LAC INLE MARCHELe Lac est beau, miroir gris fer que les pêcheurs tapent de leur bambou en gerbes argentées. Au marché de Nanpan, embouteillage de pirogues, pour nous inextricable, pour ici simple parking de super-marché. Un vrai marché qui vit, seuls l’atterrissage et la périphérie sont contaminés par le tourisme. Les femmes Paos, chemises noir, foulards orange à carreaux, regards clairs, intelligentes et rebelles à cigares vendent uniquement du curry et du poivre pilés très fins. Chez le ferronnier, le bon alliage des lames d’amortisseurs de 4X4 et de camions est recyclé en lames de sabre. Les Touaregs ont découvert la même chose, mais dans le désert le sabre sert encore parfois. Chez les charpentiers, une pirogue de 12 mètres, fabriquée en teck à partir des troncs bruts, par 5 hommes en 1 mois, vaut 2000$. Il faut en rajouter encore 500 pour le moteur chinois et 500 pour la « longue queue ». Moins que le prix du bois arrivé au bord de la Méditerranée. Les Myanmars, le peuple du teck dans la civilisation du bambou. Nous repartons du chantier naval avec trois plateaux magnifiques. « Les plus beaux » Choupie.

Nous admirons maintenant l’hospitalité désintéressée Myanmar. Des amis d’Éée nous ont préparé un thé de bienvenu et une délicate verticale d’agrumes : oranges, mandarines, kumquats. Grandes pirogues abandonnées, nous partons à la rame en petits canoës, à travers le village. C’est nous, pour une fois, qui sommes les curiosités. Car c’est une première. Nous ouvrons une voie. Les touristes ne raffolent pas de ces embarcations modestes, instables et légères du quotidien des gens du Lac. Toutes les familles se mettent aux fenêtres en riant pour voir passer ces drôles de touristes et plaisanter avec nos gondoliers, qui eux aussi se marrent bien, tous avec beaucoup de gentillesse. Ramer la vie du lac, à son rythme, glisser sans bruit et sans effort parmi les sourires, les « Minglabar » (bonjour) puis les allées de légumes du jardin flottant, deviendra un des grands moments du Tour du Monde. Le lac est le magicien de la lumière. Des touristes en pirogue à moteur nous prennent en photo. Sur les escaliers de teck du départ, Éée fabrique d’élégants colliers de fleurs de lotus et nos hôtes bénévoles viennent nous saluer. Sourires vierges et pleins. Premier adieu émotionnel depuis le Bhoutan. Sur nos pirogues à moteur rapide, nous redevenons des passants standardisés sans aspérité, anonymes.

IMG 5946 LAC INLEAprès-midi sans Choupie ni les enfants, dans le village terrien de Yama. Une mamie, comédienne surdouée, nous offre de l’ail minuscule à pouvoir médicinal. Les herbes qui trempent dans la casserole par terre sont de la médecine itou. Mais c’est Gilbert qui ensorcèle la sorcière édentée aux yeux rieurs en lui indiquant le prix de la botte de 5 branches de cébettes, sur le Cours Saleya à Nice. « Ouuuuuu, Ouuuuuuu ». La chaman rêve en assurant le spectacle. Il faut voir le mauvais pour comprendre le bon. Jojo le malin et Éée la gentille se complètent à merveille. Les simples pêcheurs du retour font le reste.

La grande poésie du Lac aussi nous fait rêver. Le Lac qui nous ramène en Asie et nous concilie définitivement le Myanmar. Les pêcheurs sont habitués au minimum. Le minimum, est-ce le secret ?

En hausse : Paos, Innthars, Mon, Shan…

En baisse : la ville Birmane, les Birmans ?

La phrase du jour : « C’était vraiment très beau et très intéressant » Gilbert

 

J134 mercredi 16 janvier Lac Inlé/Yangon lumière très belle

Lac Inlé Julia et Chris

Flotter à la dérive suave avec sa fille au lever du soleil calme sur le Lac. Pêcheurs acrobates qui ont perdu leur innocence, laissant une belle photo à contre-jour, mais sans l’émotion du vrai. Rare femme élégante et douce pêcheuse en jaune et chapeau. Oiseaux préoccupés. Groupe de cinq associés amis pêcheurs qui tapent le bambou. Nous, tous contents à bord quand un pêcheur attrape un poisson. Un père et son fils pêcheurs favorisés par le sort ou plus experts que d’autres. Une fille et son père qui dérivent des heures calmes et heureuses.

IMG 5964 LAC INLEJournée animée par le charmant déjeuner chez notre gentille guide Éée à qui nous expliquons, roses blanches en main, qu’il est de coutume chez nous d’apporter des fleurs à ses hôtes. Elle nous reçoit à la maison, dont elle est la maîtresse depuis la mort de sa maman. Son père nous accueille, son mari aussi, sa sœur l’aide, ainsi que des cousines et une voisine. Une véritable affaire de famille, comme les tonnes de tomates quotidiennes du Lac qui vont partir, de chez ces négociants, vers Mandalay et d’autres grandes villes de la région. Cuisine familiale qu’Éée a généreusement préparée pour nous. Un repas de semi-gala, pieds nus assis en tailleur sur le grand carré surélevé de teck recouvert de nattes de bambous. Thé vert, légumes sautés, riz, soupe claire aux racines, car c’est la base de la cuisine traditionnelle Innthar ; frites pour les enfants qu’elle a vus en commander régulièrement ; salade de délicieux avocats tomates et oignons du Lac, sans tomates pour Evelyne, puisque c’est ainsi que nous aimons les salades ; court bouillon de poissons farcis au gingembre, ail, piment, coriandre, car elle nous a aussi remarqués faire quelques expériences… Les fins yeux rieurs de modeste et délicate intelligence d’Éée ont dû être bien étonnés de nos manières pataudes de géants aux pieds malhabiles.

Éée est ravie de sa première expérience de guide touristique. Nous étions ses premiers « clients ». Quelle chance pour nous. Merci Éée.

En hausse : la délicatesse d’une certaine Asie

En baisse : la lourdeur d’un certain Occident

La phrase du jour : « Ohoho, no... my teacher is a good teacher » Éée toujours modeste, qui parle bien anglais après seulement deux mois d’apprentissage

 

J135 jeudi 17 janvier Yangon Départ chaleur pesante

IMG 5994 LAC INLE RETOUR VERS YANGONVisite documentaire ou tragi-comique à la grande pagode de Yangon. Les jours de chance, on y accède par un escalator. Conception moderne de la religiosité à la portée de tous. Les jours normaux, comme aujourd’hui, l’escalator est en panne : le Myanmar n’est pas si loin des l’aéroport d’Orly. Pagode parfaitement résumée par David, le Canadien vendeur de sa boite de nettoyage industriel : « 400 pieds de haut, c’est la plus grande qu’on peut voir dans le pays ». La taxe gouvernementale pour étranger est fixée à 5$ par la junte, mais les régimes les plus durs sous-estiment toujours le facteur humain : la gardienne est justement absent. Ce doit être la hauteur du clocher recouvert d’or qui impressionne, il a été fait pour ça. Tout le monde boit l’eau claire à la même gamelle accrochée à la fontaine par une chaînette. Et les gens prient, passent ici la journée en famille, baignent les Bouddhas, téléphonent, consultent les moines, se rassurent, vivent dans le seul lieu calme de la ville. Monde auquel nous restons étrangers. La preuve, un jeune moine vient se faire photographier avec nous sur son mobile Samsung Galaxy3. Ne reste qu’une seule chose à faire, par respect, sortir sans bruit. Pourtant, dans ces temples bien propres et peu ordonnés, il y avait un côté vivant et jeune qui contraste avec la poussière des synagogues, des églises et des mosquées.

Contraints par l’heure qui passe, embrassades hâtives et chaleureuses sur un parking d’autobus le long d’une voie encombrée de Yagon. Tous contents de cette nouvelle aventure familiale. Gilbert & Evelyne continuent vers le Grant, Hôtel colonial d’un temps perdu dont même le souvenir s’estompe. Le Club des Cinq part vers Adélaïde, Australie. Un petit plateau carré de bambou et noix de coco, chiné dans un restaurant du Lac Inlé, va poursuivre sa carrière de plateau au bord de la Méditerranée et entretenir le lien entre les banches du banyans séparées par plusieurs océans.

En hausse : l’espoir bleu

En baisse : la saturation jaune

La phrase du jour : « Bon retour à Nice, bises à tout le monde » « Bonne continuation de Tour du Monde » « C’était super »


Idées folles pour le Myanmar

Dormir sous le Rocher d’Or en famille

Vivre dans un village de pêcheur qui ne voit jamais de touristes

Cueillir du thé pendant la mousson avec les ethnies rebelles des montagnes

Suivre les rails du chemin de fer à pied

Se marier avec une belle Pao à sourire narquois

Établir le record du Guiness Book des allers-retours jusqu’au Rocher d’Or en 24 heures

Venir avec un 6X6 (appareil photo ancien de qualité) faire des photos du Myanmar d’aujourd’hui

Passer un mois en pirogue à rame de village en village sur le Lac Inlé

Se lancer dans le trafic de pierres précieuses

Monter au hasard sur une péniche

Rester dans un endroit reculé pendant la saison des pluies en esthète